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" Qu'il  s'agisse de penser le devenir ou de l'exprimer, ou même de le percevoir, nous ne faisons guère autre chose qu'actionner une espèce de cinématographe intérieur. Le mécanisme de notre connaissance usuelle est de nature cinématographique." 

                             
                                   H. Bergson, l'Evolution créatrice.



                                                                                                                                                         

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Bonjour à tous !


 

Bienvenue à tous les amoureux du 7ème art...

 

Ce blog se propose de porter un regard analytique sur le cinéma d’aujourd’hui et d’hier. Un coup d'œil également sur le parcours des dernières sorties Ciné et DVD. Ici, on décortique le film, on donne son avis, on parle de nos coups de cœur, etc.  N'hésitez pas à laisser vos commentaires.

 

Bonne lecture...

 

 



11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 16:35



Séquence nostalgie depressive, voici une rétrospective des génériques du cinéma de minuit sur FR3.

• Générique, période 70-80:




Le générique de mon enfance. Cette séquence précédait les films diffusés le soir sur FR3 (aujourd'hui France 3) dans les années 70 et jusqu'au début des années 80. La musique a été composée par Francis Lai et s'intitule "Les étoiles du cinéma". Elle sert toujours d'indicatif au "Cinéma de minuit", dans une autre orchestration.


• Générique 1984:




Cette vidéo date d'avril 1984. La photo de tournage dont nous voyons plusieurs détails en gros plan est celle du film de Fritz Lang "Les contrebandiers de Moonfleet" (1955).

 
•  Générique 1991-1992:




Le générique de mon adolescence, avec toujours cette musique pour vous rappeler que la vie est vraiment belle et mérite d’être vécue.


• Le générique actuel:



Le dimanche 11 septembre 2005, le générique du "Cinéma de Minuit" de France 3 a été modifié : une introduction en infographie précède désormais la fameuse séquence où des couples d'acteurs se succèdent en fondu enchaîné. Cette séquence apparaît maintenant dans un décor de salle de cinéma. La musique est toujours celle de Francis Lai et continue de filer le bourdon aux gamins avant qu’ils aillent se coucher.
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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 16:21

 

 

 

 


Fiche technique :

 

  • Titre : The Truman Show
  • Réalisation : Peter Weir
  • Interprétation : Jim Carrey, Ed Harris, Laura Linney, etc.
  • Scénario : Andrew Niccol
  • Production : Andrew Niccol
  • Musique originale : Burkhard Dallwitz
  • Film américain
  • Genre : comédie, science-fiction, drame
  • Durée : 103 minutes
  • Dates de sortie : États-Unis : 5 juin 1998 / France : 28 octobre 1998

 

 

 Truman Burbank mène une vie calme et heureuse. Il habite dans un petit pavillon propret de la radieuse station balnéaire de Seahaven. Il part tous les matins à son bureau d'agent d'assurances dont il ressort huit heures plus tard pour regagner son foyer, savourer le confort de son habitat modèle, la bonne humeur inaltérable et le sourire mécanique de sa femme, Meryl. Mais parfois, Truman étouffe sous tant de bonheur et la nuit l'angoisse le submerge. Il se sent de plus en plus étranger, comme si son entourage jouait un rôle. Pis encore, il se sent observé.

 


Tant dans la forme que dans le fond, j'ai particulièrement aimé ce film qui, à mon sens, se prête à une lecture quasi-philosophique. Tout d’abord, entre Big brother et Loft-story, il pointe du doigt les dangers de la télé-réalité et du voyeurisme. Mais surtout, au-delà de cette critique devenue classique (dix ans nous séparent déjà du film), The Truman Show illustre dans sa première partie la problématique du solipsisme, notion égocentrique où la conscience du sujet pensant se définit comme l'unique réalité. Dit autrement, il n'existerait aucun monde hors de la conscience. Intriguant. De même, le métrage donne ensuite à voir toute la difficulté de s'intégrer et de vivre dans un monde "déjà-là", déjà donné, et finalement interroge, que pouvons-nous espérer être dans ce monde ? Le monde qui nous entoure peut-il effectivement se trouver en adéquation avec ce que nous sommes ? Qu’est-ce aussi que devenir adulte ? Tout commence, comme dans Matrix, par la prémisse de base du métrage qui présuppose une sorte de vaste conscience collective et symbolique qui manipule le héros à son insu. Sa vie est fabriquée de toutes pièces depuis sa naissance afin d’être filmée et dévoilée au monde entier à son insu. Tout n’est que faux-semblants, trompe-l’œil et illusions dans l’univers de Truman, c’est un rat de laboratoire (studio télé) sur lequel on expérimente le divertissement du peuple et toute sa vie est régie par un seul homme, Cristof le réalisateur démiurge de l’émission, le dieu trompeur cartésien. Le monde est la co-création de Truman, son rêve, en corrélation directe avec ce qu’il est ou croit être. Ici, la mise en scène de the Truman show prend tout son relief. Vu sous un angle beaucoup plus général, on pourrait se demander dans quelle mesure pouvons-nous  être nous-mêmes les créateurs du monde qui nous entoure?  Finalement, un monde existe-t-il en dehors de ma conscience ? Telle est en substance l'hypothèse de The Truman show, où le héros apparait intimement lié à tout ce qui se produit autour de lui. A vrai dire, le boulanger qui nous a parlé ce matin, le voisin qui nous a salué sur le palier, l’être cher que nous avons embrassé au réveil, etc. jouent-ils un rôle hors ma conscience ? est-ce nous-mêmes qui leur avons assigné un tel rôle ou bien un dieu trompeur ?

 

Avant de savoir si l’on peut douter que des phénomènes perçus soient réellement situés au-delà de notre faculté de perception, affirmons d’emblée qu’à suivre ces pistes, nous ne trouverons certainement aucune vérité dans le fond mais ces questions seront en mesure ensuite, selon la dialectique du film, de nous mettre sur le chemin du vrai. La première d’entre elles consiste à savoir s’il existe effectivement un monde hors de ma conscience, ou plus précisément, le mode d’apparaître du monde est-il ou non une illusion ? Descartes, en prenant l’exemple de la faculté du rêve à nous rendre dupes, tente de démontrer qu’il est possible que des représentations de l’esprit produisent l’impression des choses perçues à l’extérieur de celui-ci alors qu’elles restent en réalité un phénomène interne à l’esprit et causé par lui-même. On ne pourrait de ce fait conclure à partir de l’impression d’extériorité des phénomènes que cette extériorisation est effective. Que signifie alors le terme « exister » quand on l’applique aux choses perçues ? Si je dis que cette pomme ou cette bougie existent, je veux en fait signifier par-là qu’un certain nombre de propriétés (couleur, forme, saveur, etc.) apparaissent à mes sens. Mais même si elles apparaissent comme extérieures, leur apparaitre est-il une opération qui se produit à l’extérieur de ma perception ? Non, car elles apparaissent en tant qu’elles sont perçues. Une couleur, par exemple, n’existe pas en dehors du fait qu’elle est perçue (par exemple, les couleurs des molécules n’apparaissent pas au microscope); ce qui signifie que le vert de la pomme ou le nacre de la cire ne sont pas des réalités en soi. Sans personne pour les percevoir, elles n’existeraient pas. Cette logique amène un philosophe comme Berkeley à affirmer que l’existence n’est rien en dehors de l’ordre de perception et rien non plus au dehors du « perçu ». Je suis le monde. N’est-ce pas aussi ce qu’il nous est arrivé de croire lorsque nous étions enfants ? Est-il possible que nous soyons tous des Truman ?

 

En poursuivant notre logique, on pourrait émettre l’hypothèse selon laquelle l’impression d’extériorité (du monde), serait causée par notre structure perceptive elle-même. Ainsi, Kant raisonne de la manière suivante : l’espace qui structure le monde n’est pas une réalité extérieure puisqu’avant toute expérience sensible, cette réalité doit être présupposée comme forme de la représentation pour expliquer la possibilité de « rapporter certaines sensations à quelque chose d’extérieur à moi. » Il y aurait une sorte de preuve intuitive de ce que l’espace relève de la forme de notre représentation, en effet nous pouvons aisément imaginer une absence d’objets dans l’espace, alors que nous ne pouvons pas imaginer l’absence d’espace lui-même. Si l’imagination de cette absence est impossible, c’est que c’est l’imagination elle-même qui est spatialisante.  Schopenhauer utilise cette logique kantienne pour en déduire que le monde n’est qu’une représentation, représentation qui ne dure qu’autant que dure l’esprit et qui cesse avec sa mort. Une pièce de théâtre en quelques actes, un show minuté, voilà qui nous place plus que jamais dans la dynamique philosophique dont le film se fait le témoin.

 

En effet, le problème cartésien de l’extériorité illusoire du rêve, la difficulté d’attribuer une autre signification au terme « exister » que l’acte de perception ainsi que la représentation de l’extériorité comme forme intrinsèque de notre structure perceptive semblent être des arguments suffisants pour mettre en doute, pour un temps, notre croyance naturelle en une extériorité du monde par rapport à notre conscience, et valider ainsi la métaphore du film. Mais le voile jeté sur le réel fini par tomber nécessairement. Dés-lors, ce que le métrage nous donne à voir dans sa seconde moitié est ce qu’il faut appeler une « prise de conscience ». Truman vit une seconde naissance dans laquelle il découvre qu’un monde peut bien exister en dehors de la conscience, c’est certain, mais que ce monde n’en reste pas moins lié à la conscience qu’il en prend. Plus généralement, je ne peux pas changer le monde arbitrairement, soit, mais je peux changer ma conscience du monde et justement ce changement de conscience peut lui-même tout changer. Avec cette thèse, nous finissons nécessairement par tomber d’accord. Certes, j’ai un immense pouvoir de décision dans l’ordonnance de mon existence, et il est clair qu’il n’y a pas un monde seulement dans ma conscience. Ici, le film pourra apparaitre comme un film initiatique, dans lequel on voit un héros éclore à l’âge adulte et renoncer tant bien que mal à certaines illusions de l’enfance. Le monde ne se joue pas exclusivement pour nous et ne répond pas avec notre volonté. Une catastrophe naturelle, par exemple, se produit bien à l’extérieur de notre esprit alors même que celui-ci ne l’a pas souhaitée et qu’elle s’est produite tout de même contre sa volonté. En d’autres termes, un monde qui ne coïncide pas en tout avec notre volonté ne peut-être causée que par un principe indépendant de celle-ci. Le monde perçu est nécessairement une réalité extérieure à mon esprit. En ce sens, le Cogito cartésien ne serait pas premier et autosuffisant, mais secondaire et s’obtenant artificiellement grâce à un fond préréflexif qui le précède. C’est ce que suggère Merleau-Ponty lorsqu’il affirme que le monde n’est pas quelque chose de la conscience mais, au contraire, la conscience est quelque chose du monde. Reste que le metteur en scène de ma vie n'est pas au-dehors de moi, il n'est pas sur des nuages, dans sa tour de contrôle en train de me manipuler. Il est en moi. On constate sous cet angle à quel point le film est une appréciable apologie de la liberté, (sans parler de la dimension affective qui est le moteur même dans le « scénario » de la prise de conscience). Il ne s’agit pas tant de rêver de s’échapper hors du monde présent en disant que tout est factice dans la société moderne qui est sous nos yeux, que de prendre « conscience », comme Truman, qu’il n’existe aucun déterminisme caché et que l’on est toujours libre d’essayer de « se refaire ».

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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 14:36

 

     Depuis Héraclite, nous ne cessons d’associer le temps à la fuite inexorable, et nous le comparons volontiers à une sorte de fleuve qui s’écoule irréversiblement (« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve »). Le temps est donc supposé avoir un cours objectif, orienté du passé vers l’avenir, ce que nous révèlent à chaque instant la progression des aiguilles de nos horloges. Le temps n’aurait ainsi qu’une unique dimension, à l’image d’une ligne continue fragmentée d’instants infiniment proches parcourus les uns après les autres, et permettant une mathématisation. Dés-lors, si l’on en croit les physiciens, le temps serait par essence linéaire, cela en vertu du « principe de causalité » qui stipule que tout phénomène s’explique par une cause nécessairement antérieure au phénomène en question. (Philosophiquement, cela ressemble en substance à la forme de notre entendement). Dans la réalité, cette morphologie chronologique interdit derechef les voyages dans le temps, puisque ceux-ci offriraient de retourner dans le passé pour modifier  une séquence d’événements ayant déjà eu lieu, entrainant nécessairement un cul-de-sac logique. [Bien-sûr, ici, nous distinguons franchement ce qui relève d’une part de l’objectivité du temps et, d’autre part, ce qui relève de la subjectivité du temps, où manifestement les aiguilles des horloges ne disent pas toute la vérité. Il va de soi que la temporalité « vécue » permet des voyages dans le temps, l’évocation de la Madeleine de Proust suffisant à l’illustrer.]

     Toutefois, de la réalité à l’univers cinématographique, et l’on pense principalement ici à la SF, il arrive souvent que le temps se voit littéralement métamorphosé, passant d’une forme linéaire à une forme circulaire, (le cercle plutôt que la ligne), comparable à ce que peut être le cycle des saisons. Or, dans un tel temps, retourner dans le passé engendre fréquemment des modifications dans le futur, de même aller vers le futur revient à réécrire le passé, de sorte que ce qu’on appelle la cause pourrait tout aussi bien être l’effet, et vice versa. Une telle possibilité conduit nécessairement les sorciers modernes que sont les réalisateurs de films à concevoir des situations totalement inextricables qui sont autant de petites gymnastiques pour nos neurones. Par exemple, et c’est bien-là toute la magie du cinéma, un être humain peut être mis en mesure de supprimer dans le passé l’une des causes qui ont permis sa naissance, en provoquant une chute qui provoquera une fausse-couche, ou encore en empêchant ses propres parents de se rencontrer. Bref, cette petite liste non exhaustive de films (qui ont exploité ce thème) tenant lieu de Sésame, la porte stargatienne est ouverte à tous les amoureux des voyages dans le temps :

 

 

C'est arrivé demain (1944), de René Clair.

Un journaliste new-yorkais reçoit chaque jour de façon inexplicable le journal du lendemain. Il profite de la situation et coiffe sur le poteau des scoops tous ses confrères. Jusqu'au jour où il découvre son nom dans la rubrique nécrologique. L’un des quatre films que René Clair tourna à Hollywood, une mise en scène magistrale et des gags qui se multiplient. A découvrir ou redécouvrir.

 


La Machine à explorer le temps (1960), de George Pal.

Attention au décollage, cette machine est un vieux modèle, sorte de traineau des neiges muni à l’arrière d’une espèce d’antenne parabolique. Kitsch et bruyante. Le scénario est le suivant : un scientifique vivant à l'époque victorienne fabrique un engin spatio-temporel et voyage loin dans le futur. Il s'aperçoit alors que la race humaine s'est divisée en deux espèces, une vivant à la surface, et l'autre sous terre. Quand sa machine est volée par le peuple souterrain cannibale, il doit risquer sa vie pour retourner dans son époque...

 

La Jetée (1962), de Chris Marker.

Etonnant et bluffant, ce roman-photo est un choc visuel d’une rare inventivité doublé d’une mise à l’épreuve de nos capacités cognitives. Il faut le dire, ce court-métrage a énormément inspiré L'Armée des 12 singes de Terry Gilliam (et même si ce petit roublard de T. Gilliam prétend ne pas avoir vu le film avant de se mettre à l’œuvre, « pour ne pas être influencé » mon œil ; cf la scène finale). Bref, l’histoire est la suivante : des savants post-nucléaires traquent le passé dans les rêves d'un cobaye humain pour capturer l'espace-temps. Une demie heure de bonheur.


Bandits, Bandits (1980), de Terry Gilliam.

Sans doute mon préféré de Gilliam, ce film est d’une grande richesse, laquelle a peut-être influencé les concepteurs de Stargate. En effet, il existe des portes spatio-temporelles qui permettent le passage d’une époque à une autre, l’essentiel étant bien-sûr de posséder la carte qui indique les dates et heures fixes auxquelles elles s’ouvrent. Métaphysique et poésie sont au rendez-vous dans cette magnifique histoire : Pendant la nuit, Kevin, un petit garçon anglais, est visité par six nains qui ont dérobé à l'Être suprême la carte du Temps. L'enfant s'engage alors dans un voyage à travers l'Histoire : il fait la rencontre de Napoléon à la bataille de Castiglione ainsi que celle de Robin des Bois dans la forêt de Sherwood. Il croisera également sur son chemin le majestueux paquebot "Titanic".


 

 Nimitz, retour vers l'enfer (1980), de Don Taylor.

Le voyage dans le temps, mais version cauchemar. L’idée de départ est assez originale : plus ou moins à notre époque, suite à une tempête magnétique, le Nimitz, un porte-avion américain, se retrouve projeté en 1941, à la veille de l'attaque de Pearl Harbour... Ici, ce n’est pas un destin personnel et unique qui est en jeu, mais celui de l’histoire. Un film efficace servit par une interprétation remarquable.




Terminator (1984-2003), de James Cameron (1 et 2) et Jonathan Mostow (3), série de trois films.

Dans l’univers SF du cinoche, il y a un avant et un après Terminator. Sérieux. Genèse d’une saga exceptionnelle : A Los Angeles en 1984, un Terminator, cyborg surgi du futur, a pour mission d'exécuter Sarah Connor, une jeune femme dont l'enfant à naître doit sauver l'humanité. Kyle Reese, un résistant humain, débarque lui aussi pour combattre le robot, et aider la jeune femme...

Terminator 2 : Le jugement dernier : Le top des effets spéciaux de l’époque et de l’action en veux-tu en voilà. On se retrouve en 1995, cette fois, les machines de Skynet,dix ans après leur échec pour éliminer Sarah Connor, envoient le cyborg tueur T-1000 pour éliminer son fils John Connor, futur chef de la résistance humaine. Un autre robot, le T-800, est chargé de le protéger... Hasta la vista, baby


Terminator 3 : Le soulèvement des machines
 : Toujours spectaculaire, certes, cet épisode me paraît tout de même être le plus faible de la série. John Connor, futur leader de la résistance humaine, vit dans l'ombre. Les machines de Skynet envoient vers le passé la T-X, une androïde nouvelle génération "invulnérable", pour l'éliminer. Mais un autre Terminator, le T-101, est venu le protéger…



Retour vers le futur (1985), de Robert Zemeckis, série de trois films.

Le premier épisode. La référence. L’inévitable film diffusé dans le car lors des voyages scolaires de mon enfance, œuvre quasi-métaphysique (pour des marmots) qui incitait à rêver que le lourd véhicule qui nous transportait se transforme en une DeLorean flambant neuve et que, chauffeur si t’es champion, elle en vienne à atteindre le 88 miles à l’heure. En résumé, l’action se passe en 1985, le jeune Marty McFly mène une existence anonyme auprès de sa petite amie Jennifer, seulement troublée par sa famille en crise et un proviseur qui serait ravi de l'expulser du lycée. Ami de l'excentrique professeur Emmett Brown, il l'accompagne un soir tester sa nouvelle expérience : le voyage dans le temps via la DeLorean trafiquée. Mais la démonstration tourne mal : des trafiquants d'armes débarquent et assassinent le scientifique. Marty se réfugie dans la voiture et se retrouve transporté en 1955. Là, il empêche malgré lui la rencontre de ses parents, et doit tout faire pour les remettre ensemble, sous peine de ne pouvoir exister... Dans mon école, le nom de "Biff Tannen" est tout de suite devenu une insulte.

Retour vers le futur II (1989): Le succès du premier épisode était tel qu’il aurait semblé saugrenue à Hollywood-la-vénale de ne pas le bisser, d’autant plus que les ficelles des allers et retours dans le temps avaient encore à l’écran bien des nœuds à serrer. En voici le synopsis : Lors de son premier voyage en 1985, Marty a commis quelques boulettes dont il n’a pas mesuré les conséquences. L'avenir qu'il s'était tracé n'est pas si rose, et son rejeton est tombé sous la coupe du voyou Griff Tannen, qui veut régner sur la ville. En compagnie de son ami Emmett "Doc" Brown et de sa fiancée Jennifer, Marty va devoir entreprendre un voyage vers le futur, pour tenter de donner un peu plus de moralité à son héritier. Un voyage aux conséquences dramatiques et de superbes scènes de skate du futur... On pourra comprendre ici que notre histoire personnelle est le fruit d’une sélection faite à certains moments à partir d’un nombre incommensurable de choix possibles dont nous sommes responsables.


Retour vers le futur III
(
1990) : Un film pop-corn sympa comme tout : Après son voyage mouvementé entre passé, présent et futur, même pas malade, Marty McFly apprend par une lettre vieille de cent ans que son vieil ami Emmett "Doc" Brown se serait crashé en 1880 au volant de sa DeLorean, restant ainsi prisonnier du far-west, sous la menace de Buford "Molosse" Tannen qui s'est juré de le tuer. Il n'a que cinq jours pour retrouver Doc et le ramener vivant vers le présent...



Un jour sans fin (1993) de Harold Ramis.

Une friandise pour nos zygomatiques que ce petit bijou qui voit pénétrer l’humour au cœur de la quatrième dimension : Phil Connors, journaliste à la télévision, et accessoirement responsable de la météo part faire son reportage annuel dans la bourgade de Punxsutawney où l'on fête le "Groundhog Day" : "Jour de la marmotte". Dans l'impossibilité de rentrer chez lui ensuite à Pittsburgh pour cause d'intempéries il se voit forcé de passer une nuit de plus dans cette ville perdue. Réveillé très tôt le lendemain il constate que tout se produit exactement comme la veille et réalise qu'il est condamné à revivre indéfiniment la même journée, celle du 2 février...

 


Les Visiteurs (1993), de Jean-Marie Poiré.

Oyé oyé braves gaulois, l’historiette se dérouloie en l'an de grâce 1112, lorsque le comte de Montmirail et son fidele écuyer, Jacquouille la Fripouille, se retrouvoient propulsés en l'an 1992 après avoir bu une potion magique fabriquée par un enchanteur. Un carton au box-office hexagonal, soit, mais qui ne vieillit pas très bien à mon sens. Bref, un voyage par absorption de drogues.



Time Cop (1994), de Peter Hyams

JCVD, c’est bien son truc de se perdre dans l’espace et le temps. Ici, le voyage qu’il nous propose se fait à bord d’une voiture de course programmée par des scientifiques, vous l’aurez compris une version améliorée de la DeLorean. En l'an 2004, l'homme est enfin parvenu à maîtriser les voyages dans le temps. Mais une nouvelle espèce de criminels est née à la faveur de cette invention miracle. Un individu mal intentionné peut en effet désormais manipuler à sa guise les évènements historiques ou les marchés financiers, exploiter à ses propres fins une découverte scientifique ou militaire, compromettre l'avenir de son pays, provoquer une guerre mondiale... Pour prévenir de tels abus, les Etats-Unis ont créé à Washington la Time Enforcement Comission, une unité d'élite chargée de contrôler et d'interdire toute tentative de déplacement temporel. Les propres agents TEC ne sont cependant pas à l'abri des tentations... Bon, d’accord, c’est un véritable fourre-tout, mais certaines pistes auraient pu être intéressantes.

 

L'Armée des 12 singes (1995), de Terry Gilliam.

La Jetée complexifiée à outrance, au point de s’y perdre parfois, mais un très beau et très bon film au demeurant : En 2035, une épidémie inconnue a emporté la quasi-totalité de la population mondiale. Les survivants se sont regroupés sous terre et renvoient en 1996 l'un des leurs, James Cole, afin qu'il découvre les causes de la catastrophe. Son enquête le conduit sur les traces d'une mystérieuse organisation, l'Armée des douze singes.



Peut-être (1999), de Cédric Klapisch.

Atterrissage dans le sable pour un film un peu mou du genou et caricatural. Dommage car l’idée de base était plutôt maligne : Le soir du réveillon de l'an 2000 Lucie demande a Arthur de lui faire un enfant. Lui ne se sent pas prêt à être père. Au cours de la soirée quand la fête bat son plein, Arthur vit une expérience troublante. Il se retrouve transporté soixante-dix ans plus tard dans un Paris ensablé (magnifique photographie). Il fait alors la rencontre d'un vieux monsieur chevelu qui affirme être son fils. Ce patriarche de soixante-dix ans s'efforce alors de convaincre son géniteur de revenir dans le présent et de faire un enfant à Lucie, afin qu'il ne disparaisse pas.

 

La Machine à explorer le temps (2002), de Simon Wells.

Personnellement, je n’ai pas aimé, surtout à cause de l’idéologie dont cette version se fait le témoin, mais difficile tout de même de ne pas la faire figurer sur cette liste. L’histoire est la suivante : A New York, en 1899, Alexander Hartdegen, un brillant physicien de l'Université de Columbia, fait la connaissance d'Emma, une charmante demoiselle dont il tombe follement amoureux. Un soir, dans Central Park, il trouve le courage de lui déclarer sa flamme et de lui offrir une bague de fiançailles. Un voleur tente alors de dérober le fameux bijou, mais Emma ne se laisse pas faire. Un coup de feu retentit, la malheureuse s'effondre et meurt dans les bras d'Alexander.
Refusant cette triste fatalité, celui-ci consacre tout son savoir et toute son énergie à construire une machine à explorer le temps afin d'altérer le cours des événements et ainsi sauver la vie de sa bien-aimée. Alexander embarque à l'insu de tous pour ce voyage de la dernière chance et se voit bientôt propulsé dans le XXIe siècle.

 

Minority Report (2002), de Steven Spielberg

Directement inspirée d’une nouvelle de Philip K. Dick, (un maître sinon le maître de la littérature SF), l’histoire est savoureuse : A Washington, en 2054, la société du futur a éradiqué le meurtre en se dotant du système de prévention / détection / répression le plus sophistiqué du monde. Dissimulés au cœur du Ministère de la Justice, trois extra-lucides captent les signes précurseurs des violences homicides et en adressent les images à leur contrôleur, John Anderton, le chef de la "Précrime" devenu justicier après la disparition tragique de son fils. Celui-ci n'a alors plus qu'à lancer son escouade aux trousses du "coupable"... Mais un jour se produit l'impensable : l'ordinateur lui renvoie sa propre image. D'ici 36 heures, Anderton aura assassiné un parfait étranger. Devenu la cible de ses propres troupes, Anderton prend la fuite. Son seul espoir pour déjouer le complot : dénicher sa future victime ; sa seule arme : les visions parcellaires, énigmatiques, de la plus fragile des Pré-Cogs : Agatha. De mon humble point de vue, un bon film.

 

L'Effet papillon (2004), de Eric Bress.

Teenmovie par excellence, relativement agréable même si je trouve qu’il s’essouffle vite, L’effet papillon en rajoute une gentille couche sur les paradoxes spatio-temporels. Voyez plutôt : Une théorie prétend que si l'on pouvait retourner dans le passé et changer quelques détails de notre vie, tout ce qui en découle serait modifié. On appelle cela "l'effet papillon". Trop fort, Evan Treborn a cette faculté. Fasciné, il va d'abord mettre ce don au service de ceux dont les vies ont été brisées dans leur enfance. Il peut enfin repartir dans le passé et sauver la seule jeune fille qu'il ait jamais aimée. Mais Evan va découvrir que ce pouvoir est aussi puissant qu'incontrôlable et s'apercevoir que s'il change la moindre chose, il change tout. En intervenant sur le passé, il modifie le présent et se voit de plus en plus souvent obligé de réparer les effets indésirables de ses corrections... Comme quoi, Zemeckis avait posé vingt ans plus tôt de solides fondations.


Déjà vu (2006), de Tony Scott

A mon sens, c’est un peu idiot d’avoir intitulé le film ainsi car tout semble dit. Mais vu que je suis bon public, en voici quand même la trame élimée : Alors qu'il enquête sur l'explosion d'une bombe sur un ferry à la Nouvelle Orléans, l'agent Doug Carlin se voit enrôlé au sein d'une nouvelle cellule du FBI ayant accès à un appareil gouvernemental top secret permettant d'ouvrir une "fenêtre sur le temps", et ainsi de retrouver les preuves nécessaires à l'arrestation d'importants criminels. Cette fenêtre permet d'observer des évènements dans le passé s'étant déroulés quatre jours, six heures et quelques minutes auparavant… Durant son investigation, Doug va découvrir que ce que la plupart des gens pensent n'être qu'un effet de leur mémoire est en fait un don bien plus précieux, une force qui le mènera vers une course contre la montre pour sauver des centaines d'innocents.


Pour conclure, si d’autres portes spatio-temporelles vous reviennent en tête, ou d’autres véhicules oubliés susceptibles de nous faire voyager dans le temps et sur la toile, n’hésitez pas à les proposer dans les commentaires…

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22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 18:12

 

 


FICHE TECHNIQUE :

 

  • Titre : The Dark Knight, Le Chevalier Noir
  • Réalisation : Christopher Nolan
  • Scénario : Jonathan Nolan, d'après une histoire originale de Christopher Nolan et David S. Goyer, et d'après le personnage créé par Bob Kane et Bill Finger en 1939
  • Interprétation : Batman / Bruce Wayne : Christian Bale, Le Joker : Heath Ledger, Harvey Dent / Double-Face: Aaron Eckhart, Alfred: Michael Cain, Lt. James Gordon: Gary Oldman, Lucius Fox: Morgan Freeman, etc.
  • Production : Christopher Nolan, Charles Roven, Emma Thomas, Benjamin Melniker et Michael E. Uslan
  • Musique : Hans Zimmer et James Newton Howard
  • Photographie : Wally Pfister
  • Montage : Lee Smith
  • Genre : Action, fantastique
  • Durée : 2h27 mn
  • Dates de sortie : États-Unis : 18 juillet 2008 / France : 13 août 2008

 

 

      Comme toute production culturelle qui se respecte, le cinéma est le témoin de la réalité de son temps. Ainsi arrive-t-il, derrière la magie du divertissement, qu’un métrage opère le traitement de l’actualité sous une forme emblématique, détournée, voire subliminale. C’est pleinement le cas avec The Dark Knight, qui cristallise une défense de l’idéologie et de la politique menée par le gouvernement Bush ces dernières années. Et, puisque tout ou presque a été dit en ce qui concerne la réalisation, l’interprétation, la photographie ou encore le montage de ce film, il nous a semblé intéressant de réfléchir autour des mécanismes plus ou moins visibles qui en font une œuvre à caractère politico-moral.

 

Depuis la guerre en Irak, illégitime, et surtout depuis le 11 septembre, traumatisant, (les deux « événements » ayant été indûment reliés l’un à l’autre et amalgamés), les Etats-Unis sont dans l’obligation de repenser la grammaire de leurs mythes post-seconde guerre mondiale, et donc les figures classiques de l’héroïsme et du mal. Ici, la représentation mythique apparait non-seulement comme une façon de penser le réel, d’en rendre-compte, mais aussi comme la marque manifeste d’un « inconscient collectif ». The Dark Knight en est une nouvelle illustration, qui vient remuer au plus profond les peurs contemporaines des USA. Considérons, depuis ces deux dates, que les américains traversent une crise d’identité morale dont Batman apparaît être le symbole. Il veut toujours faire le bien mais le processus est devenu flou. La ligne de démarcation entre le bien et le mal s’estompe au fur et à mesure qu’il s’enfonce dans la lutte. Il doute et doit enfreindre la seule règle qu’il s’était juré de ne jamais enfreindre. (Le meurtre ? Bâfrer les droits civils ? Guantanamo ? cf : la scène de l’interrogatoire du Joker par Batman). Surtout, Batman est un hors-la-loi,  au sens des termes « au-dessus des lois » chers à l’absolutiste Jean Bodin, et prétend nettoyer Gotham au karsher. Point fondateur, l’occupation de Bagdad s’est faite dans l’illégalité sur le plan international, contre l’avis-même du Conseil de sécurité de l'ONU (violation de la Charte des Nations Unies). En un mot, les USA ont fait leur propre loi et leur propre police. (Faire le bien des autres malgré eux, l’enfer est pavé de bonnes intentions). La guerre en Irak, ainsi considérée, est aussi très révélatrice d’un rapport schizophrénique à la justice (faire sa justice en croyant rendre la justice). Batman emblématise tout cela. Dans le métrage, il met Gotham sur écoute (30 millions d’âmes), ce qui n’est pas rien en termes d’éthique et de moralité. (Le système de surveillance ne sera pas sans rappeler insidieusement les pratiques de la CIA). De même, il fait des choix qui engendrent des sacrifices au nom de la vérité effective ; pour en sauver cent, il faut parfois en condamner dix. Certes, le réalisateur fait passer Batman par une longue phase de doute et d’interrogation. Néanmoins, on le voit, le bon samaritain qui protège la veuve et l’orphelin, le héros civilisateur, doté d’un caractère tout uniquement positif, a fini par tomber pour de bon dans un puits sombre. Mais souvenons-nous, Bruce Wayne n’était alors qu’un enfant.  Aujourd’hui, Batman est adulte dans un monde d’adultes, ce qui n’était pas tout à fait le cas sous le regard burtonien, et il a laissé derrière lui les idéaux et les contes manichéens de l’enfance, ceux qui se terminent toujours bien. Cet âge d’or largement exploité par Hollywood est révolu ; la civilisation adulte est devenue fondamentalement porteuse de souffrances. A soi seul, cela souligne à quel point le malaise évoqué par Freud demeure au cœur de nos sociétés (Malaise dans la civilisation). Bien-sûr, Batman reste une espèce de sauveur de l’humanité, mais il est, dans le même temps et pas si paradoxalement que cela, devenu un impossible messie. De l’idole noire au mensonge pieux, le pas est franchi. L’Amérique n’est plus lumineuse ni tout à fait irréprochable sur le plan moral et il s’agit de le justifier. Comme toujours, le cinéma arrive à point nommé. Le propos devient alors machiavélique : les données de la politique sont impures par essence et le sage (le bon) est impuissant à faire régner l’ordre. L’unité et la stabilité de l’Etat constituent des fins en soi que seul l’exercice de la force permet d’atteindre. Alors, si pour assurer la pérennité de l’Etat, le prince doit parfois commettre des actes immoraux, qu’importe. On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs et il faut parfois se salir les mains pour agir efficacement.  Voilà l’un des messages du film. (De surcroît, Batman porte des gants).

    

     Machiavel, comme le propos de The Dark Knight, renonce aux idéaux classiques, ou plutôt renverse la raison d'État classique pour se consacrer à la vérité effective. Ainsi inaugure-t-il une pensée des conditions modernes de la politique, pensée sans concession qui souligne l’écart séparant la vie telle qu’elle devrait être idéalement et telle qu’elle est effectivement. Or, le mal est une de ses principales composantes et l’usage de la force est nécessaire pour combattre. (Aux chapitres III et VIII du Prince, le florentin va mettre en valeur le caractère substantiel du mal et montrer que l’action efficiente doit s’appuyer sur ce mal afin d’agir efficacement ; tout le monde connait l’expression « qui veut la fin justifie les moyens »). Vu ainsi, Batman ressemble de plus en plus au prince George W. Bush, et le laïus final du film, au-delà de l’apologue, pourra être entendue comme une ode à sa politique internationale:

- L’enfant : « Il n’a rien fait de mal » (comprendre : les USA n’ont rien fait de mal).

- Le père : « parce qu’il est le héros que Gotham mérite (comprendre : les USA mais aussi le monde et la civilisation toute entière), parce que ce n’est pas un héros, c’est un gardien silencieux qui veille et protège sans cesse. ».

 

Ainsi entrons-nous dans le théâtre d’un progressif et irréversible « désenchantement du monde ». La civilisation est devenue synonyme de corruption, de mensonge, de vice et de crime. Elle nécessite maintenant un être capable de passer de l’autre côté de son miroir. Take a walk on the dark side. Clairement, l’Amérique s’est métamorphosée en « super anti-héros » et entend faire entrer en douce cette donnée dans l’imaginaire collectif. Nous l’avons dit, cela nécessite la refonte des mythes manichéens qui ont façonné l’idéologie US depuis 1945. (Rappelons que les tous premiers adversaires de l’homme chauve-souris étaient les japonais et les nazis.). Aujourd’hui, Batman n’apparait plus comme l’incarnation du Bien le plus pur et son action n’est plus un paradigme ; au contraire, elle est condamnée à être incomprise, d’où l’aspect souterrain et nocturne de ses agissements. Plus encore, et le film ne nourrit pas d’ambiguïté sur ce point, dire la vérité est dangereux. Voilà qui peut faire mal à entendre. L’opinion publique, naïve, pour n’en pas dire plus, n’a rien à savoir. De même, si le Joker représente la figure du mal absolu, (absolu car sans motif, nihiliste), il cristallise surtout une image erronée du terrorisme et de l’ennemi en général. (cf : l’épisode des bateaux). En effet, la figure du Joker laisse à penser que les terroristes sont de purs cinglés et que leurs comportements ne s’expliquent pas sous un angle manichéen, et d’ailleurs ne s’expliquent pas du tout. («Certains hommes veulent juste voir le monde partir en flammes », ou encore, dans une distorsion nietzschéenne, « Ce qui ne te tue pas te rend plus étrange ».). La haine et la détermination des ennemis – et comment ne pas penser ici à Al-Qaïda ? – seraient donc insensées et dénuées de tout principe (voir la scène d’introduction où le gardien de la banque hurle au sol : « avant ici, les criminels avaient des principes au moins ! » ; voir aussi la séquence plutôt explicite où apparait un camion de pompier en flammes). Ici, on cherche à occulter ou réduire à néant ce qui fonde l’idéologie terroriste. (A contrario et derrière sa folie, le Joker de Burton avait, lui, des principes : pouvoir, argent, conquêtes, conception de l’art contemporain…). Dans le même temps, la figure du Joker étant décidemment bien commode, ce mécanisme vient valider le discours ultra-sécuritaire prôné par l’administration Bush.

 


Le Mal nouveau serait donc arrivé, celui qui se marre en faisant sauter les hôpitaux. Comme nous l’avons dit, certaines concessions (morales) s’imposent pour combattre ce fléau moderne. Le destin de Batman sera désormais d’évoluer dans les nuances, entre chien et loup, à la limite de ce qui est légal et de ce qui ne l’est pas, à la frontière du bien et du mal. Son masque lui-même semble faire la gueule, mais il faut bien s’occuper du sale boulot. Déjà, dans le premier opus de Nolan (Batman Begins), Batman devait s’imprégner du mal pour le combattre. Dans The Dark Knight, il est à la limite d’en faire partie, par nécessité. Car, puisque ce qui fonde l’identité du mal s’est métamorphosé, l’antidote doit lui aussi évoluer. Le remède, alors, devient ambigu, trouble et surtout peu compréhensible pour l’opinion publique très moraliste des américains. (On détruit symboliquement le phare qui appelle Batman dans la nuit, même constat lors de l’épisode des bateaux lorsque le  détenu jette le détonateur – comble de mauvaise foi d’un peuple sans reproche qui conçoit que sa lie-même est vertueuse et fondamentalement bonne.). C’est aussi la raison pour laquelle le film insiste à ce point sur la représentation de l’héroïsme, sujet sur lequel Machiavel n’est pas en reste. Batman n’est plus un modèle (dark) mais le politicien Harvey Dent en est un, plus lumineux et consensuel (il passe très bien à la tv). L’Amérique a certes besoin de son White Knight, emblème nécessaire, mais il faut bien voir la vérité en face, ce n’est qu’une illusion, un marionnettisme, l’action efficiente se jouant à l’insu de tous, lorsque le peuple dort. Ou rêve. Le peuple n’a pas à savoir puisque, répétons-le, dire la vérité est dangereux. Ici, on retrouve pleinement Le Prince de Machiavel, a qui il est très vivement conseillé d’avancer masquer, mi-renard mi-lion. ("Il faut donc être renard pour connaître les rets, et lion pour effrayer les loups ». Chapitre XVIII). Premier point, on constate que le penseur florentin reprend le fond animal de l’homme et le transporte sur le terrain de la dualité : "De ce fait, il importe qu’un prince sache adroitement user de l’homme et de la bête." Or, Batman fait cela à merveille, n’oublions pas qu’il s’agit d’un homme chauve-souris qui n’a d’autre pouvoir que cette dyade en lui. Second point, le masque est un impératif pour quiconque entend maintenir l’ordre. Il s’agit d’être simulateur et dissimulateur, selon les vents de la fortune. Evidemment, la moralité américaine prend à nouveau un coup dans sa superbe, surtout si l’on se réfère au maître en la matière, Kant, pour qui le mensonge est dans tous les cas moralement condamnable. Ah, Kant ! lui répondrait Batman, je te croyais plus fort que ça… Car ici, on parle de réalité effective et il n’y pas de happy end possible. En revanche, bien que le héros reparte éreinté, cassé et totalement isolé, au lever du jour sur son fidèle destrier, il ressort toutefois de cette aventure comme on sort d’un doute, convaincu du bien-fondé et de la légitimité de son action. Le monde contemporain, corrompu, vil et immoral, aura ici et maintenant son double pour gardien, celui qu’il mérite.


Pour finir, on ne sera guère surpris d’apprendre que le scénariste et dessinateur actuel du Batman version comics, Frank Miller, prépare une nouvelle BD,  « Holy Terror, Batman! », qui verra le justicier masqué affronter directement Oussama Ben Laden. (Gotham sera attaquée par Al-Qaïda et Batman devra défendre la ville qu’il aime). Bien que le titre prête à sourire, puisqu’il joue avec l’expression récurrente de Robin, la BD ne se cachera pas derrière son petit doigt pour aborder ce sujet sensible. D’ailleurs, Miller ne dissimule pas le vrai but du livre qu’il qualifie de « morceau de propagande ». Selon ses propres termes, « Batman va donner un bon coup de pied au cul d’Al-Qaïda ! ». Bref, on l’aura compris (les scores au box-office de The Dark Knight parlent d’eux-mêmes), la machinerie Hollywood n’a pas fini d’asséner de gros coups dans l’imaginaire et l’inconscient collectifs pour nous expliquer comment re-penser, à la sauce américaine, la donne morale et la trame politique du monde du XXIème siècle.

 

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16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 13:38

 


FICHE TECHNIQUE :

Réalisation : Paul Grimault
Scénario : Jacques Prévert et Paul Grimault, d'après le conte d'Andersen, La Bergère et le Ramoneur

Dialogues : Jacques Prévert
Image : Gérard Soirant
Musique : Wojciech Kilar
Chansons : Joseph Kosma (musique), Jacques Prévert (paroles)
Animation : Gabriel Allignet, Marcel Colbrant, etc.

Voix des personnages : Jean Martin (l'Oiseau), Pascal Mazzotti (le Roi), Raymond Bussières (le Chef de la police), Agnès Viala (la Bergère), Renaud Marx (le Ramoneur)…
Production : les Films Paul Grimault, les Films Gébé, A2

Durée : 87 minutes, couleur
Tournage : 1947 - 1950 / 1977 - 1979
Sortie à Paris : 1980

      A l’heure d’été où les parents sont plus ou moins volontairement enfermés dans la dichotomie réductrice Disney/Pixar (Wall E ou Madagascar 2), voici un dessin animé français, Le Roi et l’Oiseau, que j’ai découvert grâce à un article de Mirbel (ciné-quartier), qui permet à mon sens de rompre avec l’uniformisation ambiante de l’imaginaire des petits mais aussi et surtout des plus grands.

L’histoire est la suivante :

      Un roi tyrannique et mégalomane, Charles V et Trois font Huit et Huit font Seize, règne sans partage et avec une certaine cruauté sur le royaume de Takicardie. Ce roi déteste les oiseaux et les martyrise à l’envie, notamment la famille de l’oiseau-narrateur, à la verve subtile (Ca, Prévert avait une sacrée plume). De même, il fait disparaitre dans des trappes tous ceux qui ne lui reviennent pas (cf Le père Ubu). Dans son royaume, les sculptures et les peintures qui le représentent sont innombrables et mettent parfaitement en lumière l’utilisation de l’art par la dictature. Une nuit, dans sa chambre, le roi est troublé par le portrait d’une charmante bergère, juste à côté d’un autre tableau qui représente un ramoneur que le souverain déteste. Lorsqu’il s’endort, le roi se retrouve en rêve avec les portraits des tableaux qui alors s’animent. L’illusion est si forte que le roi en oublie qu’il ne s’agit que d’un simple songe. Dans celui-ci, la bergère et le ramoneur s’aiment mais le roi a juré d’épouser la bergère avant minuit. Le couple est alors emprisonné et, aidé par l’Oiseau, va tenter de recouvrer sa liberté…



Il était une fois le dessin animé français

     Tout d’abord, Le Roi et l'Oiseau (1945) constitue le tout premier long métrage de dessin animé français en couleurs. C’est à la géniale association du réalisateur Paul Grimault et du poète Jacques Prévert que l’on doit ce chef d’œuvre, dont l’histoire est assez atypique et finalement révélatrice des difficultés que rencontre généralement le cinéma d’animation français. En effet, le film a connu une première mouture sous le titre : La Bergère et le Ramoneur – normal puisqu’il est tiré du conte éponyme de Hans Christian Andersen – laquelle sortit en 1953 mais avec un montage différent, imposé par la production, dans une version que désapprouvèrent Paul Grimault et Jacques Prévert eux-mêmes. En 1966, Paul Grimault récupère les droits et les négatifs du film, qui durait 62 minutes, puis redessine les scènes existantes, tourne de nouvelles séquences et le remonte entièrement pour donner Le Roi et l'Oiseau (87 mn). Enfin, en 1980, le film verra le jour ; il aura fallu attendre trente cinq ans pour que Le Roi et l’Oiseau sorte pour de bon sur les écrans. Malheureusement, Jacques Prévert (décédé en 1977) ne connaîtra jamais cette version définitive. En outre, il est étonnant de constater à quel point la genèse du film fait écho au message qu’il contient : le triomphe de la liberté.

Derrière la poésie, une subtile dénonciation

D’emblée, on plonge dans un univers hautement surréaliste et ultra poétique. Le dessin de Grimault est original et somptueux, il distord les perspectives, favorise les grands espaces architecturaux « à la Salvatore Dali » ou « à la Giorgio de Chirico », et pousse à l’excès les antagonismes (haut/bas, endroit/envers, etc.). Il esquisse ainsi le tableau saisissant d’un royaume hybride principalement caractérisé par l’hubris et le colossal. (A titre personnel, j’ai cru reconnaitre certains  plans susceptibles d’avoir influencé le film Brazil, de T. Gilliam. A préciser...). Egalement, les personnages hauts en couleurs sont rigoureusement élaborés sur le plan physique et comportemental. Plus encore, ils portent intrinsèquement une forte charge symbolique : la jeunesse éprise de liberté pour la bergère et le ramoneur, la défense de l’amour et la force du verbe pour l’Oiseau, le pouvoir tyrannique et la méchanceté pour le Roi. Pour reprendre l’expression de Grimault lui-même, il s’agit-là de personnages - prétextes. Prévert non-plus n’est pas en reste (co-scénariste, dialoguiste), et ses jeux de la langue comme ses mots enluminés sont franchement savoureux. Sa poésie a le don de tourner en ridicule la violence, de la violenter elle-même d’un soufflet. Plus que jamais, la plume est employée comme une arme redoutable pour lutter contre la dictature, (les récentes tentatives de censure de la Chine à l’aube des Jeux 2008 sont encore là pour en témoigner). Sur le plan esthétique, Le Roi et l’Oiseau est donc une véritable innovation et une vraie prise de risque, Grimault et Prévert mettant au point une stylistique nouvelle et encore aujourd’hui très originale. Mais derrière la forme pointe le fond et l’œuvre offre manifestement une pluralité de lectures. En effet, c’est à une véritable exégèse de La Bergère et le Ramoneur que procède Jacques Prévert, exégèse qui réfléchit autour des possibles détournements de sens du récit initial. (« Voilà une histoire qui ferait un bon film » dit Jacques Prévert à Paul Grimault après avoir relu Andersen). De-là, un ingénieux travail de destruction et de re-construction du texte originel est opéré. Parmi ces interprétations en puissance, le poète y voit une occurrence politico-philosophique forte, l’occasion d’un pamphlet contre le totalitarisme et l’obscurantisme, et plus précisément, si l’on se réfère aux nombreuses allusions qui parcourent le métrage, contre le nazisme et le stalinisme. Néanmoins, le lieu même où se déroule l’histoire, (Takicardie, royaume purement imaginaire), permet de lui donner une dimension universelle et atemporelle.

Apologie de la liberté

     Entrons un peu plus précisément au cœur de cette dénonciation, à commencer par les rapports qu’entretiennent l’art et la politique. Première constatation, l’esthétique du royaume est toute entière portée par le culte de la personnalité du dictateur. Ici, évidemment, les auteurs entendent dénoncer l’asservissement de l’art par les totalitarismes de tous poils, en stigmatisant les rouages propagandistes de la production artistique. Dans cette voie, ils dressent un parallèle noir et grinçant entre l’organisation du travail dans les usines où les œuvres sortent à la chaine (productivisme à outrance et aliénation du travail – cf Marx, Manuscrits de 1844, ou encore Les Temps Modernes de Chaplin) et le fonctionnement du despotisme (modèle unique et incarnation sans cesse renouvelée de la figure paternaliste de l’Etat.).  Egalement, l’omniprésence de l’autorité (les policiers là encore assez proches de l’univers chaplinien, voire même des Dupont et Dupond de Hergé) est là pour nous rappeler gentiment mais sûrement ce qui fonde indument ce type de pouvoir. Si l’utilisation de l’art est mise en cause, celle de la technique ne sera pas épargnée non plus à travers la figure du robot destructeur, surprenante anticipation du robot « Goldorak », très révélatrice de la crainte qu’inspira l’utilisation du couple science et technique en cette époque post seconde guerre-mondiale. De-là, le poète et le dessinateur ne manquent pas l’opportunité de reprendre et de développer des thèmes qui leurs sont chers, tels que l’amour et la liberté, dont, nous l’avons dis, les personnages sont les symboles. Ici, leur révolte peut être envisagée sous deux angles : d’une part, il s’agit de glorifier le droit à la résistance du peuple (cf : Montesquieu) et de permettre à la liberté de triompher au travers d’un happy end nécessaire au regard du message ; d’autre part, elle permet la mise en abîme d’une libération, voulue par les auteurs, de la standardisation des images produites à la chaine, sériées comme l’étaient hier et le sont encore aujourd’hui les productions US - ce qu’il faut bien appeler un "kidnapping culturel". On retrouve donc insidieusement dans cette révolte contre le système formaté la lutte qui opposa pendant trente cinq ans les auteurs à leur production pour imposer leur idée d’une animation libre et neuve.

    Pour conclure, on soulignera que les héritiers revendiqués de Grimault et de Prévert se nomment aujourd’hui Hayao Miyazaki (Le voyage de Chihiro, Le château ambulant, Princesse Mononoké) et Isao Takahata (grand ami et collaborateur de Miyazaki, traducteur de Prévert et réalisateur, entre autres, du film Le tombeau des lucioles); l’un et l’autre n’ayant  jamais cessé de clamer leur attachement au film Le Roi et l’Oiseau. D’ailleurs, Miyazaki, dans un de ses premiers longs métrages, rend hommage à Grimault en s´inspirant très largement du Château de Takicardie pour Le Château de Cagliostro. Cette vague du cinéma asiate (que j'aime beaucoup) reprend ainsi le flambeau laissés par les deux résistants gaulois en s’efforçant de montrer qu’en matière d’animation, autre chose est possible que les films de Disney (ou Pixar).

Bande-annonce Le Roi et L'oiseau:

                             
                            



POUR FAIRE LE PORTRAIT D’UN OISEAU

Peindre d’abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d’utile
pour l’oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l’arbre
sans rien dire
sans bouger …
Parfois l’oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s’il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
n’ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l’oiseau arrive
s’il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l’oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau
Faire ensuite le portrait de l’arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l’oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
Si l’oiseau ne chante pas
c’est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s’il chante c’est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l’oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

 

Jacques PRÉVERT, Paroles (1945)
©1972 Editions Gallimard

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11 août 2008 1 11 /08 /août /2008 20:22

 

    

 

     Triste nouvelle pour la musique en général, et pour moi qui était fan, le chanteur soul Isaac Hayes a définitivement rangé ses instruments, dimanche après-midi (10/08/08), à l’âge de 65 ans. Ce sont des proches de l'artiste qui ont retrouvé ce dernier inconscient près d'un tapis de course où il s’exerçait. I. Hayes a été transporté dans un hôpital de Memphis où son décès a été constaté. 

Eternal Black Moses                                                                                                                                                                      

     Chanteur, compositeur et auteur de chansons qui ont la classe façon Pimp, ce roi de la soul restera une vraie légende du son des années 60 - 70. Musicien phare de la soul music, au même titre que Otis Redding, Aretha Franklin,  James Brown ou Curtis Mayfield, il a marqué de son empreinte toute une époque. I'm a soul man... son premier grand succès, co-signé avec David Porter et interprété par Sam&Dave, annonçait d’emblée la couleur. En 1969, son album Hot buttered soul fait de lui une star et un symbole de la cause noire, à une période où l'activisme des Black Panthers battait son plein. Au sommet de son art, Isaac Hayes avait même été surnommé le Black Moses, pour son aptitude à galvaniser les foules, ainsi que pour sa voix noire et profonde de baryton. Une voix que j’ai découvert adolescent, avec ses intonations lourdes, graves et sensuelles, et qui avouons-le, m’a souvent secondé pour jouer les jolis cœurs ("Soulsville", "Do Your Thing"). Aujourd’hui encore, elle continue de résonner pour moi lorsque l’envie de me la jouer revient. (En outre, le trip-hop, Massive Attack et Portishead en tête, s'est largement servi dans son répertoire niveau samples). Bref, Isaac Hayes restera, pour moi c’est certain, cette voix et ce groove uniques et reconnaissables entre milles.


Isaac Hayes et l’écran


La liste de ses compositions musicales pour le cinéma est impressionnante, de Shaft (film blaxploitation de G. Parks), qui lui valut un Grammy Award en 1971, aux plus récentes telles que Zodiac (de D. Fincher), Kill Bill, volume 2 (de Q. Tarantino), American Gangsters (de R. Scott), sans oublier une production française de Akhenaton et Kamel Saleh,dont la B.O me tient particulièrement à cœur : Comme un aimant (avec le titre sombre et envoûtant « Is it really home ? »). On notera également qu’il fut le premier compositeur Afro-américain à remporter, en 1972, l'Oscar de la meilleure chanson, avec son légendaire «Theme From Shaft».  En un mot, ce géant de la soul a apposé son style langoureux et noir à nombre de bandes sons de qualité. Côté acteur, il fut plutôt mal employé dans les nombreux et médiocres métrages qu’il tourna, par exemple Truck Turner (de J. Kaplan), Piège fatal (de J. Frankenheimer), Milliardaire malgré lui (de A. Bergman) ou encore Hustle & Flow (de C. Brewer). Toutefois, ses apparitions dans Sacré Robin des bois ! (de Mel Brooks), où il interprète « A vos souhaits », comme dans des épisodes oubliés de Deux flics à Miami, de L’Agence tous risques, ou encore de That '70s show, sont encore plus surprenantes.
      Autre corde à son arc, Hayes a prêté son magnifique organe, de la fin des années 90 jusqu'en 2006, au personnage de Jerome "Chef" McElroy dans la série animée South Park ; série qu’il quitta brutalement après qu’un épisode ait tourné en dérision l’Eglise de scientologie à laquelle il appartenait. (Personne n’est sans parfait.).  De lui, on retiendra aussi qu’il fut couronné au Ghana, le 23 juillet 1994, Roi du district d'Ada, en remerciement de son travail et de son aide humanitaire (Hayes a fait construire au Ghana une institution pédagogique sous la bannière de l'Isaac Hayes Foundation).

 

    

     Après l’acteur Bernie Mac, (l'un des braqueurs du gang Clooney dans "Ocean's 11/12/13"), c’est donc une autre figure de la culture «black» qui a tiré sa révérence en ce week-end du 10 août. Isaac Hayes laisse derrière lui quatre femmes et douze enfants. Et un Baccawine un peu triste, à qui il ne reste plus guère que Al Green pour se consoler de cette époque révolue. I'm a soul man...

 

                                         
                                
                              
                                 Isaac Hayes - Live
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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 09:54

 

 
Bonjour à tous, ami(e)s  cinéphiles!

Et si on profitait de l’été pour prendre le pouls de notre culture cinéma ?

Pour se faire, je vous propose d’associer à chaque titre de film son réalisateur. N'hésitez pas à laisser vos résultats dans les commentaires. Bon jeu...

 

           Titres de film :                                                        Réalisateurs :

         

          a. La vie est un long fleuve tranquille.                1. Robert Zemeckis.

          b. La mort aux trousses.                                       2. Quentin Tarantino.

                                    c. La vie devant soi.                                                3. Luchino Visconti.

          d. Le jeu de la mort.                                               4. Bertrand Tavernier.

          e. La vie est belle.                                                   5. Nicholas Hytner.

           f. Mort à Venise.                                                      6. Olivier Dahan.

          g. La vie des autres.                                               7. Abderrahmane Sissako.

          h. Boulevard de la mort.                                         8. Alfred Hitchcock.

           i. Danse ta vie.                                                         9. Rémi Bezançon.

           j. La mort vous va si bien.                                    10. Radu Mihaileanu.

          k. Le 1er jour du reste de ta vie.                           11. Georges Lautner.

          l. Déjà mort.                                                             12. Lasse Hallström.

         m. La vie sur terre.                                                  13. Bruce Lee.

         n. La mort en direct.                                                14. Sam Raimi.

         o. Va, vis et deviens.                                               15. Etienne Chatiliez.

         p. Mort d’un pourri.                                                  16. Alain Resnais.

         q. Une vie inachevée.                                             17. Roberto Benigni.

         r. Mort ou vif.                                                             18. F. Henckel von Donnersmarck

         s. Vivre et laisser mourir.                                       19. Moshé Mizrahi.

          t. L’amour à mort.                                                   20. Guy Hamilton.
        

          _____________________________________________________________

      Réponses : a15 – b8 – c19 – d13 – e17 – f3 – g18 – h2 – i5 – j1 – k9 – l6 – m7 – n4 – o10 – p11 – q12 – r14 – s20 – t16.

_______________________________________________________________________________________

Résultats:

Vous avez entre 0 et 4 bonnes réponses : Vite ! sortez le défibrillateur ! L’encéphalogramme est (presque) plat, Monica Bellucci doit venir vous faire du bouche à bouche…

  Vous avez entre 5 et 9 bonnes réponses : C’est pas la grande forme. Je vous recommande une petite cure de ciné avant d’entamer la rentrée.

  Vous avez entre 10 et 14 bonnes réponses : Pas trop de problèmes pour vous, votre culture-ciné se porte bien.

Vous avez entre 15 et 20 bonnes réponses : Tranquille Emile ! Pour vous, ce n’était qu’une petite promenade de santé, votre culture ciné pète le feu.

 

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 12:44



Fiche technique :

  • Titre : 8 Femmes
  • Réalisation : François Ozon
  • Interprétation : C. Deneuve, I. Huppert, F. Ardant, E. Béart, F. Richard, L. Sagnier, D. Darrieux et V. Ledoyen
  • Scénario : François Ozon, Marina de Van, d'après la pièce de théâtre de Robert Thomas
  • Dialogues : François Ozon
  • Photographie: Jeanne Lapoirie
  • Costumes : Pascaline Chavanne
  • Décors : Arnaud de Moléron
  • Musique : Krishna Levy
  • Date de sortie en France : 6 février 2002
  • Film français
  • Genre : Comédie policière, comédie musicale
  • Durée : 103 minutes

 

Le projet de Ozon est original : il s’agit de faire naître une redondance, ou plutôt un amalgame, dans l’esprit du spectateur qui regarde un film joué par des actrices célèbres dont le sujet syncrétique porte sur ces mêmes actrices célèbres. Une sorte de mise en abîme en quelque sorte. A cet effet, l’intrigue assez pauvre et très boulevardière (tirée d’une pièce de R. Thomas) n’est qu’un prétexte pour mettre en valeur ces vedettes féminines dont Ozon nous régale. A-t-on déjà vu en France pareil casting ? La plupart de mes interprètes françaises préférées sont ici réunies : C. Deneuve, I. Huppert, F. Ardant, E. Béart, F. Richard, L. Sagnier, D. Darrieux et V. Ledoyen… (et aussi Romy Schneider, qui apparait en photo et qui joue un certain rôle). Ce gotha, cette crème nous est servie sur un plateau « Agatha Christien » par un réalisateur qui aime filmer les actrices et qui souhaite leur rendre hommage, à elles comme au 7ème art en général. Retour rapide sur un métrage malin comme tout.

Synopsis

Années 50. Coupées du monde extérieur, huit femmes se retrouvent dans une villa isolée où le meurtre du maître de maison vient d'être commis. Une des huit femmes est coupable. Mais toutes mentent effrontément sur leur réel emploi du temps et toutes ont un motif valable de l’avoir tué. La journée d'enquête commence, de disputes en trahisons, de révélations en faux-semblants. Les masques tombent, et les liens se tissent ou se détruisent. Toutes dévoilent leur vrai visage. Mais laquelle est coupable ?


Secret Story

Pour commencer, ces huit femmes ont chacune un secret. Elles sont enfermées dans un lieu clos, très proche du décor de studio (la référence à l’œuvre de Hitchcock est évidente), où elles se jalousent, se suspectent, se disputent ou s’embrassent, tandis que le spectateur-voyeur attend une révélation finale. En un mot, il s’agit presque d’une version ciné de Secret Story ou du Loft. (N’oublions pas que le premier long métrage de Ozon était Sitcom, dans lequel la famille, la sexualité et le genre lui-même de la sitcom étaient mis à mal). Au-delà du clin d’œil, on peut voir que Huit Femmes intègre les rouages et la dynamique d’une bonne grosse télé-réalité ou d’une série à épisodes. La théâtralité est donc poussée à son paroxysme, tant en ce qui concerne l’interprétation que le scénario et la réalisation à proprement parler. Les égos sont contraints, l’ambiance est délétère, quasi-artificielle (la photo et la lumière elles-mêmes, très claires et technicolor, rappellent l’image employée pour les sitcoms) et l’on s’attend à tout moment à un clash en direct entre ces célébrités du grand écran. La mayonnaise prend et l’on n’est pas loin d’imaginer derrière la rivalité qui les anime celle qui pourrait entourer leur quête de popularité dans le cœur des français. Certes, elles n’ont pas conservé leur véritable nom, néanmoins, le tour de force du réalisateur est de faire naître un amalgame entre les personnages qu’elles interprètent, les actrices qu’elles sont réellement, et les grands rôles qui ont jalonné leur carrière respective. Le tout savamment dosé. Evidemment, notre mémoire et notre culture ciné sont ici sollicitées sous forme d’hommages, (costumes et coiffures sont eux-mêmes des clins d’œil cinéphiles), mais aussi notre côté voyeuriste avide de « people ». (Ne doutons pas qu’il s’agisse-là d’une subtile critique que nous adresse Ozon). Visiblement, le réalisateur s’est éclaté à jouer avec toute cette matière à disposition. On l’imagine aisément, petit garçon un brin pervers agenouillé devant une maison de poupées, tordant dans tous les sens leur superbe plastique tout en riant sadiquement de l’orchestration de son huis-clos. Et quelles poupées !

La maison de poupées

Dans le No man’s land de Ozon, les poupées sont numérotées de un à huit, (sans pour autant déterminer de premiers et de seconds rôles), et chacune d’elles représente une certaine image de l’actrice et du cinéma à des époques différentes. Poupée parmi les poupées, Catherine Deneuve est la star incontournable, l’icône française. Si chacun a déjà entendu une chanson de Johnny,  chacun a également vu un film avec La Deneuve au cours de sa vie. Les plus grands réalisateurs l’ont utilisé (Demy, Buñuel, Melville, Polanski, Truffaut, Ferreri, Aldrich, De Broca, Rappeneau, Téchiné, etc.) et ce, alors même que Ozon (né en 1967) n’était qu’un enfant puis un adolescent. Manifestement, il fut marqué par cette impressionnante filmographie puisqu’il s’amuse à faire redire à sa poupée, pour le compte de sa propre histoire, des répliques qu’elle a tenu dans d’autres réalisations cultes (entre autres La Sirène du Mississippi et Le Dernier Métro de F. Truffaut). Ici, l’exercice de style n’est pas gratuit et permet l’amalgame et la mise en abîme souhaités. Dés-lors, en offrant systématiquement à chacune de ses poupées un rôle en parfaite concordance avec sa filmographie, tout en faisant revivre les plus beaux moments de sa carrière, Ozon dresse un inventaire à la fois kitsch et hardcore du cinéma, très révélateur de sa propre culture cinématographique, et rend un hommage appuyé et original aux actrices.

       Nous l’avons dit, dans cette maison de poupées se développe l’imaginaire de l’enfant cinéphile, une sorte de Cinéma Paradisio des premières années d’émois et de désirs. Il n’est alors guère surprenant que le petit garçon Ozon n’ait pas résisté à l’envie de voir s’embrasser deux égéries du cinéma français, C. Deneuve et F. Ardant. L’occasion était trop belle de réaliser un fantasme puéril, pour lui comme pour nous. Le spectateur, alors, n’assiste pas tant à une étreinte un peu hot entre deux personnages de fiction qu’à un authentique baiser que se donnent deux formidables actrices qui ont marqué notre imaginaire collectif. De même, le rapport ambigu mère-fille rejoué de façon trash par C. Deneuve et D. Darieux, trente cinq ans après Les Demoiselles de Rochefort de J. Demy, autre comédie musicale, est plutôt bien vu. Décalé semble être le mot. Sans doute y aurait-il beaucoup à dire sous l’angle psychologique à propos de la libido de cet enfant-adolescent tant l’érotisme et la sensualité en viennent parfois à s’imposer dans son esprit joueur. (Mention spéciale pour E. Béart, très sensuelle en femme de chambre, qui rappelle Le Journal d’une femme de chambre de Buñuel). D’une manière générale, on peut voir dans cette maison de poupées un véritable laboratoire expérimental qui opère joyeusement des coupures à vif dans la chaire même du cinéma. Par-delà, la jouissance de Ozon lorsqu’il s’amuse à rejouer certaines scènes ou passages de films, (tels que Women de G. Cukor, La femme d’à côté de Truffaut ou Soupçons de Hitchcock), est quasi-palpable et surtout contagieuse. Chacune des poupées ayant droit à son lot d’allusions ou de références que je vous laisse découvrir ou redécouvrir par vous-mêmes. Simplement, puisqu’il s’agit d’un jeu, même s’il est parfois cruel comme peuvent l’être les enfants (humour souvent cynique des dialogues), pourquoi ne pas le faire en chansons ? Le petit démiurge, toujours à genoux devant la maisonnette, s’adresse alors à ses jouets : « Maintenant les poupées, vous allez chanter ! »

 

Radio Nostalgie

 

Bien-sûr, l’aspect comédie-musicale de Huit Femmes peut dérouter. Il faut jouer le jeu avec Ozon et se laisser emporter. (En outre, la B.O s’est plutôt bien vendue dans les bacs). Chacun sait que ce sont les actrices elles-mêmes qui ont interprété leur propre chanson et le résultat est à la fois drôle, étonnant et touchant ; certaines, C. Deneuve ou L. Sagnier notamment, ne manquant pas de talent. Dans l’imaginaire du petit garçon, on assiste alors à un glissement de sensibilité qui conduit du cinéma à la chanson populaire contemporaine de son enfance (années 70, génération « scopitone »). A chaque actrice un classique d’une chanteuse célèbre de l’époque se voit alors attribué, de Nicoletta à Françoise Hardy, en passant par Dalida ou Sheila, et l’on croirait entendre la bande-son de l’après-midi de Radio Nostalgie ou tourner les pages jaunies d’un vieux numéro de Salut Les Copains. Une fois de plus, Ozon en rajoute des tonnes par le biais de ses actrices (qui ont manifestement pris plaisir à leur tour de chant), et continue de nourrir un décalage qui ne cesse de fonctionner. Mais alors que le petit garçon s’en donne à cœur joie, une voix s’élève qui l’appelle : « François, descends manger, le film va bientôt commencer ! » Le moment est alors venu de clore l’histoire et de révéler vite-fait le pot aux roses de l’intrigue, mais là n’était pas l’essentiel.

 

Pour conclure, on dira qu’il faut accepter d’être un peu déstabilisé (dés le générique ultra-kitsch) pour goûter totalement ce bijou de cinéma et d’humour. Une fois entré dans l’univers du petit garçon, l’ensemble semblera hautement jubilatoire et précieux dans le panorama du cinéma français. Paradoxalement, on peut dire aussi qu’il s’agit d’un film très « adulte » qui, au-delà de l’invention des règles du jeu que nous découvrons, nécessite une grande maturité sur le plan de la construction et de la gestion pleinement cohérente des thèmes pourtant pléthores qu’il entend aborder. Pour finir, je vous propose de comparer le scopitone de la chanson T’es plus dans le coup Papa, interprétée par Sheila en 1963, avec la version de L. Sagnier dans le film de Ozon. Dynamisme et chorégraphie en disent long sur l’humour décalé qui anime sa maison de poupées.

 

Sheila:

                           



Ludivine Sagnier:

                          
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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 18:42

    

     C’est grâce à Shin que j’ai découvert le principe de cette liste cornélienne du cinéma, doux euphémisme pour « liste à la con » tant les choix s’avèrent difficiles, et voici le résultat que j'ai tout de même pris plaisir à constituer. Toutefois, comme le dit par ailleurs Dasola, si je dois refaire cette liste demain, il est probable qu’elle ne soit plus exactement la même. J’espère que vous aurez à votre tour le courage de vous y coller. J’attends vos résultats dans les commentaires…

 

LA LISTE :

 

- Un film étranger : The Big Lebowski, des Coen.
- Un film français : La Haine, de M. Kassovitz.
- Un film d'animation : Le Château ambulant, de H. Miyazaki.

- Une saga : Sympathy for Mister Vengeance, Old Boy et Lady Vengeance de Park Chan-Wook (ou bien sûr celle du Parrain de Coppola)
- Une suite : Kill Bill II, de Tarantino
- Un remake réjouissant : Les 7 mercenaires, de J. Sturges (pour Les 7 Samouraïs, de Kurosawa).

- Un trio de réalisateurs : Kurosawa, Coen, Scorsese
- Un trio d'acteurs : Vincent Cassel, Robert De Niro, Forest Whitaker
- Un trio d'actrices : Karine Viard, Isabelle Huppert & Tang Wei

- Un scénario : Pulp Fiction, de Tarantino
- Une révélation : Les formes de Santanico Pandemonium (Salma Hayek) dans Une Nuit en enfer, de R. Rodriguez.
- Une rencontre d'acteurs : Le trio d'acteurs dans Le Clan des Siciliens (Gabin, Ventura, Delon), de Verneuil

- Un début : Raging Bull, de M. Scorsese
- Une fin : Fight Club, de David Fincher
- Un coup de théâtre : La révélation finale de Usual Suspect, de B. Singer (découverte de l’identité de Kaiser Sauzé)

- Une affiche : La Cité de Dieu, de F. Mereilles (ou L’Homme des hautes plaines, de C. Eastwood).
- Une bande-annonce : Les Simpson, le film, de D. Silverman.
- Un générique : 800 balles, de Alex de la Iglesia

- Un gag : Claude Brasseur qui joue les aveugles dans Un Eléphant ça trompe énormément, de Y. Robert.
- Un fou rire : Walter qui jette les cendres de Donnie dans The Big Lebowski, des Coen.
- Un clown triste : Coluche dans Tchao Pantin, de C. Berri / (sinon Chaplin en général).

- Une réplique : « Il nous a fait courir le merdeux... » (B. Poolevord), dans C’est arrivé près de chez vous, de R. Belvaux.
- Un silence : La fin de No Country for old men, des Coen.
- Une mort : Celle de Guido (Benigni) dans La Vie est belle, de Benigni.

- Un rêve : Des spectateurs silencieux pendant la projection du film.
- Un regret : La place de cinéma est trop chère.
- Un plaisir coupable : L’hôtel de la plage, de M. Lang.

- Une histoire d'amour : Celle de Lune Froide, de P. Bouchitey.
- Un regard : Lee Van Cleef dans Le Bon, la brute et le truand, de S. Leone.
- Un sourire : Jack Nicholson (The Joker) dans Batman, de T. Burton.

- Un fantasme : Jessica Rabbit dans Qui veut la peau de Roger Rabbit, de R. Zemeckis.
- Un baiser : Jennifer Tilly & Gina Gershon dans Bound, des Wachowski.
- Une scène d'amour : Eiko Matsuda & Tatsuya Fuji dans L’Empire des Sens, de Nagisa Oshima

- Un plan séquence : Celui du marais et du nénuphar dans La Légende du Grand Judo, de A. Kurosawa.
- Un plan tout court : Les grattes ciel de Tokyo dans Babel, de Inarritu.
- Une scène clé : Celle qui dévoile le pot aux roses dans Le Sixième Sens, de M. Night Shyamalan

- Un choc plastique en couleurs : Hero de Zhang Yimou (ou, plus vieux, La Cité des Enfants Perdus, de Caro et Jeunet).
- Un choc plastique en noir et blanc : Down By Law, de J. Jarmusch
- Un choc tout court : Salo ou les 120 jours de Sodome, de Pasolini

- Un artiste sous estimé : Les réalisateurs B. Delépine et G. Kervern pour Aaltra.
- Un artiste surestimé : Sean Pean (ou Léonardo DiCaprio)
- Un artiste trop rare : Steve Buscemi.

- Une déception : Astérix aux Jeux Olympiques, de Frédéric Forestier et Thomas Langmann.
- Un somnifère : Matrix Révolutions (3), des Wachowski
- Un gâchis : Les Bronzés 3, de P. Leconte.

- Une découverte récente : Le Roi et le Clown, de L. Jun-IK (moins récent : Little Miss Sunshine, de J. Daiton et V. Faris).
- Un traumatisme : L’extincteur dans Irréversible, de G. Noé
- Un torrent de larmes : Les Bronzés 3 (de vraies larmes de tristesse)

- Une chanson : 54-46 Was My Number (Toots and the Maytals), dans This is England, de S. Meadows (ou Where is my mind (Pixies), dans Fight Club, de D. Fincher.
- Une musique : Il était une fois dans l'ouest (Morricone), de S. Léone.
- Une bande son : Ascenseur pour l’échafaud (L. Malle), de Miles Davis

- Un sursaut : Jack Nicholson dans Shining, de S. Kubrick
- Un frisson : La scène de l’ascenseur dans The Eye, des Pang. (ou bien-sûr Sueurs froides, de Alfred Hitchcock)
- Un souvenir de cinéma qui hante : La jambe de James Caan dans Misery, de R. Reiner

- Une explosion : Celle du château nazi dans Les Douze Salopards, de Robert Aldrich
- Un gunfight : Cage vs Travolta dans Volte-Face, de J. Woo
- Un combat : Le duel sous la neige dans Goyokin, de H. Gosha.

- Une arme : La carabine à air comprimé de Chigurh dans No Country for old men, des Coen
- Un héros : Maximus (R. Crowe) dans Gladiator, de R. Scott
- Un méchant : Gleen Close dans Liaison Fatale, de A. Lyne (ou Alex De Large dans Orange Mécanique, de S. Kubrick)

- Un serial killer : Hannibal Lecter (Anthony Hopkins) dans Le Silence des Agneaux, de J. Demme
- Un croque-mitaine : Beetlejuice (Michael Keaton), de Tim Burton
- Un monstre : Alien, le huitième passager, de Ridley Scott.

P.S: Pour bien faire, élaborer une liste par décennie serait sans doute plus juste et moins frustrant... Avis à tous les passionnés!
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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 14:20



Fiche technique :

  • Titre : The Eye
  • Titre original : Jian gui
  • Réalisation : Oxide Pang et Danny Pang
  • Scénario : Oxide Pang et Danny Pang
  • Interprétation : Angelica Lee, Lawrence Chou
  • Photographie : Decha Srimantra
  • Montage : Oxide Pang et Danny Pang
  • Pays d'origine : Hong Kong
  • Genre : Fantastique
  • Durée : 99 minutes
  • Dates de sortie : 9 mai 2002 (Hong Kong), 27 août 2003 (France)
  • Film interdit aux moins de 12 ans lors de sa sortie en France

 

 

 The Eye, qui connut un vif succès dans tous les festivals importants d’Asie, a suscité mon intérêt principalement parce qu’il met en scène, dés les premières minutes, une réflexion d’ordre philosophique assez intéressante qui reprend la controverse entre les empiristes et les rationalistes concernant les fondements de la connaissance, notamment le problème de Molyneux. Pour le reste, The Eye m’a semblé être un film d’horreur/fantastique comme l’Asie sait en faire en ce moment (The Ring, The Grudge, The Host, etc.), un recyclage intelligent et stylisé de vieilles recettes du genre, une mouture plutôt carrée d’où émergent parfois quelques frissons, mais rien de vraiment transcendant. (En outre, il faut bien avouer que je ne suis pas vraiment fan du genre).

 

     L’histoire est la suivante : Aveugle depuis l’âge de deux ans, une jeune femme nommée Mun retrouve enfin la vue après dix-huit ans de cécité grâce à une greffe de cornée expérimentale. L’opération est un succès mais, rapidement, Mun découvre que la chirurgie lui a apporté autre chose que des yeux neufs puisque des ombres mystérieuses viennent lui annoncer les morts à venir. Ces visions cauchemardesques vont la conduire aux portes de la folie. La règle d’or est inversée : vivre les yeux ouverts n’est plus synonyme de renaissance et de bonheur. Classique mais efficace.

 

 

     La première demie heure du film est à mon sens la meilleure et la plus flippante. Tout d’abord, le spectateur n’est pas omniscient et pénètre avec le regard de l’héroïne dans une ambiance très noire, remplie d'horribles visions qui ne manquent pas d’apparaitre par surprise. Somme toute un film de fantômes, bonifié par une  réalisation bien ficelée : les jumeaux Pang ont certes conservé quelque chose de leur passé de publicistes mais ils ont également fourni un vrai effort esthétique, deux ou trois plans allant même jusqu’à présenter une certaine poésie. Comme Mun, qui vient à peine de recouvrir la vue, on est pris dans le flou de ses apparitions et, myopes comme le sont les taupes, on aimerait que le focus de la caméra fasse nettement le point. Manifestement, les Pang ont pris plaisir à jouer sur ce ressort (concept de Ringu-like) qui nous laisse dans la confusion nébuleuse. Un super bon point est notamment marqué avec le fantôme du vieux dans l'ascenseur. En outre, les effets sonores sont très bien maîtrisés et la bande-son est efficace. D’une manière générale, l’ambiance de The Eye louche un peu vers Le sixième sens de M. Night Shyamalan, genre « je vois des morts » version Hong Kong. On s’en doute, le stress va monter crescendo et les visions vont se multiplier et s’intensifier jusqu’à ce que Mun (une bonne interprétation à mettre au crédit de l’actrice Angelica Lee) se sente physiquement et mentalement menacée. Jusqu’ici tout va bien. Malheureusement, la suite du film ne tient pas les promesses contenues dans ce qu’on pourrait appeler une longue introduction, et le mot déception ne sera pas trop fort pour qualifier la dernière heure ultra-conventionnelle du métrage (notamment en ce qui concerne le final très hollywoodien). Cela, je vous laisse vous en faire une idée par vous-mêmes.

 

 


 

     Toutefois, comme dit plus haut, ce n’est pas dans les ressorts de l’épouvante que l’intérêt de ce film m’a semblé le plus manifeste, mais dans l’esquisse très sommaire d’un problème récurrent dans l’histoire de la philosophie, concernant les fondements de la connaissance. Voici d’ailleurs, aux alentours de la vingtième minute du film, la scène qui m’a fait un peu me redresser de mon siège. Il s’agit du passage où le psy de Mun, chargé de sa rééducation (« l’œil et le cerveau ont besoin de se reconnaitre et de s’adapter, cela demande du temps… »), lui présente une agrafeuse et lui demande « comment s’appelle cet objet ? ». Mun, qui n’a jamais vu pareil outil jusqu’ici, ne le reconnait pas et tend les mains afin de le toucher pour l’identifier, comme au temps de sa cécité. Le psy s’adresse alors à elle :

 

«  Ce n’est qu’après l’avoir touché que vous reconnaissez l’agrafeuse. La connaissance que vous avez de votre environnement est basée sur le toucher, non sur la vision. Maintenant que vous avez recouvré la vue, mon travail auprès de vous va consister à vous reconstituer une mémoire visuelle. Sur le plan psychologique, il arrive que certains patients se sentent étrangers au monde en recouvrant la vue, d’où une certaine angoisse. »

 

Voilà un filon que les frères Pang n’ont pas suffisamment exploité, et leur réponse trop brève, raccourcie et simplifiée m’a un peu frustré. Dommage car il y avait là une richesse suffisante pour offrir à leur réalisation une toute autre envergure. Première constatation, un monde sans mot est un monde où nous sommes perdus. Le monde a besoin d’être nommé pour être habité. C’est là une remarque qui présente une certaine profondeur et nous renvoie à la pensée d’Emile Benveniste, dans Problèmes de linguistique générale : « L’acquisition du langage est une expérience qui va de pair chez l’enfant avec la formation du symbole et la construction de l’objet. Il apprend les choses par leur nom : il découvre que tout a un nom et que d’apprendre les noms lui donne la disposition des choses. » C’est donc le langage qui nous permet de nous représenter le monde. Soit. Mais, dans le film, Mun dispose du langage, le problème est donc ailleurs. Qu’est-ce qui permet à l’objet d’être nommé et connu ? Quel est, en Mun et en tout homme, le foyer primitif de la connaissance ? Les sens ou l’intellect ?

    Telle est la question, baptisée Problème de Molyneux, qui agita les philosophes (empiristes vs rationalistes) durant toute la période charnière du XVIIe et XVIIIe siècles. Les données sont simples : supposons un aveugle de naissance auquel on aurait appris à reconnaître au toucher un globe et un cube. On restitue à cet aveugle, par une expérience que le film matérialise, la vue. Saura-t-il alors reconnaître, au « premier coup d’œil » et sans les toucher, la forme qui correspond au globe et celle qui correspond au cube ? On pourra ici trouver remarquable que, ce qui pour les philosophes n’était qu’une manipulation théorique, soit rendue possible par la magie du cinéma. La question que l’on cherche par-delà à poser est celle de la nature de notre représentation originaire du monde. Cette représentation est-elle strictement dépendante d’une éducation expérimentale qui nous fait distinguer, peu à peu, des formes objectives ? Ou bien faut-il faire de la raison le socle universel d’une connaissance qui ne saurait être prise en défaut par l’absence de tel ou tel organe de la perception ?  Il semblerait qu’apporter une réponse à cette question permettrait de restituer la fonction de l’expérience dans la connaissance. Voyons brièvement ce qu’en disaient les deux courants :

              Selon Locke, figure de proue de l’empirisme et auteur, en 1690, de Essai sur l’entendement humain, l’aveugle ne saura pas reconnaître le cube du globe pour la simple raison que, découvrant la vue, il n’a pas encore appris à mettre en relation les informations du toucher et celles de la vue. Chaque expérience du monde extérieur est d’abord irréductiblement liée aux sensations propres à chaque organe sensoriel. Construire une représentation du monde consiste alors à combiner les sensations différentes (c’est l’activité même de l’esprit). Pour un aveugle, l’idée de courbe (globe) est essentiellement tactile. De même, l’idée d’angle (cube) repose en son fond sur l’expérience d’une rupture tactile des surfaces. De ces expériences originaires, primitives, premières, proviennent toutes nos idées. N’ayant pas appris à combiner les sensations du toucher et celles de la vue, l’ancien aveugle se trouve face à un continent inconnu de son expérience du monde. S’il lui est possible d’apprendre à reconnaître la courbe et l’angle, ce n’est qu’à la condition qu’il les touche. Dans cette voie, l’expérience devient la condition sine qua non de toute connaissance. Les frères Pang dans leur film, s’avèrent donc très proches du courant empiriste dans la mesure où Mun a besoin de toucher l’objet pour le connaître. Point.

     Aux antipodes de la pensée de Locke, Leibniz interroge lui aussi le problème de Molyneux dans les Nouveaux essais sur l’entendement humain (1765). Selon lui, il est possible que l’aveugle fasse le rapprochement avec les formes que le toucher lui a appris à distinguer, cela en puisant dans son esprit la notion pure de la courbe, il pourra juger de la correspondance entre cette notion et ce qu’il voit. De même, le cube, pris dans sa notion, comporte assez de propriétés mathématiques pour qu’il soit possible de le reconnaître sans le toucher. En effet, le globe se distingue, par exemple, du cube en ce qu’il ne représente aucun point saillant, mais une enveloppe régulière dont la courbure est identique en tous points. Le cube, très anguleux, est de ce point de vue très aisé à distinguer de la sphère. Autre philosophe à défendre l’existence d’idées innées en nous, Descartes. Il affirme, dans les Méditations métaphysiques, que les idées innées sont des principes : elles ne forment pas en elles-mêmes une connaissance actuelle et particulière, mais elles fondent la possibilité d’un savoir véritable.

     Développer plus loin le problème pourrait nous emmener dans des considérations beaucoup trop écartées des enjeux du film ; n’oublions pas que celui-ci ne fait que suggérer le problème de Molyneux et y apporter une réponse facile et peu exploitée. Simplement, pour finir, précisons que la solution de cette opposition fut fournie par Kant dans la Critique de la raison pure : « Si toute notre connaissance débute avec l’expérience, cela ne prouve pas qu’elle dérive toute de l’expérience, car il se pourrait bien que même notre connaissance par expérience fut un composé de ce que nous recevons des impressions sensibles et de ce que notre propre pouvoir de connaître (simplement excité par des impressions sensibles) produit de lui-même : addition que nous ne distinguons pas de la matière première jusqu’à ce que notre attention y ait été portée par un long exercice qui nous ait appris à l’en séparé. (…) »

     Grosso-modo, la formule signifie qu’il n’existe pas d’expérience brute en dehors de notre structure mentale et indépendante de l’activité de l’esprit, condition sine qua non de toute connaissance. Seulement faut-il clarifier le rôle précis de l’expérience dans la connaissance, c'est-à-dire ne pas confondre le premier moment (ou le commencement) et l’origine (ou le fondement) de ce que nous savons. L’expérience est donc toujours établie au moyen de schèmes de pensées préalables, autrement dit au moyen d’intermédiaire entre les phénomènes perçus par les sens et les catégories de l’entendement. J’en étais sûr que cela emmènerait un peu loin.

 

 

     Pour conclure, The Eye s’inscrit dans la mouvance du cinéma fantastique asiatique abondante ces derniers temps et demeure certes un assez bon film sur le plan des intentions, mais pourra sembler frustrant à ceux qui, comme moi, ne font pas du genre leur tasse de thé. En revanche, nul doute que la touche culturelle d'extrême orient ravira les aficionados pur sucre; à voir en V.O donc. D’une manière générale, qu’il s’agisse de mettre des gnons ou de foutre les jetons, il semblerait que le cinéma made in Asie ait pris cette dernière décennie une longueur d’avance sur celui made in USA. (The Eye a remporté plusieurs prix dont le Film of Merit Award (2003 Hong Kong Film Critics Society) ainsi que le prix des meilleurs effets visuels en 2002 au Golden Horse Film Festival). D’ailleurs, on notera qu’à l’image de The Ring qui a été adapté aux USA avec Le Cercle, The Eye a subit très récemment (avril 2008) une resucée du même nom (ce sont deux réalisateurs français, Xavier Palud et David Moreau, fraichement débarqués à Hollywood qui se sont occupés de ce remake hollywoodien, avec Jessica Alba). Enfin, on précisera que les frères Pang ont cru bon de bisser puis de tiercer l’histoire puisque The Eye 2 puis The Eye 3, l’au-delà ont vu le jour respectivement en 2004 et 2005 ; toutefois, ne les ayant pas visionné, impossible d’en dire quoique ce soit.

 


 

 

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