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" Qu'il  s'agisse de penser le devenir ou de l'exprimer, ou même de le percevoir, nous ne faisons guère autre chose qu'actionner une espèce de cinématographe intérieur. Le mécanisme de notre connaissance usuelle est de nature cinématographique." 

                             
                                   H. Bergson, l'Evolution créatrice.



                                                                                                                                                         

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Bonjour à tous !


 

Bienvenue à tous les amoureux du 7ème art...

 

Ce blog se propose de porter un regard analytique sur le cinéma d’aujourd’hui et d’hier. Un coup d'œil également sur le parcours des dernières sorties Ciné et DVD. Ici, on décortique le film, on donne son avis, on parle de nos coups de cœur, etc.  N'hésitez pas à laisser vos commentaires.

 

Bonne lecture...

 

 



22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 18:12

 

 


FICHE TECHNIQUE :

 

  • Titre : The Dark Knight, Le Chevalier Noir
  • Réalisation : Christopher Nolan
  • Scénario : Jonathan Nolan, d'après une histoire originale de Christopher Nolan et David S. Goyer, et d'après le personnage créé par Bob Kane et Bill Finger en 1939
  • Interprétation : Batman / Bruce Wayne : Christian Bale, Le Joker : Heath Ledger, Harvey Dent / Double-Face: Aaron Eckhart, Alfred: Michael Cain, Lt. James Gordon: Gary Oldman, Lucius Fox: Morgan Freeman, etc.
  • Production : Christopher Nolan, Charles Roven, Emma Thomas, Benjamin Melniker et Michael E. Uslan
  • Musique : Hans Zimmer et James Newton Howard
  • Photographie : Wally Pfister
  • Montage : Lee Smith
  • Genre : Action, fantastique
  • Durée : 2h27 mn
  • Dates de sortie : États-Unis : 18 juillet 2008 / France : 13 août 2008

 

 

      Comme toute production culturelle qui se respecte, le cinéma est le témoin de la réalité de son temps. Ainsi arrive-t-il, derrière la magie du divertissement, qu’un métrage opère le traitement de l’actualité sous une forme emblématique, détournée, voire subliminale. C’est pleinement le cas avec The Dark Knight, qui cristallise une défense de l’idéologie et de la politique menée par le gouvernement Bush ces dernières années. Et, puisque tout ou presque a été dit en ce qui concerne la réalisation, l’interprétation, la photographie ou encore le montage de ce film, il nous a semblé intéressant de réfléchir autour des mécanismes plus ou moins visibles qui en font une œuvre à caractère politico-moral.

 

Depuis la guerre en Irak, illégitime, et surtout depuis le 11 septembre, traumatisant, (les deux « événements » ayant été indûment reliés l’un à l’autre et amalgamés), les Etats-Unis sont dans l’obligation de repenser la grammaire de leurs mythes post-seconde guerre mondiale, et donc les figures classiques de l’héroïsme et du mal. Ici, la représentation mythique apparait non-seulement comme une façon de penser le réel, d’en rendre-compte, mais aussi comme la marque manifeste d’un « inconscient collectif ». The Dark Knight en est une nouvelle illustration, qui vient remuer au plus profond les peurs contemporaines des USA. Considérons, depuis ces deux dates, que les américains traversent une crise d’identité morale dont Batman apparaît être le symbole. Il veut toujours faire le bien mais le processus est devenu flou. La ligne de démarcation entre le bien et le mal s’estompe au fur et à mesure qu’il s’enfonce dans la lutte. Il doute et doit enfreindre la seule règle qu’il s’était juré de ne jamais enfreindre. (Le meurtre ? Bâfrer les droits civils ? Guantanamo ? cf : la scène de l’interrogatoire du Joker par Batman). Surtout, Batman est un hors-la-loi,  au sens des termes « au-dessus des lois » chers à l’absolutiste Jean Bodin, et prétend nettoyer Gotham au karsher. Point fondateur, l’occupation de Bagdad s’est faite dans l’illégalité sur le plan international, contre l’avis-même du Conseil de sécurité de l'ONU (violation de la Charte des Nations Unies). En un mot, les USA ont fait leur propre loi et leur propre police. (Faire le bien des autres malgré eux, l’enfer est pavé de bonnes intentions). La guerre en Irak, ainsi considérée, est aussi très révélatrice d’un rapport schizophrénique à la justice (faire sa justice en croyant rendre la justice). Batman emblématise tout cela. Dans le métrage, il met Gotham sur écoute (30 millions d’âmes), ce qui n’est pas rien en termes d’éthique et de moralité. (Le système de surveillance ne sera pas sans rappeler insidieusement les pratiques de la CIA). De même, il fait des choix qui engendrent des sacrifices au nom de la vérité effective ; pour en sauver cent, il faut parfois en condamner dix. Certes, le réalisateur fait passer Batman par une longue phase de doute et d’interrogation. Néanmoins, on le voit, le bon samaritain qui protège la veuve et l’orphelin, le héros civilisateur, doté d’un caractère tout uniquement positif, a fini par tomber pour de bon dans un puits sombre. Mais souvenons-nous, Bruce Wayne n’était alors qu’un enfant.  Aujourd’hui, Batman est adulte dans un monde d’adultes, ce qui n’était pas tout à fait le cas sous le regard burtonien, et il a laissé derrière lui les idéaux et les contes manichéens de l’enfance, ceux qui se terminent toujours bien. Cet âge d’or largement exploité par Hollywood est révolu ; la civilisation adulte est devenue fondamentalement porteuse de souffrances. A soi seul, cela souligne à quel point le malaise évoqué par Freud demeure au cœur de nos sociétés (Malaise dans la civilisation). Bien-sûr, Batman reste une espèce de sauveur de l’humanité, mais il est, dans le même temps et pas si paradoxalement que cela, devenu un impossible messie. De l’idole noire au mensonge pieux, le pas est franchi. L’Amérique n’est plus lumineuse ni tout à fait irréprochable sur le plan moral et il s’agit de le justifier. Comme toujours, le cinéma arrive à point nommé. Le propos devient alors machiavélique : les données de la politique sont impures par essence et le sage (le bon) est impuissant à faire régner l’ordre. L’unité et la stabilité de l’Etat constituent des fins en soi que seul l’exercice de la force permet d’atteindre. Alors, si pour assurer la pérennité de l’Etat, le prince doit parfois commettre des actes immoraux, qu’importe. On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs et il faut parfois se salir les mains pour agir efficacement.  Voilà l’un des messages du film. (De surcroît, Batman porte des gants).

    

     Machiavel, comme le propos de The Dark Knight, renonce aux idéaux classiques, ou plutôt renverse la raison d'État classique pour se consacrer à la vérité effective. Ainsi inaugure-t-il une pensée des conditions modernes de la politique, pensée sans concession qui souligne l’écart séparant la vie telle qu’elle devrait être idéalement et telle qu’elle est effectivement. Or, le mal est une de ses principales composantes et l’usage de la force est nécessaire pour combattre. (Aux chapitres III et VIII du Prince, le florentin va mettre en valeur le caractère substantiel du mal et montrer que l’action efficiente doit s’appuyer sur ce mal afin d’agir efficacement ; tout le monde connait l’expression « qui veut la fin justifie les moyens »). Vu ainsi, Batman ressemble de plus en plus au prince George W. Bush, et le laïus final du film, au-delà de l’apologue, pourra être entendue comme une ode à sa politique internationale:

- L’enfant : « Il n’a rien fait de mal » (comprendre : les USA n’ont rien fait de mal).

- Le père : « parce qu’il est le héros que Gotham mérite (comprendre : les USA mais aussi le monde et la civilisation toute entière), parce que ce n’est pas un héros, c’est un gardien silencieux qui veille et protège sans cesse. ».

 

Ainsi entrons-nous dans le théâtre d’un progressif et irréversible « désenchantement du monde ». La civilisation est devenue synonyme de corruption, de mensonge, de vice et de crime. Elle nécessite maintenant un être capable de passer de l’autre côté de son miroir. Take a walk on the dark side. Clairement, l’Amérique s’est métamorphosée en « super anti-héros » et entend faire entrer en douce cette donnée dans l’imaginaire collectif. Nous l’avons dit, cela nécessite la refonte des mythes manichéens qui ont façonné l’idéologie US depuis 1945. (Rappelons que les tous premiers adversaires de l’homme chauve-souris étaient les japonais et les nazis.). Aujourd’hui, Batman n’apparait plus comme l’incarnation du Bien le plus pur et son action n’est plus un paradigme ; au contraire, elle est condamnée à être incomprise, d’où l’aspect souterrain et nocturne de ses agissements. Plus encore, et le film ne nourrit pas d’ambiguïté sur ce point, dire la vérité est dangereux. Voilà qui peut faire mal à entendre. L’opinion publique, naïve, pour n’en pas dire plus, n’a rien à savoir. De même, si le Joker représente la figure du mal absolu, (absolu car sans motif, nihiliste), il cristallise surtout une image erronée du terrorisme et de l’ennemi en général. (cf : l’épisode des bateaux). En effet, la figure du Joker laisse à penser que les terroristes sont de purs cinglés et que leurs comportements ne s’expliquent pas sous un angle manichéen, et d’ailleurs ne s’expliquent pas du tout. («Certains hommes veulent juste voir le monde partir en flammes », ou encore, dans une distorsion nietzschéenne, « Ce qui ne te tue pas te rend plus étrange ».). La haine et la détermination des ennemis – et comment ne pas penser ici à Al-Qaïda ? – seraient donc insensées et dénuées de tout principe (voir la scène d’introduction où le gardien de la banque hurle au sol : « avant ici, les criminels avaient des principes au moins ! » ; voir aussi la séquence plutôt explicite où apparait un camion de pompier en flammes). Ici, on cherche à occulter ou réduire à néant ce qui fonde l’idéologie terroriste. (A contrario et derrière sa folie, le Joker de Burton avait, lui, des principes : pouvoir, argent, conquêtes, conception de l’art contemporain…). Dans le même temps, la figure du Joker étant décidemment bien commode, ce mécanisme vient valider le discours ultra-sécuritaire prôné par l’administration Bush.

 


Le Mal nouveau serait donc arrivé, celui qui se marre en faisant sauter les hôpitaux. Comme nous l’avons dit, certaines concessions (morales) s’imposent pour combattre ce fléau moderne. Le destin de Batman sera désormais d’évoluer dans les nuances, entre chien et loup, à la limite de ce qui est légal et de ce qui ne l’est pas, à la frontière du bien et du mal. Son masque lui-même semble faire la gueule, mais il faut bien s’occuper du sale boulot. Déjà, dans le premier opus de Nolan (Batman Begins), Batman devait s’imprégner du mal pour le combattre. Dans The Dark Knight, il est à la limite d’en faire partie, par nécessité. Car, puisque ce qui fonde l’identité du mal s’est métamorphosé, l’antidote doit lui aussi évoluer. Le remède, alors, devient ambigu, trouble et surtout peu compréhensible pour l’opinion publique très moraliste des américains. (On détruit symboliquement le phare qui appelle Batman dans la nuit, même constat lors de l’épisode des bateaux lorsque le  détenu jette le détonateur – comble de mauvaise foi d’un peuple sans reproche qui conçoit que sa lie-même est vertueuse et fondamentalement bonne.). C’est aussi la raison pour laquelle le film insiste à ce point sur la représentation de l’héroïsme, sujet sur lequel Machiavel n’est pas en reste. Batman n’est plus un modèle (dark) mais le politicien Harvey Dent en est un, plus lumineux et consensuel (il passe très bien à la tv). L’Amérique a certes besoin de son White Knight, emblème nécessaire, mais il faut bien voir la vérité en face, ce n’est qu’une illusion, un marionnettisme, l’action efficiente se jouant à l’insu de tous, lorsque le peuple dort. Ou rêve. Le peuple n’a pas à savoir puisque, répétons-le, dire la vérité est dangereux. Ici, on retrouve pleinement Le Prince de Machiavel, a qui il est très vivement conseillé d’avancer masquer, mi-renard mi-lion. ("Il faut donc être renard pour connaître les rets, et lion pour effrayer les loups ». Chapitre XVIII). Premier point, on constate que le penseur florentin reprend le fond animal de l’homme et le transporte sur le terrain de la dualité : "De ce fait, il importe qu’un prince sache adroitement user de l’homme et de la bête." Or, Batman fait cela à merveille, n’oublions pas qu’il s’agit d’un homme chauve-souris qui n’a d’autre pouvoir que cette dyade en lui. Second point, le masque est un impératif pour quiconque entend maintenir l’ordre. Il s’agit d’être simulateur et dissimulateur, selon les vents de la fortune. Evidemment, la moralité américaine prend à nouveau un coup dans sa superbe, surtout si l’on se réfère au maître en la matière, Kant, pour qui le mensonge est dans tous les cas moralement condamnable. Ah, Kant ! lui répondrait Batman, je te croyais plus fort que ça… Car ici, on parle de réalité effective et il n’y pas de happy end possible. En revanche, bien que le héros reparte éreinté, cassé et totalement isolé, au lever du jour sur son fidèle destrier, il ressort toutefois de cette aventure comme on sort d’un doute, convaincu du bien-fondé et de la légitimité de son action. Le monde contemporain, corrompu, vil et immoral, aura ici et maintenant son double pour gardien, celui qu’il mérite.


Pour finir, on ne sera guère surpris d’apprendre que le scénariste et dessinateur actuel du Batman version comics, Frank Miller, prépare une nouvelle BD,  « Holy Terror, Batman! », qui verra le justicier masqué affronter directement Oussama Ben Laden. (Gotham sera attaquée par Al-Qaïda et Batman devra défendre la ville qu’il aime). Bien que le titre prête à sourire, puisqu’il joue avec l’expression récurrente de Robin, la BD ne se cachera pas derrière son petit doigt pour aborder ce sujet sensible. D’ailleurs, Miller ne dissimule pas le vrai but du livre qu’il qualifie de « morceau de propagande ». Selon ses propres termes, « Batman va donner un bon coup de pied au cul d’Al-Qaïda ! ». Bref, on l’aura compris (les scores au box-office de The Dark Knight parlent d’eux-mêmes), la machinerie Hollywood n’a pas fini d’asséner de gros coups dans l’imaginaire et l’inconscient collectifs pour nous expliquer comment re-penser, à la sauce américaine, la donne morale et la trame politique du monde du XXIème siècle.

 

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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 14:20



Fiche technique :

  • Titre : The Eye
  • Titre original : Jian gui
  • Réalisation : Oxide Pang et Danny Pang
  • Scénario : Oxide Pang et Danny Pang
  • Interprétation : Angelica Lee, Lawrence Chou
  • Photographie : Decha Srimantra
  • Montage : Oxide Pang et Danny Pang
  • Pays d'origine : Hong Kong
  • Genre : Fantastique
  • Durée : 99 minutes
  • Dates de sortie : 9 mai 2002 (Hong Kong), 27 août 2003 (France)
  • Film interdit aux moins de 12 ans lors de sa sortie en France

 

 

 The Eye, qui connut un vif succès dans tous les festivals importants d’Asie, a suscité mon intérêt principalement parce qu’il met en scène, dés les premières minutes, une réflexion d’ordre philosophique assez intéressante qui reprend la controverse entre les empiristes et les rationalistes concernant les fondements de la connaissance, notamment le problème de Molyneux. Pour le reste, The Eye m’a semblé être un film d’horreur/fantastique comme l’Asie sait en faire en ce moment (The Ring, The Grudge, The Host, etc.), un recyclage intelligent et stylisé de vieilles recettes du genre, une mouture plutôt carrée d’où émergent parfois quelques frissons, mais rien de vraiment transcendant. (En outre, il faut bien avouer que je ne suis pas vraiment fan du genre).

 

     L’histoire est la suivante : Aveugle depuis l’âge de deux ans, une jeune femme nommée Mun retrouve enfin la vue après dix-huit ans de cécité grâce à une greffe de cornée expérimentale. L’opération est un succès mais, rapidement, Mun découvre que la chirurgie lui a apporté autre chose que des yeux neufs puisque des ombres mystérieuses viennent lui annoncer les morts à venir. Ces visions cauchemardesques vont la conduire aux portes de la folie. La règle d’or est inversée : vivre les yeux ouverts n’est plus synonyme de renaissance et de bonheur. Classique mais efficace.

 

 

     La première demie heure du film est à mon sens la meilleure et la plus flippante. Tout d’abord, le spectateur n’est pas omniscient et pénètre avec le regard de l’héroïne dans une ambiance très noire, remplie d'horribles visions qui ne manquent pas d’apparaitre par surprise. Somme toute un film de fantômes, bonifié par une  réalisation bien ficelée : les jumeaux Pang ont certes conservé quelque chose de leur passé de publicistes mais ils ont également fourni un vrai effort esthétique, deux ou trois plans allant même jusqu’à présenter une certaine poésie. Comme Mun, qui vient à peine de recouvrir la vue, on est pris dans le flou de ses apparitions et, myopes comme le sont les taupes, on aimerait que le focus de la caméra fasse nettement le point. Manifestement, les Pang ont pris plaisir à jouer sur ce ressort (concept de Ringu-like) qui nous laisse dans la confusion nébuleuse. Un super bon point est notamment marqué avec le fantôme du vieux dans l'ascenseur. En outre, les effets sonores sont très bien maîtrisés et la bande-son est efficace. D’une manière générale, l’ambiance de The Eye louche un peu vers Le sixième sens de M. Night Shyamalan, genre « je vois des morts » version Hong Kong. On s’en doute, le stress va monter crescendo et les visions vont se multiplier et s’intensifier jusqu’à ce que Mun (une bonne interprétation à mettre au crédit de l’actrice Angelica Lee) se sente physiquement et mentalement menacée. Jusqu’ici tout va bien. Malheureusement, la suite du film ne tient pas les promesses contenues dans ce qu’on pourrait appeler une longue introduction, et le mot déception ne sera pas trop fort pour qualifier la dernière heure ultra-conventionnelle du métrage (notamment en ce qui concerne le final très hollywoodien). Cela, je vous laisse vous en faire une idée par vous-mêmes.

 

 


 

     Toutefois, comme dit plus haut, ce n’est pas dans les ressorts de l’épouvante que l’intérêt de ce film m’a semblé le plus manifeste, mais dans l’esquisse très sommaire d’un problème récurrent dans l’histoire de la philosophie, concernant les fondements de la connaissance. Voici d’ailleurs, aux alentours de la vingtième minute du film, la scène qui m’a fait un peu me redresser de mon siège. Il s’agit du passage où le psy de Mun, chargé de sa rééducation (« l’œil et le cerveau ont besoin de se reconnaitre et de s’adapter, cela demande du temps… »), lui présente une agrafeuse et lui demande « comment s’appelle cet objet ? ». Mun, qui n’a jamais vu pareil outil jusqu’ici, ne le reconnait pas et tend les mains afin de le toucher pour l’identifier, comme au temps de sa cécité. Le psy s’adresse alors à elle :

 

«  Ce n’est qu’après l’avoir touché que vous reconnaissez l’agrafeuse. La connaissance que vous avez de votre environnement est basée sur le toucher, non sur la vision. Maintenant que vous avez recouvré la vue, mon travail auprès de vous va consister à vous reconstituer une mémoire visuelle. Sur le plan psychologique, il arrive que certains patients se sentent étrangers au monde en recouvrant la vue, d’où une certaine angoisse. »

 

Voilà un filon que les frères Pang n’ont pas suffisamment exploité, et leur réponse trop brève, raccourcie et simplifiée m’a un peu frustré. Dommage car il y avait là une richesse suffisante pour offrir à leur réalisation une toute autre envergure. Première constatation, un monde sans mot est un monde où nous sommes perdus. Le monde a besoin d’être nommé pour être habité. C’est là une remarque qui présente une certaine profondeur et nous renvoie à la pensée d’Emile Benveniste, dans Problèmes de linguistique générale : « L’acquisition du langage est une expérience qui va de pair chez l’enfant avec la formation du symbole et la construction de l’objet. Il apprend les choses par leur nom : il découvre que tout a un nom et que d’apprendre les noms lui donne la disposition des choses. » C’est donc le langage qui nous permet de nous représenter le monde. Soit. Mais, dans le film, Mun dispose du langage, le problème est donc ailleurs. Qu’est-ce qui permet à l’objet d’être nommé et connu ? Quel est, en Mun et en tout homme, le foyer primitif de la connaissance ? Les sens ou l’intellect ?

    Telle est la question, baptisée Problème de Molyneux, qui agita les philosophes (empiristes vs rationalistes) durant toute la période charnière du XVIIe et XVIIIe siècles. Les données sont simples : supposons un aveugle de naissance auquel on aurait appris à reconnaître au toucher un globe et un cube. On restitue à cet aveugle, par une expérience que le film matérialise, la vue. Saura-t-il alors reconnaître, au « premier coup d’œil » et sans les toucher, la forme qui correspond au globe et celle qui correspond au cube ? On pourra ici trouver remarquable que, ce qui pour les philosophes n’était qu’une manipulation théorique, soit rendue possible par la magie du cinéma. La question que l’on cherche par-delà à poser est celle de la nature de notre représentation originaire du monde. Cette représentation est-elle strictement dépendante d’une éducation expérimentale qui nous fait distinguer, peu à peu, des formes objectives ? Ou bien faut-il faire de la raison le socle universel d’une connaissance qui ne saurait être prise en défaut par l’absence de tel ou tel organe de la perception ?  Il semblerait qu’apporter une réponse à cette question permettrait de restituer la fonction de l’expérience dans la connaissance. Voyons brièvement ce qu’en disaient les deux courants :

              Selon Locke, figure de proue de l’empirisme et auteur, en 1690, de Essai sur l’entendement humain, l’aveugle ne saura pas reconnaître le cube du globe pour la simple raison que, découvrant la vue, il n’a pas encore appris à mettre en relation les informations du toucher et celles de la vue. Chaque expérience du monde extérieur est d’abord irréductiblement liée aux sensations propres à chaque organe sensoriel. Construire une représentation du monde consiste alors à combiner les sensations différentes (c’est l’activité même de l’esprit). Pour un aveugle, l’idée de courbe (globe) est essentiellement tactile. De même, l’idée d’angle (cube) repose en son fond sur l’expérience d’une rupture tactile des surfaces. De ces expériences originaires, primitives, premières, proviennent toutes nos idées. N’ayant pas appris à combiner les sensations du toucher et celles de la vue, l’ancien aveugle se trouve face à un continent inconnu de son expérience du monde. S’il lui est possible d’apprendre à reconnaître la courbe et l’angle, ce n’est qu’à la condition qu’il les touche. Dans cette voie, l’expérience devient la condition sine qua non de toute connaissance. Les frères Pang dans leur film, s’avèrent donc très proches du courant empiriste dans la mesure où Mun a besoin de toucher l’objet pour le connaître. Point.

     Aux antipodes de la pensée de Locke, Leibniz interroge lui aussi le problème de Molyneux dans les Nouveaux essais sur l’entendement humain (1765). Selon lui, il est possible que l’aveugle fasse le rapprochement avec les formes que le toucher lui a appris à distinguer, cela en puisant dans son esprit la notion pure de la courbe, il pourra juger de la correspondance entre cette notion et ce qu’il voit. De même, le cube, pris dans sa notion, comporte assez de propriétés mathématiques pour qu’il soit possible de le reconnaître sans le toucher. En effet, le globe se distingue, par exemple, du cube en ce qu’il ne représente aucun point saillant, mais une enveloppe régulière dont la courbure est identique en tous points. Le cube, très anguleux, est de ce point de vue très aisé à distinguer de la sphère. Autre philosophe à défendre l’existence d’idées innées en nous, Descartes. Il affirme, dans les Méditations métaphysiques, que les idées innées sont des principes : elles ne forment pas en elles-mêmes une connaissance actuelle et particulière, mais elles fondent la possibilité d’un savoir véritable.

     Développer plus loin le problème pourrait nous emmener dans des considérations beaucoup trop écartées des enjeux du film ; n’oublions pas que celui-ci ne fait que suggérer le problème de Molyneux et y apporter une réponse facile et peu exploitée. Simplement, pour finir, précisons que la solution de cette opposition fut fournie par Kant dans la Critique de la raison pure : « Si toute notre connaissance débute avec l’expérience, cela ne prouve pas qu’elle dérive toute de l’expérience, car il se pourrait bien que même notre connaissance par expérience fut un composé de ce que nous recevons des impressions sensibles et de ce que notre propre pouvoir de connaître (simplement excité par des impressions sensibles) produit de lui-même : addition que nous ne distinguons pas de la matière première jusqu’à ce que notre attention y ait été portée par un long exercice qui nous ait appris à l’en séparé. (…) »

     Grosso-modo, la formule signifie qu’il n’existe pas d’expérience brute en dehors de notre structure mentale et indépendante de l’activité de l’esprit, condition sine qua non de toute connaissance. Seulement faut-il clarifier le rôle précis de l’expérience dans la connaissance, c'est-à-dire ne pas confondre le premier moment (ou le commencement) et l’origine (ou le fondement) de ce que nous savons. L’expérience est donc toujours établie au moyen de schèmes de pensées préalables, autrement dit au moyen d’intermédiaire entre les phénomènes perçus par les sens et les catégories de l’entendement. J’en étais sûr que cela emmènerait un peu loin.

 

 

     Pour conclure, The Eye s’inscrit dans la mouvance du cinéma fantastique asiatique abondante ces derniers temps et demeure certes un assez bon film sur le plan des intentions, mais pourra sembler frustrant à ceux qui, comme moi, ne font pas du genre leur tasse de thé. En revanche, nul doute que la touche culturelle d'extrême orient ravira les aficionados pur sucre; à voir en V.O donc. D’une manière générale, qu’il s’agisse de mettre des gnons ou de foutre les jetons, il semblerait que le cinéma made in Asie ait pris cette dernière décennie une longueur d’avance sur celui made in USA. (The Eye a remporté plusieurs prix dont le Film of Merit Award (2003 Hong Kong Film Critics Society) ainsi que le prix des meilleurs effets visuels en 2002 au Golden Horse Film Festival). D’ailleurs, on notera qu’à l’image de The Ring qui a été adapté aux USA avec Le Cercle, The Eye a subit très récemment (avril 2008) une resucée du même nom (ce sont deux réalisateurs français, Xavier Palud et David Moreau, fraichement débarqués à Hollywood qui se sont occupés de ce remake hollywoodien, avec Jessica Alba). Enfin, on précisera que les frères Pang ont cru bon de bisser puis de tiercer l’histoire puisque The Eye 2 puis The Eye 3, l’au-delà ont vu le jour respectivement en 2004 et 2005 ; toutefois, ne les ayant pas visionné, impossible d’en dire quoique ce soit.

 


 

 

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