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" Qu'il  s'agisse de penser le devenir ou de l'exprimer, ou même de le percevoir, nous ne faisons guère autre chose qu'actionner une espèce de cinématographe intérieur. Le mécanisme de notre connaissance usuelle est de nature cinématographique." 

                             
                                   H. Bergson, l'Evolution créatrice.



                                                                                                                                                         

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Bonjour à tous !


 

Bienvenue à tous les amoureux du 7ème art...

 

Ce blog se propose de porter un regard analytique sur le cinéma d’aujourd’hui et d’hier. Un coup d'œil également sur le parcours des dernières sorties Ciné et DVD. Ici, on décortique le film, on donne son avis, on parle de nos coups de cœur, etc.  N'hésitez pas à laisser vos commentaires.

 

Bonne lecture...

 

 



16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 13:38

 


FICHE TECHNIQUE :

Réalisation : Paul Grimault
Scénario : Jacques Prévert et Paul Grimault, d'après le conte d'Andersen, La Bergère et le Ramoneur

Dialogues : Jacques Prévert
Image : Gérard Soirant
Musique : Wojciech Kilar
Chansons : Joseph Kosma (musique), Jacques Prévert (paroles)
Animation : Gabriel Allignet, Marcel Colbrant, etc.

Voix des personnages : Jean Martin (l'Oiseau), Pascal Mazzotti (le Roi), Raymond Bussières (le Chef de la police), Agnès Viala (la Bergère), Renaud Marx (le Ramoneur)…
Production : les Films Paul Grimault, les Films Gébé, A2

Durée : 87 minutes, couleur
Tournage : 1947 - 1950 / 1977 - 1979
Sortie à Paris : 1980

      A l’heure d’été où les parents sont plus ou moins volontairement enfermés dans la dichotomie réductrice Disney/Pixar (Wall E ou Madagascar 2), voici un dessin animé français, Le Roi et l’Oiseau, que j’ai découvert grâce à un article de Mirbel (ciné-quartier), qui permet à mon sens de rompre avec l’uniformisation ambiante de l’imaginaire des petits mais aussi et surtout des plus grands.

L’histoire est la suivante :

      Un roi tyrannique et mégalomane, Charles V et Trois font Huit et Huit font Seize, règne sans partage et avec une certaine cruauté sur le royaume de Takicardie. Ce roi déteste les oiseaux et les martyrise à l’envie, notamment la famille de l’oiseau-narrateur, à la verve subtile (Ca, Prévert avait une sacrée plume). De même, il fait disparaitre dans des trappes tous ceux qui ne lui reviennent pas (cf Le père Ubu). Dans son royaume, les sculptures et les peintures qui le représentent sont innombrables et mettent parfaitement en lumière l’utilisation de l’art par la dictature. Une nuit, dans sa chambre, le roi est troublé par le portrait d’une charmante bergère, juste à côté d’un autre tableau qui représente un ramoneur que le souverain déteste. Lorsqu’il s’endort, le roi se retrouve en rêve avec les portraits des tableaux qui alors s’animent. L’illusion est si forte que le roi en oublie qu’il ne s’agit que d’un simple songe. Dans celui-ci, la bergère et le ramoneur s’aiment mais le roi a juré d’épouser la bergère avant minuit. Le couple est alors emprisonné et, aidé par l’Oiseau, va tenter de recouvrer sa liberté…



Il était une fois le dessin animé français

     Tout d’abord, Le Roi et l'Oiseau (1945) constitue le tout premier long métrage de dessin animé français en couleurs. C’est à la géniale association du réalisateur Paul Grimault et du poète Jacques Prévert que l’on doit ce chef d’œuvre, dont l’histoire est assez atypique et finalement révélatrice des difficultés que rencontre généralement le cinéma d’animation français. En effet, le film a connu une première mouture sous le titre : La Bergère et le Ramoneur – normal puisqu’il est tiré du conte éponyme de Hans Christian Andersen – laquelle sortit en 1953 mais avec un montage différent, imposé par la production, dans une version que désapprouvèrent Paul Grimault et Jacques Prévert eux-mêmes. En 1966, Paul Grimault récupère les droits et les négatifs du film, qui durait 62 minutes, puis redessine les scènes existantes, tourne de nouvelles séquences et le remonte entièrement pour donner Le Roi et l'Oiseau (87 mn). Enfin, en 1980, le film verra le jour ; il aura fallu attendre trente cinq ans pour que Le Roi et l’Oiseau sorte pour de bon sur les écrans. Malheureusement, Jacques Prévert (décédé en 1977) ne connaîtra jamais cette version définitive. En outre, il est étonnant de constater à quel point la genèse du film fait écho au message qu’il contient : le triomphe de la liberté.

Derrière la poésie, une subtile dénonciation

D’emblée, on plonge dans un univers hautement surréaliste et ultra poétique. Le dessin de Grimault est original et somptueux, il distord les perspectives, favorise les grands espaces architecturaux « à la Salvatore Dali » ou « à la Giorgio de Chirico », et pousse à l’excès les antagonismes (haut/bas, endroit/envers, etc.). Il esquisse ainsi le tableau saisissant d’un royaume hybride principalement caractérisé par l’hubris et le colossal. (A titre personnel, j’ai cru reconnaitre certains  plans susceptibles d’avoir influencé le film Brazil, de T. Gilliam. A préciser...). Egalement, les personnages hauts en couleurs sont rigoureusement élaborés sur le plan physique et comportemental. Plus encore, ils portent intrinsèquement une forte charge symbolique : la jeunesse éprise de liberté pour la bergère et le ramoneur, la défense de l’amour et la force du verbe pour l’Oiseau, le pouvoir tyrannique et la méchanceté pour le Roi. Pour reprendre l’expression de Grimault lui-même, il s’agit-là de personnages - prétextes. Prévert non-plus n’est pas en reste (co-scénariste, dialoguiste), et ses jeux de la langue comme ses mots enluminés sont franchement savoureux. Sa poésie a le don de tourner en ridicule la violence, de la violenter elle-même d’un soufflet. Plus que jamais, la plume est employée comme une arme redoutable pour lutter contre la dictature, (les récentes tentatives de censure de la Chine à l’aube des Jeux 2008 sont encore là pour en témoigner). Sur le plan esthétique, Le Roi et l’Oiseau est donc une véritable innovation et une vraie prise de risque, Grimault et Prévert mettant au point une stylistique nouvelle et encore aujourd’hui très originale. Mais derrière la forme pointe le fond et l’œuvre offre manifestement une pluralité de lectures. En effet, c’est à une véritable exégèse de La Bergère et le Ramoneur que procède Jacques Prévert, exégèse qui réfléchit autour des possibles détournements de sens du récit initial. (« Voilà une histoire qui ferait un bon film » dit Jacques Prévert à Paul Grimault après avoir relu Andersen). De-là, un ingénieux travail de destruction et de re-construction du texte originel est opéré. Parmi ces interprétations en puissance, le poète y voit une occurrence politico-philosophique forte, l’occasion d’un pamphlet contre le totalitarisme et l’obscurantisme, et plus précisément, si l’on se réfère aux nombreuses allusions qui parcourent le métrage, contre le nazisme et le stalinisme. Néanmoins, le lieu même où se déroule l’histoire, (Takicardie, royaume purement imaginaire), permet de lui donner une dimension universelle et atemporelle.

Apologie de la liberté

     Entrons un peu plus précisément au cœur de cette dénonciation, à commencer par les rapports qu’entretiennent l’art et la politique. Première constatation, l’esthétique du royaume est toute entière portée par le culte de la personnalité du dictateur. Ici, évidemment, les auteurs entendent dénoncer l’asservissement de l’art par les totalitarismes de tous poils, en stigmatisant les rouages propagandistes de la production artistique. Dans cette voie, ils dressent un parallèle noir et grinçant entre l’organisation du travail dans les usines où les œuvres sortent à la chaine (productivisme à outrance et aliénation du travail – cf Marx, Manuscrits de 1844, ou encore Les Temps Modernes de Chaplin) et le fonctionnement du despotisme (modèle unique et incarnation sans cesse renouvelée de la figure paternaliste de l’Etat.).  Egalement, l’omniprésence de l’autorité (les policiers là encore assez proches de l’univers chaplinien, voire même des Dupont et Dupond de Hergé) est là pour nous rappeler gentiment mais sûrement ce qui fonde indument ce type de pouvoir. Si l’utilisation de l’art est mise en cause, celle de la technique ne sera pas épargnée non plus à travers la figure du robot destructeur, surprenante anticipation du robot « Goldorak », très révélatrice de la crainte qu’inspira l’utilisation du couple science et technique en cette époque post seconde guerre-mondiale. De-là, le poète et le dessinateur ne manquent pas l’opportunité de reprendre et de développer des thèmes qui leurs sont chers, tels que l’amour et la liberté, dont, nous l’avons dis, les personnages sont les symboles. Ici, leur révolte peut être envisagée sous deux angles : d’une part, il s’agit de glorifier le droit à la résistance du peuple (cf : Montesquieu) et de permettre à la liberté de triompher au travers d’un happy end nécessaire au regard du message ; d’autre part, elle permet la mise en abîme d’une libération, voulue par les auteurs, de la standardisation des images produites à la chaine, sériées comme l’étaient hier et le sont encore aujourd’hui les productions US - ce qu’il faut bien appeler un "kidnapping culturel". On retrouve donc insidieusement dans cette révolte contre le système formaté la lutte qui opposa pendant trente cinq ans les auteurs à leur production pour imposer leur idée d’une animation libre et neuve.

    Pour conclure, on soulignera que les héritiers revendiqués de Grimault et de Prévert se nomment aujourd’hui Hayao Miyazaki (Le voyage de Chihiro, Le château ambulant, Princesse Mononoké) et Isao Takahata (grand ami et collaborateur de Miyazaki, traducteur de Prévert et réalisateur, entre autres, du film Le tombeau des lucioles); l’un et l’autre n’ayant  jamais cessé de clamer leur attachement au film Le Roi et l’Oiseau. D’ailleurs, Miyazaki, dans un de ses premiers longs métrages, rend hommage à Grimault en s´inspirant très largement du Château de Takicardie pour Le Château de Cagliostro. Cette vague du cinéma asiate (que j'aime beaucoup) reprend ainsi le flambeau laissés par les deux résistants gaulois en s’efforçant de montrer qu’en matière d’animation, autre chose est possible que les films de Disney (ou Pixar).

Bande-annonce Le Roi et L'oiseau:

                             
                            



POUR FAIRE LE PORTRAIT D’UN OISEAU

Peindre d’abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d’utile
pour l’oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l’arbre
sans rien dire
sans bouger …
Parfois l’oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s’il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
n’ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l’oiseau arrive
s’il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l’oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau
Faire ensuite le portrait de l’arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l’oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
Si l’oiseau ne chante pas
c’est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s’il chante c’est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l’oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

 

Jacques PRÉVERT, Paroles (1945)
©1972 Editions Gallimard

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14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 15:06



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     A juste titre, certaines personnes pourront se sentir fatiguées de voir réapparaitre, quelques 47 ans plus tard, et pour des raisons purement commerciales, ce coffret DVD (Sortie le 05 mars 2008). Pour ma part, n’étant plus tout à fait maître de la télécommande du lecteur DVD dans ma propre maison, j’ai été contraint de redécouvrir ce dessin-animé. Surprise, on est loin des mièvreries habituelles de Disney.

Les gentils

undefinedCommençons notre analyse par l’étude des gentils. Avant toute chose, les chiens sont les meilleurs amis de l’homme. Comme toujours, ils sont doués de la parole (marrant d’ailleurs, dans ce dessin-animé, les chiens nous appellent leurs « fidèles compagnons »), ils ont un comportement affectueux et protecteur, somme toute le comportement de tous bons parents. Ils sont 101 mais chacun dispose d’un élément physique bien à lui qui le caractérise et permet de le différencier. Les enfants de famille nombreuse savent qu’il n’est pas toujours facile de trouver sa place et le message est ici subliminalement pédagogique (les taches noires des chiots) : Il faut affirmer sa propre personnalité. On découvre ces chiots autour d’une télé, comme une famille classique, à regarder Rintintin (tiens, un autre gentil chien protecteur). Certains ont peur, d’autres rouspètent ou ont faim. On pourrait presque se voir dans ce miroir qu’est l’écran. Les 101 dalmatiens sont le reflet d’une cellule familiale heureuse et réconfortante. On y adhérera en s’identifiant, selon notre âge, à l’un ou l’autre des personnages. Ensuite, le couple humain so british, qui adopte les dalmatiens, est lui aussi très protecteur et rassurant. Il garde son calme en toute circonstance, cherche des solutions et se montre fort. (A nouveau de bons parents). La fin du film a le mérite de laisser travailler l’imaginaire de l’enfant en nous offrant la perspective d’une famille unie et heureuse, tous les membres vivant sous le même toit ("on achètera une grande ferme et on fera de l'élevage de dalmatiens"), mais sans rien montrer. L’équivalent d’un « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Chez Disney c’est une constante : malgré les embuches que présente parfois l’existence, l’enfant peut avoir confiance en l’avenir. Ici, rien de nouveau sous le soleil  (si ce n’est que 101 cabots jappant en même temps dans la chaumière serait plutôt pour moi une version de l’enfer – « L'aboiement du chien est le cri le plus inaudible et stupide du règne animal », G. Deleuze).

Les méchants

Cruella--vieille-pute.jpgMais plutôt que les gentils, je trouve que c’est le soin apporté au traitement des méchants qui est étonnant dans ce dessin-animé. Dans le giron de Cruella, qu’il faut placer au rang de méchant de légende – c’est elle, à mon sens, le personnage principal – on trouve toute une tripotée de seconds rôles savoureux dans le registre bêtes et malveillants. S’adressant aux plus petits, cette galerie a le  mérite de n’entretenir aucune ambiguïté en ce qui concerne la répartition du bien et du mal. Les gentils sont extrêmement gentils et les méchants extrêmement méchants (il s’agit tout de même de découper la peau des chiens pour en faire des fourrures, entreprise que même Hannibal Lecter, par exemple, n’aurait pas renié). Ici, on est en rupture totale avec l’univers du conte de fée et de la féerie propre aux créations Disney. Rappelons que cette production est intercalée entre La Belle au Bois Dormant (1959) et Merlin l’Enchanteur (1963). [Petit clin d’œil, on retrouve très brièvement certains chiens de La Belle et le Clochard (1955) parmi la ribambelle qui traverse les 101 Dalmatiens (1961)]. On notera également qu’il s’agit du premier film non-musical signé Disney, il contient donc, nécessairement, nettement moins de mièvrerie. Cruella en témoigne ; son nom même, en V.O Cruella De Vil, est un jeu de mots simpliste qui renvoie à l’enfer (De Vil = Devil, c'est-à-dire "démon" ou "diable" en anglais.). Cette sorcière gothique des temps modernes finit toutefois par devenir plus risible qu’effrayante, la faute en grande partie à la profondeur vertigineuse de la stupidité de ses deux acolytes. Ces deux malfrats, Jasper et Horace, qui cherchent à enlever les dalmatiens, sont finalement assez proches des kidnappeurs Showalter et Grimsrud dans le film Fargo. Ils devraient faire peur, mais on se fend la poire en  les voyant. Leur bêtise naturelle est un joyau dans ce dessin animé. Et puis, il y a quelque chose de jouissif à voir les entreprises du méchant échouer piteusement. On peut même constater que plus le méchant est méchant et plus ses malheurs semblent drôles et réconfortants aux enfants. Sous cet angle, Cruella est au top du comique. De même, plus le happy end des gentils est heureux est plus le bad end des méchants est retentissant.

Le dessin

Daumier-1.jpgEnfin, c’est l’esthétisme du dessin qui m’a frappé, très original, à la limite du tracé à la main (encore une fois, en rupture avec ce qui se faisait habituellement chez Disney). Certes, les dalmatiens sont parfaitement rendus, ils ont d’ailleurs énormément contribué au succès du film (A la sortie du dessin-animé, un engouement soudain pour les dalmatiens entraîna les sociétés protectrices d'animaux à prévenir les gens de la responsabilité et des conséquences de posséder un animal). Mais au-delà de la présence excessive du noir et blanc, c’est  la stylisation de l’arrière-plan dite « brouillon » de l’Angleterre conservatrice qui m’a bien plu – il s’agit en fait d’un procédé très ingénieux (xerographie) qui consiste à photocopier les traits sur le papier au lieu de les peindre manuellement – , ainsi que l’influence de Daumier en ce qui concerne les tronches caricaturales des méchants, anguleuses et graphiques. Le tout donne à l’ensemble beaucoup de caractère et reste à redécouvrir. [750 dessinateurs et techniciens ont travaillé pendant trois ans sur Les 101 Dalmatiens. 217 000 feuilles de papier à dessin et de cellos, 1 218 750 crayons et 800 tonnes de peinture ont également été utilisés, autant d’informations disponibles dans les bonus de ce coffret DVD].

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