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" Qu'il  s'agisse de penser le devenir ou de l'exprimer, ou même de le percevoir, nous ne faisons guère autre chose qu'actionner une espèce de cinématographe intérieur. Le mécanisme de notre connaissance usuelle est de nature cinématographique." 

                             
                                   H. Bergson, l'Evolution créatrice.



                                                                                                                                                         

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Bonjour à tous !


 

Bienvenue à tous les amoureux du 7ème art...

 

Ce blog se propose de porter un regard analytique sur le cinéma d’aujourd’hui et d’hier. Un coup d'œil également sur le parcours des dernières sorties Ciné et DVD. Ici, on décortique le film, on donne son avis, on parle de nos coups de cœur, etc.  N'hésitez pas à laisser vos commentaires.

 

Bonne lecture...

 

 



3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 22:00

 

 



Fiche technique :

Titre : L’Ennemi intime

Réalisateur : Florent Emilio Siri  

Scénario et dialogue : Patrick Rotman

Adaptation : Florent-Emilio Siri et Patrick Rotman

Interprétation : B. Magimel, A. Dupontel, A. Recoing, M. Barbé, Fellag, L. Tazaraït, …

Musique : Alexandre Desplat

Photographie : Giovanni Fiore Coltellacci

Genre : Drame / Film de guerre

Pays d’origine : France

Durée : 1h48

Date de sortie cinéma : 03 octobre 2007

Date de sortie DVD : 16 avril 2008


     Voici un film dont le ton et le propos, il y a encore une bonne dizaine d’années de cela, n’auraient pas été possibles. Le sujet est on ne peut plus épineux : il s’agit de jeter un regard sur le conflit qui opposa la France à l’Algérie en 1954, d’où le titre : « L’Ennemi intime ». Nous disons conflit à dessein (à l’époque on ne parlait dans les actualités que « d’événements ») dans la mesure où il fallut attendre 1999 pour que l’Etat français reconnaisse qu’il s’agissait-là bel et bien d’une guerre et non d’une simple « restauration de l’ordre » comme l’affirme le sergent Dupontel dans le film. Plus encore, incontestablement, c’est à la dénonciation de l’échec colonial le plus retentissant de notre histoire auquel s’attaque le cinéaste Florent-Emilio Siri par le prisme du film de guerre « à l’américaine ».

     Commençons par rappeler le contexte : Avant l’insurrection de 1954, l’Algérie est la seule colonie française à être divisée en départements. Dirigée par un gouvernement général, elle est considérée par Paris comme un territoire français à part entière, au même titre que la métropole. Entre la seconde guerre mondiale et le début des années 50, le nationalisme algérien s’affirme de plus en plus par l’entremise de l’Armée de libération nationale (ALN), émanation d’un nouveau parti politique, le Front de libération nationale (FLN). Néanmoins, alors que la France procède à une vague de décolonisation de quasiment tous ses autres territoires outre-mer, le président choisit, en 1959, d’accentuer la répression et envoie quelques 500 000 soldats sur le territoire algérien, professionnels ou simples appelés du contingent. C’est dans cette situation que le lieutenant Terrien (Magimel), pour sa toute première affectation, rejoint le sergent Dougnac (Dupontel) en régions Kabyles afin d’y débusquer un leader indépendantiste… Voilà pour le décor et la trame du film.

 


     Que l’on imagine maintenant, en 2008, une salle de cinéma quelque part en France, qui projette ce film. Qui sont les spectateurs ? L’un est petit fils de harkis, l’autre de rapatriés d’Algérie, l’oncle de son voisin, immigré algérien en France, était militant indépendantiste pendant la guerre d’Algérie, et puis, deux rangs plus haut, il y a des Antillais, lointains descendants d’esclaves, des Bretons, des Corses et, plus à droite, des français originaires du Sénégal et du Vietnam. Au dernier rang, il y a des Alsaciens et des Normands. Comment le réalisateur doit-il alors aborder l’histoire de la colonisation et celle de la décolonisation de l’Algérie, le conflit en lui-même, ainsi que toutes les atrocités qu’il a générées, voilà toute la question du problème qu’à tenter de résoudre, en se basant sur des faits et des personnages qui ont réellement existé, L’Ennemi intime

     Florent-Emilio Siri utilise une intrigue assez classique pour mettre en scène ce problème (somme toute, il ne fait qu’adapter le roman et le documentaire éponymes de Patrick Rotman).  Au premier degré, c’est à un vulgaire film de guerre auquel nous assistons. Celui-ci est même basiquement structuré comme le sont les jeux vidéos en la matière, l’histoire évoluant de mission en mission, de level en level. Une troupe de soldats français est envoyée en territoires ennemis, avec à leur tête deux leaders charismatiques, différents et antagonistes. Dupontel d’un côté, déjà blasé de toutes les terribles actions auxquelles il a dû concéder au nom d’une idée de la patrie à laquelle il ne croit plus ; et Magimel de l’autre, qui débarque tout frais émoulu avec ses idéaux humanistes et y laissera ses illusions et des cicatrices. Rien de nouveau sous le soleil si ce n’est une certaine ressemblance avec la trame de Platoon (O. Stone). Quoiqu'il en soit, si vous aimez les films d’action, vous allez être servis. Les cadavres ne sont pas ici suggérés mais entassés. L’ambiance du film est oppressante, principalement grâce à la musique de Alexandre Desplat, le son lugubre et lancinant de la trompette (qui rappelle un peu celle de M. Davis) fonctionnant à merveille dans le décor de pierres de Kabylie. De même, la magnifique photographie crépusculaire (de Giovanni Fiore Coltellacci) resserre encore de quelques crans la boucle de la tension régnante. Pour ce qui est des scènes de combats, nerveuses et rythmées, Florent-Emilio Siri peut s’enorgueillir de hisser sa réalisation à la hauteur de celles des spécialistes Hollywoodiens. A titre personnel, je trouve que ce n’est pas nécessairement une qualité, certaines de ces scènes étant trop réductrices et appauvrissantes. Il n’existe pas de règles préétablies qui stipuleraient que plus le cinéma est spectaculaire et riche en effets et meilleur il est. Respecter un tel schéma revient à reproduire des recettes toutes faites, et ce n’est plus à une œuvre artistique à laquelle nous avons à faire mais à un produit d’artisan. C’est à mon sens ici que se situe le point faible du film. Sans doute y avait-il un genre plus pertinent que celui-ci pour envisager une réflexion de fond sur le problème. Sur le plan de l’interprétation, on pourra  aussi reprocher à Magimel d’en faire des tonnes. Il laisse l’impression de prendre la pose « beau-gosse » en permanence, et son jeu monocorde, « à la Alain Delon », finit par lasser. (D’autant plus décevant que j’apprécie beaucoup cet acteur en général). En revanche, Dupontel est plutôt crédible en baroudeur supplicié de l’intérieur et sa prestation, tout en sobriété et émotion retenue, est très efficace. Libre à chacun de voir en lui ou non un salaud. Egalement, l’acteur Lounès Tazaraït, qui joue Saïd, m’a personnellement convaincu. Toutefois, nous l’avons dit, tout ceci ne constitue que le premier degré de l’histoire, or, c’est en l’envisageant au second degré qu’elle prend toute sa complexité.

 


     Reconnaissons-le, sur le fond, Florent-Emilio Siri ne s’est pas caché derrière son petit doigt. Il ne s’est pas contenté d’un film d’action,  heureusement d’ailleurs car celui-ci perdrait l’essentiel de ce qui fait son intérêt. Sa réalisation aborde ou dénonce de front un certain nombre de thématiques compliquées au regard de l’histoire (les dérives du pouvoir militaire, tortures, massacres en masse, ambiguïtés psychologiques, suicides, etc.) tout en s’évertuant à rester, sur le fond, dans un cadre objectif relativement proche du documentaire. On ne peut pas franchement dire que L’ennemi Intime soit de parti-pris. Il ne s’agit pas d’un film nationaliste, au contraire. Certes, c’est la vision côté français qui nous est proposée (environ un plan sur dix fait apparaître le drapeau bleu-blanc-rouge en toile de fond, ce qui ne manque jamais de  me faire frémir), mais dans le même temps le film nous montre très bien la complexité de la situation des algériens. Le titre même se veut impersonnel, (le « l » apostrophe est indéfini). L’ennemi intime est une locution valable pour chacun des deux camps. Plus encore, c’est « l’entre-deux » camps que j’ai trouvé très subtilement traité. Avec intelligence, le réalisateur s’attarde sur le tiraillement de ces soldats algériens dont certains ont combattu ensemble aux côtés des français contre les allemands, et qui se retrouvent-là ennemis,  perdus entre leurs deux « patries ».  Comme une cigarette qui se consume des deux côtés. Le sous-titre même du film "Il n'y a pas pire ennemi que soi-même" résume parfaitement l’antagonisme profond qui se joue dans les esprits et les cœurs des protagonistes de l’histoire. On pourra donc apprécier les nuances et la sensibilité du film dans l’évocation de cette déchirure. (Sous cet angle, le personnage de Saïd est très intéressant, notamment lorsqu’il explique que pour les Fellagas, la présence militaire des français en Algérie est vécue comme celle de l’occupation de la France par les allemands).

 


     De même, les exactions atroces des soldats français, comme celles des soldats algériens, ne sont pas dissimulées, et c’est peut-être là la grande révolution du film. La torture est crument montrée, notamment les scènes d’électrocution où l’on voit un malheureux trouffion tourner la manivelle qui fournit l’électricité. La retranscription minutieuse insiste sur les détails et colle tristement mais authentiquement à ce qui s’est exactement passé. Référons-nous à cette Lettre d’un séminariste, sous lieutenant appelé au 7e BCA (cité dans La Guerre d’Algérie de R. Branche et S. Thénault) : « On pratiquait aussi le « téléphone », c'est-à-dire des décharges de courant, avec la magnéto du téléphone de campagne […] Après pareil traitement, le gars passait la nuit dehors, attaché à un poteau. Le matin, le capitaine sortait avec une patrouille et descendait le gars. » Il y a quelque temps (2005), on débattait encore de façon hypocrite du « rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord. » Aujourd’hui, il est permis de dire que les français torturaient eux aussi. Voilà une réalité qui ne peut manquer d’être choquante, hier comme aujourd’hui. C’est aussi pour cette raison que l’on peut voir dans ce film un moment charnière de la représentation de ce conflit dans l’idéologie populaire. Lorsqu’un tel événement fait son apparition dans l’univers du cinéma (ou encore celui de la publicité), c’est qu’il est en bonne voie d’être assimilé et digéré. Il est néanmoins surprenant qu’un pays comme la France, si prompt à donner des leçons de morale au monde entier, ait attendu si longtemps pour faire face à ses responsabilités. Sous cet angle, prenons une comparaison : il ne s’est écoulé qu’une poignée d’années entre la guerre du Vietnam (1973) et un film dénonciateur comme Voyage au bout de l'enfer (1979 - ma référence absolue en la matière, de Michael Cimino), ou encore Rambo (1982) ou Platoon (1986). En revanche, une cinquantaine d’années séparent la guerre d’Algérie de L’Ennemi intime. C’est dire à quel point les français ont persisté à se voiler la face. (Cette remarque est aussi, bien-sûr, valable pour Indigènes (2006) de Rachid Bouchareb). Bref, dans cette mouvance, un tabou semble être  tombé.

 

 

     A barbare, barbare et demi, les français sont des sauvages comme les autres. Il apparait que pour en prendre conscience, et pour que le propos de ce film soit rendu possible, au-delà de la négation et de la manipulation, un temps de maturation a été nécessaire. Savary, dans ses Lettres d'Egypte,  disait que pour ressentir tout l'émotion des pyramides, il ne faut en être ni trop proche ni trop éloigné. Il en va manifestement de même pour celles liées aux horreurs de la guerre d’Algérie. Près de cinquante ans se sont tout de même écoulés. Certes, il y a là une part de la haute estime de soi dans laquelle le peuple se tient, mais aussi, l’écran de fumée des informations qui revenaient en métropole à l’époque participait à maintenir la masse dans l’ignorance. Ainsi, le passage où B. Magimel, désaffecté et remercié par une médaille, rentre en France et visionne dans un cinéma les actualités en noir et blanc, est très révélateur. Ce passage nous donne à voir le contraste entre l’actualité et son traitement national. Tout d’abord, le conflit en Algérie n’occupe pas la une, les actualités s’ouvrent par la consommation d’essence des métropolitains qui partent en vacances. Les images de la guerre n’apparaissent que secondairement, ce qui bien-sûr a pour conséquence d’en atténuer l’importance. En outre, ces images sont sélectionnées, tirées de leur contexte, tandis que la voix-off nasillarde se fend d’un commentaire en parfait décalage avec la réalité : « En Kabylie, les jeunes appelés protègent les champs où les paysans peuvent travailler en toute tranquillité. Ainsi, grâce à la présence pacifiste de notre armée, se prépare l’Algérie de demain. » Sans complaisance, le réalisateur évoque donc la manière hypocrite avec laquelle le problème fut traité par les médias français (rebaptisé de nos jours « Phénomène CNN »). On comprend aisément pourquoi le témoin privilégié de cette désinformation qu’est le lieutenant Magimel sort écœuré du cinéma et choisit de retourner au front.


     La fin de l’histoire, nous la connaissons tous, l’Algérie est devenue indépendante en 1962. Pour mémoire, De Gaulle mena des négociations avec les nationalistes à partir de 1960 en vue de résoudre la crise. Toutefois, une partie de l’armée et des colons refusèrent toute idée d’indépendance et, organisée en structure clandestine (OAS), fit perdurer le conflit sous forme d’attentats sanglants en Algérie et en France. Ce n’est que le 18 mars 1962, à la signature des accords d’Evian que les pourparlers aboutiront et que l’indépendance sera reconnue. Cette issue nous est connue aujourd’hui mais le réalisateur insiste pour nous faire entendre qu’elle était prévisible avant même le début des hostilités meurtrières. (« C’était écrit depuis le début » selon le sergent Dougnac). On retrouve ici la volonté de souligner toute l’absurdité, tout le non-sens de cette guerre au bilan très lourd : entre 300 000 et 600 000 victimes algériennes, 4 500 colons et 30 000 soldats français et harkis tués.

     Pour conclure, on adhérera ou non, au niveau de la forme, aux principes très conventionnels du film d’action (la fin elle-même, facile et usée, m’a personnellement beaucoup déçu), néanmoins on saluera, concernant le fond, les nobles ambitions qui animent ce film. A voir.

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commentaires

Yaneck 06/05/2008 10:08

Critique vraiment très intéressante à lire. Très bien fournie.Sur un film, en plus, qu'il faut vraiment mettre en avant. Comme vous le dites, la France n'en a pas terminé avec sa psychanalyse sur ce sujet3.