• Réalisateur : David Slade
• Interprètes : Patrick Wilson, Ellen Page, Sandra Oh
• Origine : Etats-Unis
• Genre : Thriller
• Durée : 1h43
• Date de sortie : 27 septembre 2006
• Editeur : Metropolitan FilmExport
• Interdit au moins de 16 ans
Voilà un moment que j’entends parler de ce film, et je n’avais toujours pas trouvé le temps de le visionner. Autour de moi, critiques et connaissances étaient pourtant
unanimes : un ovni, le film choc d’une génération, une carence dans ma culture cinématographique, un petit bijou, la naissance d’un nouveau génie… L’affiche du film elle-même augurait une
réussite : le piège à loup ambigu et le mythe du petit chaperon rouge revisité. Bien fichu. Le titre également, Hard Candy, qui renvoie à l’argot d’Internet et désigne une jeune fille
mineure qui participe à des forums de discussion, donnait belle allure à ce projet hautement original. C’est avec toutes ces données en tête que je m’apprêtais à connaitre 1h43 de
plaisir.
L’histoire est la suivante : Après avoir discuté pendant plusieurs semaines sur le Net, Hayley, une jolie ado de 14 ans, et Jeff, photographe de mode de 32 ans, finissent par se
donner rendez-vous dans un café. Bien qu’elle soit mineure et qu’une certaine différence d’âge les sépare, le courant semble passer entre eux. Jeff laisse même entendre à Hayley qu’il serait prêt
à attendre quatre ans pour mieux la connaitre. Un flirt s’engage gentiment. Bavarde et délurée, la jeune fille propose à Jeff de l’accompagner chez lui dans sa maison-atelier. Là, elle lui
sert à boire, offre de poser devant son objectif et commence à se déshabiller. Jeff est plutôt d’accord mais soudain, il s’effondre, inconscient. A son réveil, il est ligoté sur une chaise et se
retrouve face à Hayley, armée d’un bistouri. La nymphette lui explique qu'elle est persuadée de ne pas être la première mineure à tomber dans ses filets, et qu’elle l’a drogué afin de mener une
enquête sur la disparition d’une autre ado, Donna Mauer, victime d’un pédophile. Un huis-clos terrifiant s’engage alors.
Je ne vais pas me cacher derrière mon petit doigt, j’ai été sévèrement déçu par ce
Hard Candy. J’ai trouvé ce film faussement provocateur et véritablement
ennuyeux, voire dangereux. Il ne s’agit certes pas d’un navet, mais il est très loin de constituer le film culte que l’on m’avait vanté.
Tout d’abord, le film exacerbe à mes yeux tous les défauts inhérents à une première œuvre : une réalisation tape-à-l’œil et finalement gratuite, ainsi que la volonté
d’être subversif et dérangeant coûte que coûte, même au détriment de la cohérence du message et de la trame de l’histoire. Il faut préciser qu’il s’agit-là du premier long métrage (2005) de
David Slade, qui arrivait tout frais émoulu de l’univers de la pub et du clip [notamment pour Tori Amos (Strange Little Girl)], et cette filiation est présente jusqu’à l’écoeurement
dans Hard Candy. La mise en scène, de bout en bout, est ultra-clippesque ; les effets de style se superposent sans résonnance au point que l’on a souvent l’impression
d’assister à une très longue pub. Une pub pour Canada Dry (Hard Candy a la couleur et le goût d’un film pertinent, mais ce n’en est pas un). Le rythme est
lourd, l’action traîne en longueur, les rebondissements sont prévisibles, parfois je baille et regarde ma montre. Au niveau même du montage, des erreurs et des contradictions (distrayantes)
apparaissent. Par exemple, dans les scènes où Jeff est ligoté, on peut remarquer sur sa chemise des auréoles de sueurs dont le diamètre et le positionnement sont variables d’une prise à
l’autre. De même, la scène où la voisine étend tranquillement son linge tandis qu’un homme hurle, dans la maison juste à côté, prête à sourire. On pourra également se demander par quel tour de
magie une fillette de 14 ans et 45 kilos tout mouillés parvient aussi aisément à soulever et maîtriser un homme en pleine force de l’âge.
Concernant les personnages eux-mêmes, ils apparaissent également peu plausibles. On aura bien du mal à trouver crédible cette jeune fille de 14 ans tant la maturité et
l’intelligence de ce petit chaperon rouge castrateur sont surdéveloppées. Quant à la figure du grand méchant loup, le pédophile présumé, elle est creuse et sans relief. Aucune attention n’est
véritablement prêtée à la psychologie de ce personnage et l’on regrettera à nouveau cette facilité. Il y avait tant à dire et à montrer sur ce point. Soit, le scénario est original, mais il est
truffé d’incohérences et s’avère totalement irréaliste. En outre, les niaiseries ne sont pas évitées et les personnages s’enferment souvent dans un blabla superflu, difficile à supporter pour un
huis-clos où la parole est primordiale. Cette accumulation de superficialité finit par être pesante et prétentieuse.
Ensuite, et c’est là l’essentiel, le propos du film est particulièrement discutable. Nous l’avons dit, le projet était riche en promesses : un huis-clos entre
un pédophile supposé et sa victime présumée et l’inversion des rôles. [Tel est pris qui croyait prendre, un rouage vieux comme le cinéma mais toujours aussi efficace… (
L’Arroseur arrosé
– 1895)]. L'inspiration serait nippone ; le producteur, David Higgins, ayant lu certains articles parlant d’ados Japonaises attaquant des hommes qu'elles séduisaient sur Internet. Mais on peut
aussi relever que l’héroïne (interprétée par Ellen Page) fait directement allusion à
La Jeune fille et la mort (1994) de Roman Polanski, ce qui tend à dévoiler les influences du film.
Toutefois, et c’est là que le bât blesse, à trop vouloir faire naître le dilemme (chasseur-chassé) dans l’esprit du spectateur, on se retrouve rapidement avec deux monstres face à face.
Hard
Candy passe d’un stéréotype à l’autre, d’un préjugé à un autre. La violence, la torture, le meurtre, se voient complaisamment et très immoralement légitimés. Pour tout dire, le réalisateur
s’envase petit à petit dans une idéologie malsaine et ne donne pas le sentiment de savoir lui-même quel est précisément le message final de son film. (S’il le sait, c’est encore pire). A ce
titre, la copie est extrêmement bâclée sur la fin (conclusion hâtive et moralisante) et n’apporte aucune réponse à nos questions.
Aucune zone d’ombre ne se trouve
éclairée.
Au pays de Candy, la morale pourra alors sembler franchement douteuse, et surtout gratuite. Cette justification de l’autodéfense puis du sadisme, qui tant dans le fond que la forme
s’adresse principalement aux adolescents, ouvre la porte à tous les excès idéologiques de la loi du Talion. Se venger d’un préjudice qui n’a pas encore eu lieu et dont on ignore s’il aurait lieu
porte inévitablement atteinte à la liberté humaine. Rappelons-le, chez l’homme,
l’existence précède l’essence et non l’inverse. Finalement, le fond du film n’est pas si éloigné que cela
des positions
sarkosystes concernant le traitement des pédophiles. Ici, ce n’est rien de moins que l’émasculation qui est prônée. (D. Slade pousse le vice jusqu’à suggérer de placer les
testicules dans le broyeur de la cuisine). Ou encore le "suicide assisté". La solution est finale et s’avère tout aussi dangereuse que le mal contre lequel elle prétend lutter. Le tout est enrobé
de voyeurisme gratuit, psychologie au rabais et cynisme forcé. Surtout, l’absence de fondement est
préjudiciable. Même le prétexte, l’alibi supposé légitimer la perversion, à savoir faire la lumière sur le meurtre de Donna Mauer, est rapidement occulté.
Reste l’interprétation des deux acteurs, celle de Patrick Wilson est plutôt bonne mais celle de Ellen Page (17 ans au moment du tournage) est tout à fait
impressionnante, pour empêcher le sucre de se dissoudre totalement dans la soupe. Au final, Hard Candy est un film au potentiel inexploité, un film qui aurait pu être intéressant, mais
qui s’avère à mon sens plus nauséeux que subversif. A voir par curiosité.
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