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" Qu'il s'agisse de penser le devenir ou de l'exprimer, ou même de le percevoir, nous ne faisons guère autre chose qu'actionner une espèce de cinématographe intérieur. Le mécanisme de notre connaissance usuelle est de nature cinématographique." 
                             
                                   H. Bergson, L'Evolution créatrice


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Vendredi 7 mars 2008

5 minutes et 12 secondes pour partager un petit coup de cœur : Dans le métro de Vancouver, deux violonistes rivalisent de virtuosité pour gagner l’attention d’une jolie voyageuse. Sur le quai, face à face, ils en viennent à se livrer un duel musical…



    

     Fiche technique
  • Titre : Corona Station
  • Année : 2004
  • Réalisation : Steve Rosenberg
  • Interprétation : Lache Cercel, Calvin Dyck et Stellina Rusich
  • Scenario : Steve Rosenberg et Heather Conn
  • Musique : Calvin Dyck et Lache Cercel, d’après George Gershwin
  • Photographie : Kamal Derkaoui
  • Genre : Court-métrage musical
  • Durée : 5mn12
   
    C’est au réalisateur Steve Rosenberg, véritable touche-à-tout canadien (également écrivain, documentariste et producteur TV), que l’on doit ce petit tour de magie sorti en 2004. Ses courts métrages dramatiques, Corona Station, Watching Mrs.Pomerantz, Vannica et Divin Waters ont été projeté à plusieurs festivals prestigieux dans le monde et lui valent une honnête réputation dans l’univers des courts (prix du meilleur réalisateur à The Toronto Worldwide Short Film Festival en 2000 pour Watching Mrs. Pomerantz). En ce qui concerne le duel musical, il faut préciser qu’il a été écrit et interprété par les deux acteurs eux-mêmes, Lache Cercel et Calvin Dyck, à partir du (superbe) morceau de George Gerswhin, The Man I love.

     Personnellement, je ne suis pas spécialement mélomane, mais j’ai tout de suite été séduit. Le morceau commence de manière très classique. Nous sommes dans le métro, un lieu de transit ultra-civilisé par définition, un lieu où l’on est pressé (au propre comme au figuré), où l’on n’a pas le temps de s’arrêter. (Somme toute, un décor souvent utilisé pour un court). C’est dans ce cadre qu’une voyageuse en partance, l’œil sur la montre, se laisse distraire par deux violonistes qui jouent pour quelques pièces. Aussitôt, le bruit, les discussions, les rames qui fendent l'espace sont masqués par le son des violons, et non l’inverse ; la musique parvient à prendre le dessus et son oreille devient la notre. Débute alors un intense crescendo. Les deux musiciens, se disputant la même muse, engagent un clash d’un genre nouveau pour se départager. Et là, c’est parti : un feu d’artifices dans la grisaille souterraine, un sursis, une suspension du temps, évanescente comme une larme qui roule et disparait. Le morceau s’accélère. Les deux rivaux s’escriment littéralement, leur archer en guise d’épée, (comme dans tout bon Battle, les adversaires se respectent). Leurs mouvements sont de plus en plus vifs, chacun y allant de son solo inspiré jusqu’aux derniers instants, perfusés au jazz, qu’ils jouent de concert. Quelques applaudissements et voilà que c’est déjà fini, les impératifs de la vie nous obligent à prendre cette rame et partir. Comme cette femme, le temps nous manque souvent dans cette société où l’on est voué qu’à se croiser, seulement. Mais par je-ne-sais-quel tour de passe-passe, il arrive que la musique parvienne à survivre en nous. Ce fut ici le cas.
par Baccawine publié dans : Court-métrage communauté : ciné-blogs
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