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" Qu'il s'agisse de penser le devenir ou de l'exprimer, ou même de le percevoir, nous ne faisons guère autre chose qu'actionner une espèce de cinématographe intérieur. Le mécanisme de notre connaissance usuelle est de nature cinématographique." 
                             
                                   H. Bergson, L'Evolution créatrice


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Vendredi 30 mai 2008


Bonjour à tous, ami(e)s cinéphiles!

Le moment semble être venu pour vous de vous confronter au grand Quizz-cinéma de Baccawine. Serez vous à la hauteur?

Cette semaine, le thème du quizz est : "Le Sport au Cinéma". N'hésitez pas à laisser vos résultats dans les commentaires. Bon jeu...

Pour accéder à mon quizz, cliquez ICI
par Baccawine publié dans : Quizz cinéma communauté : Cinéma, Cinémaaa
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Jeudi 29 mai 2008

 

FICHE TECHNIQUE :

 

Titre : A Very British Gangster

Réalisateur : Donal MacIntyre

Genre : Documentaire

Interprétation : Dominic Noonan, Desmond Noonan, …

Directeur de la photographie : Dave Wootonv et Nick Manley

Durée : 1h42

Date de production : 2006

Date de Sortie : 18 juillet 2007

Distribué par Bac Film

   Voici l’un des documentaires parmi les plus ahurissants qu’il m’ait été donné de voir ces derniers temps. L’idée du reporter Donal MacIntyre est magnifique et ambitieuse : il s’agit de suivre pendant 3 ans, caméra DV à l’épaule, le quotidien du plus important mafieux de Manchester, Dominic Noonan, et de son clan. Cette plongée hallucinante dans ce qui est habituellement « le monde du silence », même un Scorsese, un Coppola ou un De Palma en rêveraient. Ne nous y trompons pas, Noonan n’est pas un gangster de pacotille. A presque 40 ans, il a déjà passé plus de 23 ans derrière les barreaux et compte à son palmarès meurtres, tortures, braquages, attaques de fourgons blindés ou encore kidnappings, évasions… Du brut et de l’authentique. (Noonan prétend « avoir toujours la trique quand passe un fourgon ».) Toutefois, dans le même temps que nous est présentée cette figure du mal acharné, le réalisateur nous laisse découvrir une autre facette du personnage, celle du bon samaritain à l’égard de son entourage et de son quartier. Noonan est le « cousin » des petites gens, celui qui résout les problèmes de voisinage, rassure untel, sermonne l’autre, tranche s’il le faut et joue indéniablement un rôle social efficient au sein d’une société marginalisée. Un paradoxe parmi d’autres pour un personnage hors normes. Retour sur un documentaire plus vrai que nature.

La genèse du projet

Avant de s’attaquer à ce projet singulier, Donal MacIntyre était déjà réputé pour être le journaliste-reporter  des sujets sensibles. Spécialisé dans l’infiltration, MacIntyre est lui-même un dur à cuir qui a trainé guêtres et caméras sur tous les points chauds du globe, de Beyrouth à Belfast. Par essence, sa conception du documentaire est filmique et s’ancre dans la violence. En outre, certains de ses travaux ont fait naître la polémique en Angleterre. Bref, rien de surprenant à ce que MacIntyre fasse la connaissance de Noonan dans un tribunal. L’anecdote est savoureuse et donne d’emblée le ton de l’entreprise qui les verra s’associer. Noonan, crâne chauve et regard d’acier, plutôt charismatique, est dans le box des accusés (une sombre affaire de trafic de stupéfiants, rien de nouveau sous le soleil), tandis qu’à quelques mètres de lui, MacIntyre assiste au procès en qualité de journaliste. Lors d’une suspension d’audience, le gangster s’approche du reporter et lui chuchote à l’oreille que quelqu’un à payé son frère pour le descendre… Fidèle à lui-même, MacIntyre ne s’est pas démonté, au contraire, et c’est sans doute cet aplomb qui séduisit Noonan et scella leur collaboration. Ils continuèrent à se jauger l’un l’autre quelques temps jusqu’à ce que MacIntyre propose à Noonan de filmer son quotidien. Aucun document ni aucun contrat ne fut jamais signé entre eux. Le seul impératif exigé par le malfrat consista à conserver un regard factuel sur sa vie sans entrer dans les jugements de valeurs ou l’opprobre morale. Nul meurtre, nul acte illicite ne sera donc filmé. Cette démarche tacite porte ses fruits dans le documentaire. Noonan se révélant un être ambivalent, ambigüe, alternant les bons et les mauvais côtés, libre à chacun de voir en lui un pur salaud ou un Robin des Bois des temps modernes. Même si, et c’est là tout l’aspect polémique de MacIntyre, c’est peut-être principalement la politique de Tony Blair qui est pointée du doigt dans une argumentation par l’absurde.

J'ai toujours rêvé d'être un gangster ?                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              La vie de gangster, c’est pas rose tous les jours. D’abord, on commence tout en bas, videur de night-club ou quelque chose dans le genre, puis on évolue, et un beau jour on se retrouve tout en haut, patron de la pègre de Manchester. Faut pas croire mais y en a des paramètres à gérer pour se maintenir à ce niveau. C’est dans cette orchestration de la vie et du statut d’un Parrain que nous sommes donc embarqués. Le fantasme de HBO concrétisé, Noonan n’étant pas sans rappeler un certain Tony Soprano, sauf que lui est bel et bien réel. Evidemment, ce n’est pas un conte de fée et l’on donnerait cher pour ne jamais croiser sa route. De prime abord, Noonan est maléfique. ("J'ai décapité son chien et mis sa tête sur la table, et ce mec ne m'a plus jamais ennuyé" [...] " Flingue ceux qui veulent te flinguer "). La scène où son propre frère, Desmond "Dessie" Noonan, qui sera assassiné pendant le tournage, agrée en jouant sur les mots être l’auteur d’une bonne dizaine de meurtres est franchement stupéfiante. Néanmoins, nous le disions, au fur à mesure que progresse le documentaire, Noonan s’humanise et l’on découvre, derrière sa face lunaire, une certaine bonté solaire. Le spectacle des éclipses ne manque jamais de nous attirer et de nous étonner, et c’est sous cet angle que le réalisateur nous présente le héros bicéphale. Ce dualisme permettra une certaine compréhension de la psychologie du truand. Depuis les tous premiers films de gangsters, muets, précisément depuis The Penalty (1915) de Ray Myers, peur et sympathie mêlées ont toujours constitué les caractéristiques du truand et MacIntyre s’appuie allégrement sur cette recette éprouvée. Par exemple, lorsque Dominic Noonan face caméra révèle son homosexualité ou lorsqu’il avoue sans fausse pudeur avoir été victime de sévices sexuels dans son enfance. Difficile alors de ne pas tenter de s’expliquer la bête. En outre, s’il ne respecte pas la loi, on ne découvre pas en lui un être dénué de valeurs, au contraire ; il rêve finalement d’instaurer et de faire respecter ses propres règles (il dispose d’ailleurs dans son quartier d’un poste de police). Chez les Noonan, on est gangster de père en fils. Qu’y en ait pas un qui s’avise d’étudier. Ici, le poids de l’héritage, ainsi qu’une forme de déterminisme, nous sont superbement donnés à voir. Dominic Noolan tout d’abord, mais aussi la ribambelle de minots qui jouent les seconds couteaux en prenant la pose en toile de fond. Ces enfants dont le destin semble tracé, têtes mancunnienes plus rouges encore que le maillot de United, sont admirablement filmés. J’ai été impressionné par ces visages incroyablement durs malgré leur jeune âge, déjà affranchis. La relève. Stylées dans leur costard, clope au bec, certaines de ces petites frappes rêvent d’être calife à la place du calife, d’autres simplement de mener une vie normale. A ce titre, la note finale du film laisse percer une petite lueur d’optimisme et d’espoir.

Reservoir Dogs

On sent dans la mise en scène une certaine attirance du réalisateur, voire même une certaine tendresse pour le clan Noolan. Non seulement Donal MacIntyre est gentiment complice de l’autopromotion du malfrat, riche en bagout (s’il s’agissait d’un acteur, on aurait dit de lui qu’il surjoue), mais également, chacun des plans est travaillé, esthétisé, de telle sorte que les gangsters s’en trouvent quasi-magnifiés. Ca, ils en ont de l’allure dans leurs trois pièces impeccables. On arrive là à un point où le film de gangsters influe sur les gangsters eux-mêmes. Le clin d’œil à Tarantino n’est pas exclu tant les ressemblances avec Reservoir Dogs sont manifestes (ne serait-ce que pour les plans séquences au ralentit où débarquent les truands sapés comme pour une communion). Le prêtre a une soutane, le magistrat une toge, l’épicier une blouse ; le gangster a lui un costard. Depuis qu’il existe des gangsters, le complet est bien plus qu’une forme d’élégance ou de romantisme du banditisme, c’est surtout un badge, une carte de visite, qu’il soit rayé ou uni, qui annonce d’emblée la profession. Attention bandits ! Dominic Noonan et sa bande ne dérogent pas à cette sacro-sainte règle du milieu. Le respect des traditions se doit d’être entretenu. Point. Pour renforcer cette image très cinématographique des mafiosi, MacIntyre les cadre souvent à la manière d’un clip, utilisant une bande-son commerciale parfois elle aussi en décalage avec le fond. Le tout en noir et blanc, comme un hommage. Visiblement, MacIntyre s’amuse avec nous. Plus le documentaire avance et plus l’on se croirait dans une fiction.

 

Robin des Bois ou la critique sociale made in England

                                                                                                                                                                                                                      Tourné en 2006, A Very British Gangster présente en filigrane une critique de la politique mené par Tony Blair à l’occasion de son troisième mandat. Les sujets de discussion s’y référant très souvent. Rappelons qu’à cette époque, Blair entreprenait dans tout le pays une réforme majeure de l’éducation et menait dans le même temps une guerre ouverte au banditisme dans lequel il voyait la principale gangrène de Royaume. Pour quels résultats, interrogent Noonan et ses proches.  La carte postale que nous présente le réalisateur se veut alors très sombre et peu accueillante. Le noir et blanc y contribue pour beaucoup. Les rues et les habitations sont délabrées, insalubres et tristes. Les habitants sont, à peu de chose près, dans le même état. Ils sont laissés pour compte dans leur misère par l’Etat, marginalisés, pour ne pas dire ghettoïsés. Ici, les rôles s’inversent et c’est le méchant qui joue la partition normalement dévolue aux gentils. Le gangster, qui de tout temps s’est élevé comme le symbole de l’anticapitalisme, fait également dans le social. Il aide les plus démunis, rend des « services » à droite à gauche. L’introduction du Parrain de Francis Ford Coppola évoquait déjà clairement cette donnée. Le gangster se substitue aux services publics et sociaux par nécessité, parce que ceux-ci sont inefficaces. Toute la journée, on le voit régler des conflits a priori peu importants et pourtant, à travers sa constance, on s’aperçoit qu’il maintient en fait un réel équilibre dans sa communauté. C’est ainsi que Dominic Noonan est devenu une légende dans les quartiers pauvres de Manchester, crainte, aimée et respectée. Il suffit de voir l’importance prise par l’enterrement de son frère, digne d’un chef d’Etat, pour en être convaincu. En outre, derrière cette dénonciation, en négatif, des insuffisances de la politique de Blair, nous sont donnés à voir les rouages du système du pouvoir mafieux. Il s’agit pour régner d’avoir toujours un « service » d’avance, un service en suspend. La source du pouvoir est régit selon la règle du don/contre-don (chère à Marcel Mauss), « je te rends un service mais un jour ou l’autre, ou peut-être jamais, toi aussi tu devras me rendre un service », l’essentiel étant d’amener le plus grand nombre de personnes à lui être redevables, à des postes stratégiques si possible (maires, juges, journalistes, etc. Ainsi se propage la corruption).

 


     Pour finir, on trouvera certainement le personnage touchant et effrayant à la fois, mais on regrettera l’absence de témoignages extérieurs au clan Noonan. Pas la moindre allusion n’est faite aux familles des victimes. Sous cet angle, la fascination quasi palpable du réalisateur pour le gangster, au point de vouloir provoquer l’empathie à son endroit, pourra sembler un peu douteuse et malsaine pour certains. Au final, le documentaire n’est pas si objectif qu’il prétend l’être, le voyou étant glorifié et la violence occultée. Reste un travail d’infiltration aussi solide qu’intéressant et une mise en scène avisée, qui joue astucieusement sur les ressorts ambigus du docu-fiction. On conclura ce billet en mettant en évidence deux informations. La première : A Very British Gangster fut récompensé en 2007 du Prix Spécial Police au festival (référence) de Cognac. La seconde : au moment où j’écris ces lignes, Dominic Noonan purge une peine de prison pour possession illégale d'une arme à feu et de munitions, le tout découvert sous le capot de sa voiture par la police. Paraîtrait qu’il devrait pas tarder à sortir.

par Baccawine publié dans : Documentaire communauté : Ciné DVD
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Mercredi 7 mai 2008


Fan de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro depuis la première heure, je ne résiste pas à l’envie de vous faire découvrir ou redécouvrir « Foutaises », un court métrage génial de 1990. N’hésitez pas à cliquer, le tout ne dure même pas 8 mn.
                    

                            
                         
                           

 
Fiche Technique:

• Titre: Foutaises
• Réalisation, scénario  : Jean-Pierre Jeunet
Montage et Son :  Marc Caro
Image : Jean Poisson
• Musique : Carlos d'Alessio
• Interprétation : Dominique Pinon
• Production : Zootrope
• Film : 35 mm, noir et blanc
• Format : 1,8
• Durée : 7 mn 30

L’histoire est on ne peut plus simple : Le narrateur (Dominique Pinon), seul face à la caméra, comme s’il s’adressait directement à nous, dresse la liste de ce qu’il aime et de ce qu’il n’aime pas.
 

En empruntant au poète G. Pérec (Je me souviens) et au penseur R. Barthes (Roland Barthes par Roland Barthes) le système binaire « J’aime / J’aime pas », Jeunet nous livre une œuvre à la fois sensualiste et nostalgique, bourrée d’humour et de fantaisies, qui s’adresse principalement à l’enfant qui ne s’est pas éteint en nous. Le titre même, « Foutaises », évoque dans le même temps la futilité, les choses sans intérêt, et l’absence de sérieux, la légèreté du ton. Dominique Pinon est un adulte qui n’a pas grandit. Ses grimaces, dignes d’une cour de récré, très habilement mises en valeur par une série de gros plans, en témoignent avec force. Son faciès est si éloquent que l’on se croirait parfois dans un dessin-animé. Pour cette interprétation du complexe de Peter Pan (phénomène actuellement à la mode avec les « adulescents »), l’acteur fétiche de Jeunet fait merveille, son jeu et son physique s’y prêtant parfaitement. Une gueule et une respiration. Tel un enfant, il ne justifie jamais son propos et ses goûts semblent aussi arbitraires que gratuits. (On verra que ce n’est pas le cas).  Ses références sont autant de petites vignettes que l’on collait sur les cahiers et qui nous ramènent à l’enfance des années 60-70 (la génération du réalisateur, né en 1953) : Bibi Fricotin, Razibu Zouzou, le p'tit Cérébos et puis aussi Tintin et Thierry la Fronde ("Thierry la Fronde est un imbécile ! Il a une fronde en matière plastique ! Il l'a achetée à Prisunic à 100 balles. »). Il dit : « J’aime croquer les oreilles des petits beurres », et l’on peut facilement voir dans ces petits beurres l’équivalent de la madeleine de Proust.
Il dit : « et j'aime toujours pas : les cadavres des sapins de Noël sur les trottoirs en janvier » et l’on comprend qu’il refuse la perte des illusions protectrices de son enfance. A la manière d’une comptine, tour à tour clown gai et triste, son catalogue de petits plaisirs et déplaisirs se décline en noir et blanc pendant 8 min très intenses et inventives. Evidemment, le choix même du noir et blanc n’est pas une option esthétique gratuite et permet tout autant un regard nostalgique par-dessus notre épaule qu’un hommage à la culture audiovisuelle de l’époque en question. [La génération de Jeunet est la première à disposer d’une culture-télé].

 

Ceux qui ont aimé Amélie Poulain se souviendront que ce procédé (J’aime/J’aime pas) a été réutilisé par Jeunet pour la présentation des personnages de l’histoire. (De même, les amoureux de Délicatessen auront fait le rapprochement entre la scène d’ouverture du court et celle du long métrage). Toutefois, avec Foutaises, il ne s’agit pas d’un simple exercice de style. Sans cesse, la forme rejoint le fond. Par exemple, la musique de Carlos d'Alessio, entièrement composée de valses au piano, nous fait admirablement virevolter, en pas-chassés mélodieux, d’un « J’aime » à un « J’aime pas ». Certes, la bi-polarité des goûts du narrateur permet une succession rapide des plans et donc une réalisation assez rythmée (preuve s’il en est que Jeunet a du talent) ; toutefois, ce kaléidoscope d’images, qui s’apparente à une somme d’impressions et de sensations qui nous estampille, n’est pas si aléatoire qu’il n’y parait. En effet, l’époque de notre enfance correspond à la période la moins conceptuelle de notre existence. A  5 ans, à 8 ans, à 10 ans… les petits bouts d’homme et de femme que nous étions ne retenaient que la surface des choses, et ces petits détails avaient valeur d’événements. Ce sont-là des impressions et des
sensations qui ont imprimé leur trace sur cette « table rase » qu’est la mémoire immaculée d’un enfant. Dés-lors, par le truchement d’une déclinaison systématisée, ce court tend à montrer que le fondement des idées, de la connaissance, somme toute, de l’identité correspond principalement à notre perception sensible de la réalité. Ici, la construction du monde dépend entièrement du témoignage des sens. C’est pourquoi, les unes après les autres, les réminiscences de nos cinq sens sont évoquées. Tout d’abord, le goût : « Et puis j'aime bien : faire une seule bouchée des jaunes d'oeuf sur l'plat... Manger l'jambon à même le papier... », puis le toucher : «r’monter mes chaussettes […] J’aime pas m’arracher les poils du nez».  Viennent ensuite la vue (le cinéma est visuel par essence) : « J'aime bien le graffiti du bout de ma rue [...] J’aime bien être témoin d’une scène si invraisemblable… » et l’odorat : « l'odeur du pain grillé le matin […] et puis le p'tits pots de colle blanche… » Pour finir avec l’ouïe : « J'aime bien allumer la radio et tomber sur la chanson que j'avais justement envie d'écouter… » Nous l’écrivions plus haut, il n’y a pas de hasard dans cette construction, mais plutôt la tentation d’une mise en système de la mémoire subjective du corps. Nous sommes « gros » des souvenirs de nos premières années. « Ouvrir un livre plusieurs mois après les vacances et puis r’trouver du sable entre les pages… Ouais ».

Pour toutes ces raisons, encore que je n'ai pas suffisamment insisté sur l'humour omniprésent, je ne saurai que trop vous conseiller Foutaises. Certes, il arrive parfois que la vie nous confronte à de très profondes peines ou à des joies insondables, mais elle offre aussi et surtout son lot d’instants minuscules, à peine perceptibles, qui effleurent la surface de notre peau d’une manière cyclothymique et prégnante. C’est tout cela, et plus encore, que ce court nous donne à voir. Enfin, si vous avez encore besoin de raisons pour être convaincu, sachez que Foutaises a été récompensé aux Festivals de Clermont-Ferrand et de Tignes en 1991.

 
« Et pour finir, quand je vais au cinéma voir un film, j'aime bien quand arrive le mot » :

                                                                            
  
par Baccawine publié dans : Court-métrage communauté : Cinéma
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Dimanche 4 mai 2008

 

 



Fiche technique :

Titre : L’Ennemi intime

Réalisateur : Florent Emilio Siri  

Scénario et dialogue : Patrick Rotman

Adaptation : Florent-Emilio Siri et Patrick Rotman

Interprétation : B. Magimel, A. Dupontel, A. Recoing, M. Barbé, Fellag, L. Tazaraït, …

Musique : Alexandre Desplat

Photographie : Giovanni Fiore Coltellacci

Genre : Drame / Film de guerre

Pays d’origine : France

Durée : 1h48

Date de sortie cinéma : 03 octobre 2007

Date de sortie DVD : 16 avril 2008


     Voici un film dont le ton et le propos, il y a encore une bonne dizaine d’années de cela, n’auraient pas été possibles. Le sujet est on ne peut plus épineux : il s’agit de jeter un regard sur le conflit qui opposa la France à l’Algérie en 1954, d’où le titre : « L’Ennemi intime ». Nous disons conflit à dessein (à l’époque on ne parlait dans les actualités que « d’événements ») dans la mesure où il fallut attendre 1999 pour que l’Etat français reconnaisse qu’il s’agissait-là bel et bien d’une guerre et non d’une simple « restauration de l’ordre » comme l’affirme le sergent Dupontel dans le film. Plus encore, incontestablement, c’est à la dénonciation de l’échec colonial le plus retentissant de notre histoire auquel s’attaque le cinéaste Florent-Emilio Siri par le prisme du film de guerre « à l’américaine ».

     Commençons par rappeler le contexte : Avant l’insurrection de 1954, l’Algérie est la seule colonie française à être divisée en départements. Dirigée par un gouvernement général, elle est considérée par Paris comme un territoire français à part entière, au même titre que la métropole. Entre la seconde guerre mondiale et le début des années 50, le nationalisme algérien s’affirme de plus en plus par l’entremise de l’Armée de libération nationale (ALN), émanation d’un nouveau parti politique, le Front de libération nationale (FLN). Néanmoins, alors que la France procède à une vague de décolonisation de quasiment tous ses autres territoires outre-mer, le président choisit, en 1959, d’accentuer la répression et envoie quelques 500 000 soldats sur le territoire algérien, professionnels ou simples appelés du contingent. C’est dans cette situation que le lieutenant Terrien (Magimel), pour sa toute première affectation, rejoint le sergent Dougnac (Dupontel) en régions Kabyles afin d’y débusquer un leader indépendantiste… Voilà pour le décor et la trame du film.

 


     Que l’on imagine maintenant, en 2008, une salle de cinéma quelque part en France, qui projette ce film. Qui sont les spectateurs ? L’un est petit fils de harkis, l’autre de rapatriés d’Algérie, l’oncle de son voisin, immigré algérien en France, était militant indépendantiste pendant la guerre d’Algérie, et puis, deux rangs plus haut, il y a des Antillais, lointains descendants d’esclaves, des Bretons, des Corses et, plus à droite, des français originaires du Sénégal et du Vietnam. Au dernier rang, il y a des Alsaciens et des Normands. Comment le réalisateur doit-il alors aborder l’histoire de la colonisation et celle de la décolonisation de l’Algérie, le conflit en lui-même, ainsi que toutes les atrocités qu’il a générées, voilà toute la question du problème qu’à tenter de résoudre, en se basant sur des faits et des personnages qui ont réellement existé, L’Ennemi intime

     Florent-Emilio Siri utilise une intrigue assez classique pour mettre en scène ce problème (somme toute, il ne fait qu’adapter le roman et le documentaire éponymes de Patrick Rotman).  Au premier degré, c’est à un vulgaire film de guerre auquel nous assistons. Celui-ci est même basiquement structuré comme le sont les jeux vidéos en la matière, l’histoire évoluant de mission en mission, de level en level. Une troupe de soldats français est envoyée en territoires ennemis, avec à leur tête deux leaders charismatiques, différents et antagonistes. Dupontel d’un côté, déjà blasé de toutes les terribles actions auxquelles il a dû concéder au nom d’une idée de la patrie à laquelle il ne croit plus ; et Magimel de l’autre, qui débarque tout frais émoulu avec ses idéaux humanistes et y laissera ses illusions et des cicatrices. Rien de nouveau sous le soleil si ce n’est une certaine ressemblance avec la trame de Platoon (O. Stone). Quoiqu'il en soit, si vous aimez les films d’action, vous allez être servis. Les cadavres ne sont pas ici suggérés mais entassés. L’ambiance du film est oppressante, principalement grâce à la musique de Alexandre Desplat, le son lugubre et lancinant de la trompette (qui rappelle un peu celle de M. Davis) fonctionnant à merveille dans le décor de pierres de Kabylie. De même, la magnifique photographie crépusculaire (de Giovanni Fiore Coltellacci) resserre encore de quelques crans la boucle de la tension régnante. Pour ce qui est des scènes de combats, nerveuses et rythmées, Florent-Emilio Siri peut s’enorgueillir de hisser sa réalisation à la hauteur de celles des spécialistes Hollywoodiens. A titre personnel, je trouve que ce n’est pas nécessairement une qualité, certaines de ces scènes étant trop réductrices et appauvrissantes. Il n’existe pas de règles préétablies qui stipuleraient que plus le cinéma est spectaculaire et riche en effets et meilleur il est. Respecter un tel schéma revient à reproduire des recettes toutes faites, et ce n’est plus à une œuvre artistique à laquelle nous avons à faire mais à un produit d’artisan. C’est à mon sens ici que se situe le point faible du film. Sans doute y avait-il un genre plus pertinent que celui-ci pour envisager une réflexion de fond sur le problème. Sur le plan de l’interprétation, on pourra  aussi reprocher à Magimel d’en faire des tonnes. Il laisse l’impression de prendre la pose « beau-gosse » en permanence, et son jeu monocorde, « à la Alain Delon », finit par lasser. (D’autant plus décevant que j’apprécie beaucoup cet acteur en général). En revanche, Dupontel est plutôt crédible en baroudeur supplicié de l’intérieur et sa prestation, tout en sobriété et émotion retenue, est très efficace. Libre à chacun de voir en lui ou non un salaud. Egalement, l’acteur Lounès Tazaraït, qui joue Saïd, m’a personnellement convaincu. Toutefois, nous l’avons dit, tout ceci ce constitue que le premier degré de l’histoire, or, c’est en l’envisageant au second degré qu’elle prend toute sa complexité.



     Reconnaissons-le, sur le fond, Florent-Emilio Siri ne s’est pas caché derrière son petit doigt. Il ne s’est pas contenté d’un film d’action,  heureusement d’ailleurs car celui-ci perdrait l’essentiel de ce qui fait son intérêt. Sa réalisation aborde ou dénonce de front un certain nombre de thématiques compliquées au regard de l’histoire (les dérives du pouvoir militaire, tortures, massacres en masse, ambiguïtés psychologiques, suicides, etc.) tout en s’évertuant à rester, sur le fond, dans un cadre objectif relativement proche du documentaire. On ne peut pas franchement dire que L’ennemi Intime soit de parti-pris. Il ne s’agit pas d’un film nationaliste, au contraire. Certes, c’est la vision côté français qui nous est proposée (environ un plan sur dix fait apparaître le drapeau bleu-blanc-rouge en toile de fond, ce qui ne manque jamais de  me faire frémir), mais dans le même temps le film nous montre très bien la complexité de la situation des algériens. Le titre même se veut impersonnel, (le « l » apostrophe est indéfini). L’ennemi intime est une locution valable pour chacun des deux camps. Plus encore, c’est « l’entre-deux » camps que j’ai trouvé très subtilement traité. Avec intelligence, le réalisateur s’attarde sur le tiraillement de ces soldats algériens dont certains ont combattu ensemble aux côtés des français contre les allemands, et qui se retrouvent-là ennemis,  perdus entre leurs deux « patries ».  Comme une cigarette qui se consume des deux côtés. Le sous-titre même du film "Il n'y a pas pire ennemi que soi-même" résume parfaitement l’antagonisme profond qui se joue dans les esprits et les cœurs des protagonistes de l’histoire. On pourra donc apprécier les nuances et la sensibilité du film dans l’évocation de cette déchirure. (Sous cet angle, le personnage de Saïd est très intéressant, notamment lorsqu’il explique que pour les Fellagas, la présence militaire des français en Algérie est vécue comme celle de l’occupation de la France par les allemands).

 


     De même, les exactions atroces des soldats français, comme celles des soldats algériens, ne sont pas dissimulées, et c’est peut-être là la grande révolution du film. La torture est crument montrée, notamment les scènes d’électrocution où l’on voit un malheureux trouffion tourner la manivelle qui fournit l’électricité. La retranscription minutieuse insiste sur les détails et colle tristement mais authentiquement à ce qui s’est exactement passé. Référons-nous à cette Lettre d’un séminariste, sous lieutenant appelé au 7e BCA (cité dans La Guerre d’Algérie de R. Branche et S. Thénault) : « On pratiquait aussi le « téléphone », c'est-à-dire des décharges de courant, avec la magnéto du téléphone de campagne […] Après pareil traitement, le gars passait la nuit dehors, attaché à un poteau. Le matin, le capitaine sortait avec une patrouille et descendait le gars. » Il y a quelque temps (2005), on débattait encore de façon hypocrite du « rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord. » Aujourd’hui, il est permis de dire que les français torturaient eux aussi. Voilà une réalité qui ne peut manquer d’être choquante, hier comme aujourd’hui. C’est aussi pour cette raison que l’on peut voir dans ce film un moment charnière de la représentation de ce conflit dans l’idéologie populaire. Lorsqu’un tel événement fait son apparition dans l’univers du cinéma (ou encore celui de la publicité), c’est qu’il est en bonne voie d’être assimilé et digéré. Il est néanmoins surprenant qu’un pays comme la France, si prompt à donner des leçons de morale au monde entier, ait attendu si longtemps pour faire face à ses responsabilités. Sous cet angle, prenons une comparaison : il ne s’est écoulé qu’une poignée d’années entre la guerre du Vietnam (1973) et un film dénonciateur comme Voyage au bout de l'enfer (1979 - ma référence absolue en la matière, de Michael Cimino), ou encore Rambo (1982) ou Platoon (1986). En revanche, une cinquantaine d’années séparent la guerre d’Algérie de L’Ennemi intime. C’est dire à quel point les français ont persisté à se voiler la face. (Cette remarque est aussi, bien-sûr, valable pour Indigènes (2006) de Rachid Bouchareb). Bref, dans cette mouvance, un tabou semble être  tombé.

 


     A barbare, barbare et demi, les français sont des sauvages comme les autres. Il apparait que pour en prendre conscience, et pour que le propos de ce film soit rendu possible, au-delà de la négation et de la manipulation, un temps de maturation a été nécessaire. Savary, dans ses Lettres d'Egypte,  disait que pour ressentir tout l'émotion des pyramides, il ne faut en être ni trop proche ni trop éloigné. Il en va manifestement de même pour celles liées aux horreurs de la guerre d’Algérie. Près de cinquante ans se sont tout de même écoulés. Certes, il y a là une part de la haute estime de soi dans laquelle le peuple se tient, mais aussi, l’écran de fumée des informations qui revenaient en métropole à l’époque participait à maintenir la masse dans l’ignorance. Ainsi, le passage où B. Magimel, désaffecté et remercié par une médaille, rentre en France et visionne dans un cinéma les actualités en noir et blanc, est très révélateur. Ce passage nous donne à voir le contraste entre l’actualité et son traitement national. Tout d’abord, le conflit en Algérie n’occupe pas la une, les actualités s’ouvrent par la consommation d’essence des métropolitains qui partent en vacances. Les images de la guerre n’apparaissent que secondairement, ce qui bien-sûr a pour conséquence d’en atténuer l’importance. En outre, ces images sont sélectionnées, tirées de leur contexte, tandis que la voix-off nasillarde se fend d’un commentaire en parfait décalage avec la réalité : « En Kabylie, les jeunes appelés protègent les champs où les paysans peuvent travailler en toute tranquillité. Ainsi, grâce à la présence pacifiste de notre armée, se prépare l’Algérie de demain. » Sans complaisance, le réalisateur évoque donc la manière hypocrite avec laquelle le problème fut traité par les médias français (rebaptisé de nos jours « Phénomène CNN »). On comprend aisément pourquoi le témoin privilégié de cette désinformation qu’est le lieutenant Magimel sort écœuré du cinéma et choisit de retourner au front.


     La fin de l’histoire, nous la connaissons tous, l’Algérie est devenue indépendante en 1962. Pour mémoire, De Gaulle mena des négociations avec les nationalistes à partir de 1960 en vue de résoudre la crise. Toutefois, une partie de l’armée et des colons refusèrent toute idée d’indépendance et, organisée en structure clandestine (OAS), fit perdurer le conflit sous forme d’attentats sanglants en Algérie et en France. Ce n’est que le 18 mars 1962, à la signature des accords d’Evian que les pourparlers aboutiront et que l’indépendance sera reconnue. Cette issue nous est connue aujourd’hui mais le réalisateur insiste pour nous faire entendre qu’elle était prévisible avant même le début des hostilités meurtrières. (« C’était écrit depuis le début » selon le sergent Dougnac). On retrouve ici la volonté de souligner toute l’absurdité, tout le non-sens de cette guerre au bilan très lourd : entre 300 000 et 600 000 victimes algériennes, 4 500 colons et 30 000 soldats français et harkis tués.

     Pour conclure, on adhérera ou non, au niveau de la forme, aux principes très conventionnels du film d’action (la fin elle-même, facile et usée, m’a personnellement beaucoup déçu), néanmoins on saluera, concernant le fond, les nobles ambitions qui animent ce film. A voir.

par Baccawine publié dans : Film de guerre communauté : Ciné DVD
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