Présentation

A l'affiche cette semaine


                  

Cliquez sur les affiches pour voir le détail du film 

Cliquez ici pour voir apparaître le détail des sorties Ciné de la semaine
 
                                   
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             

" Qu'il s'agisse de penser le devenir ou de l'exprimer, ou même de le percevoir, nous ne faisons guère autre chose qu'actionner une espèce de cinématographe intérieur. Le mécanisme de notre connaissance usuelle est de nature cinématographique." 
                             
                                   H. Bergson, L'Evolution créatrice


Mon Top 10


Cliquez sur les affiches pour les faire défiler

Album Photos

Recherche

Calendrier

Avril 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30        
<< < > >>

Dimanche 27 avril 2008


 


Date de sortie : 23 Juin 1999   

Réalisé par Larry Wachowski, Andy Wachowski

Avec Keanu Reeves, Laurence Fishburne, Carrie-Anne Moss

Film américain. 

Genre : Science-fiction

Durée : 2h 15min. 

Année de production : 1998

Titre original : The Matrix

Distribué par Warner Bros. France

 


 

 

A notre tour d’y aller de notre petite réflexion concernant le premier opus de la fameuse trilogie :

    Si The Matrix représente à n’en pas douter le film d’une génération, savant mélange d’une certaine contre-culture (jeu vidéo, hackers, rock gothique, refus de l’establishment, mangas, etc.), nous voudrions montrer ici que les intentions des frères Wachowski étaient avant tout d’ordre philosophique. (N’en déplaise à certains). Pléthores et non exemptes de défauts, ces intentions constituent même un véritable kaléidoscope de problématiques philosophiques. En vrac, on peut distinguer plusieurs axes de lecture : « Faut-il toujours préférer la vérité à l’illusion ? », « Serions-nous plus libres sans machines ? », « Faut-il craindre les progrès techniques ? », « Qu’est-ce que la condition humaine ? », « Peut-on être à la fois libres et heureux ? », etc. (Nous disons « en vrac » à dessein car le principal défaut de The Matrix est de constituer un fourre-tout philosophique pas toujours crédible jusqu’au bout, un catalogue Ikéa de concepts à monter soi-même). Toutefois, puisqu’il s’agit d’intentions, il faut bien reconnaître que certaines d’entre elles  (même si elles n’aboutissent pas) sont assez bonnes dans l’ensemble et méritent d’être mises en lumière. Ainsi, Matrix métaphorise à nos yeux une critique du Capitalisme techniciste, aliénant et colonisateur, tout autant qu’il prétend plus généralement traduire la condition humaine par rapport à la vérité, la connaissance et l’illusion, telle que la concevait Platon. Autant de pistes que nous espérons explorer sans trop nous perdre. Commençons par celle qui nous semble la plus évidente : l’illustration plutôt originale de l’Allégorie de la caverne de Platon, que l’on trouve au livre VII de La République. Selon cette allégorie, les hommes vivent dans la plus totale des illusions et seul le philosophe est apte à les en sortir. Expliquons-nous :
                                                                                                                                                                                                           
Dans The Matrix comme dans l’Allégorie de la caverne, la condition humaine est présentée de façon très similaire: dans une caverne éclairée par un feu ou dans un cocon artificiel généré par la matrice, les hommes sont enchaînés, pieds et poings liés depuis leur enfance. Ils ignorent ce qu’est véritablement la réalité et sont inconscients de leur véritable sort. Prisonniers sans le savoir, ils ne contemplent que les ombres illusionnistes de ce qu’ils considèrent à tort comme le vrai. Celui-ci, dans les faits, leur est inaccessible et se joue loin d’eux, à leur insu.

 - 
Morphéus : La Matrice est universelle, elle est le monde qu’on superpose à ton regard pour t’empêcher de voir la vérité.

-       -  Néo : Quelle vérité ?

-         -  Morphéus : Le fait que tu es un esclave Néo. Comme tous les autres, tu es né enchaîné… le monde est une prison pour ton esprit.

Sous cet angle, Matrix nous permet de ressaisir l’illusion dans laquelle les hommes sont condamnés à vivre. Essayons d’approfondir : il y a d’une part le monde intelligible, au-dessus de nos têtes, où se côtoient les Idées les plus pures, les essences et les archétypes de toute chose qui nous échappent sans cesse : la vérité. D’autre part, il y a le monde sensible, (la réalité quotidienne que nous appréhendons), monde dans lequel les prisonniers que nous sommes sont condamnés à ne connaitre qu’une réalité trompeuse et artificielle, pâle copie du monde intelligible, reflet dégradé des véritables Idées.  C’est dans ce monde caverneux que Morphéus va débusquer Thomas Anderson (qui ne s’appelle pas encore Néo) afin de lui montrer que ce qu’il croit être la réalité ne l’est pas, mais se réduit à un univers factice crée par la matrice. Cette dernière nous est présentée comme une sorte de Deus Ex Machina (littéralement « Dieu au moyen d’une machine ») qui organise la totalité de ce théâtre d’ombres et fait en sorte que le virtuel apparaisse comme le vrai monde. Le message de Matrix, comme celui de l’Allégorie, ont par conséquent une portée plus générale : ils symbolisent l’opposition radicale entre la conscience philosophique d’un côté, apte à se libérer des préjugés et des opinions toutes faites, et le sens commun de l’autre, englué dans des croyances imposées par la grande machine de la société. Sous ce jour, on peut voir dans Matrix une dénonciation de l’aliénation de masse qu’induit le système d’une organisation capitaliste du travail (le labeur humain nourrit littéralement la machine), ainsi qu’une critique de la superficialité de notre époque (notamment celle que véhicule la télévision) qui contribue à cette aliénation et renforce l’ignorance. Il apparaît donc que la sortie de la caverne ou celle du cocon de la matrice correspondent à la sortie de l’abêtissement. (Selon Nietzsche, « la tâche de la philosophie est de nuire à la bêtise »). Cette évasion suppose un renoncement au monde que l’on croyait connaître, - il faut se défaire de ses anciennes illusions -, et nécessite des efforts pénibles, des souffrances de toutes sortes qui constituent la trame même du premier épisode de la trilogie.

 
    Notons-le tout de suite, le choix des noms des personnages est tout sauf anecdotique, et révèle une part du message contenu dans le film. Tout d’abord, Morphéus est un terme de la mythologie grecque qui renvoie immanquablement à Morphée et au sommeil. Morphéus est  celui qui refuse de dormir (de se laisser endormir), refuse le monde des rêves et recherche la lucidité. De même, la présence de l’Oracle fait référence à la divinité de l’Antiquité qui entrevoit le destin (cf : Œdipe Roi de Sophocle). Ensuite et surtout, il y a le héros nommé Néo. Néo est certes le préfixe de ce qui prétend à l’innovation et de ce qui symbolise le renouveau, (Néo est l’homme-nouveau) ; mais il constitue surtout un jeu de mot simpliste : Néo = One, c’est-à-dire l’ « un », le premier, et par voie de conséquence, l’élu qui selon la légende est le seul capable de vaincre la matrice et de libérer l’humanité. (Le sauveur de l’humanité). Cette référence à l’étymologie et à la légende est un point capital du film. Référons-nous un instant au penseur slovène Zizek, qui a si pertinemment su la décrypter dans La Subjectivité à venir : « Même dans la vie sociale sous ses formes les plus horribles, les souvenirs des survivants de camps de concentration font état d’un « Elu », un individu qui n’a pas craqué, qui, dans les conditions insupportables réduisant leur alter ego à la lutte pour la survie nue, a maintenu et irradié miraculeusement une générosité et une dignité « irrationnelles » […] Deux traits ici sont importants : tout d’abord, cet individu était toujours perçu comme unique ; ensuite, ce n’était pas tant l’action effective de l’Un en faveur des autres qui comptait, que sa présence parmi eux ». Nous le voyons, ce qui est primordial, c’est qu’il reste un homme et un seul capable de représenter et supporter par procuration la dignité de tous. De la même manière qu’il existe un rire préenregistré pour rire à notre place dans les sitcoms, l’Elu permet aux victimes du système de conserver « pour eux » la marque de leur humanité et de supporter leur espoir.


   L’enjeu de Matrix, comme celui de l’Allégorie de Platon, est alors de faire sortir Néo de la caverne où tous s’illusionnent, puis surtout de l’y faire redescendre afin de libérer ses semblables. Ici, ce n’est rien de moins que le courage et la responsabilité du philosophe vis-à-vis des autres hommes sur le plan de l’enseignement qui sont métaphorisés. Rappelons que l’Allégorie de Platon fait directement écho au parcours de son maître Socrate, condamné à mort pour avoir tenté de faire sortir le peuple athénien du préjugé selon lequel ce qui est sensible est seul réel. A l’image de Socrate, donc, qui a eu le choix à un moment donné de son procès de ne pas mourir et
de se renier,  mais aussi à l’image d’Alice au pays des merveilles, de Lewis Caroll (à laquelle les frères Wachowski  font plus d’une fois référence – « Suivez le lapin blanc ».), Néo va devoir choisir, avant de franchir le miroir des apparences, entre une vérité douloureuse et une illusion réconfortante. C’est ici, dans le choix difficile d’un destin, que se manifeste le plus le courage philosophique. Pilule bleue ou pilule rouge. Soit se confronter aux lumières ontologiques du vrai, soit s’en tenir à la nuit de l’Etre, à l’aspect nocturne du savoir. Vivre les yeux ouverts ou fermés, voilà tout le dilemme de l’entreprise philosophique.

Toutefois, la différence majeure entre Matrix et La République est que lorsque l’un de ces prisonniers parvient à s’échapper de sa triste situation (Néo et quelques autres), ce n’est pas pour se retrouver aveugler par la lumière du soleil naturel des Idées (vérité libératrice) mais pour endurer une réalité plus triste et insensée encore, celle d’un univers creux et artificiel décidée par une machine (vérité contraignante). A ce stade, il est tentant de qualifier de pessimiste la vision des deux frères cinéastes. Pour eux, la vérité serait nécessairement douloureuse. Ici, on est très proche de la position de Schopenhauer telles qu’il la développe dans Le Monde comme volonté et comme représentation. En effet, pour les réalisateurs comme pour le philosophe, les hommes ont besoin de raisons pour vivre. De BONNES raisons. Or, la vérité révélée dans Matrix nous apprend que la nature n’a d’autre sens que sa perpétuation, sa reproduction. Ce n’est rien de moins qu’un élevage artificiel d’hommes auquel nous avons à faire (lequel alimente la grande machinerie, le grand système), si bien que le vivant n’a pour ainsi dire aucune destination et se retrouve réduit à de l’organique. Vacuité de l’existence. Comment s’en satisfaire ? Les illusions naissent alors de notre incapacité à assumer la noire condition humaine. C’est dire en même temps qu’elles sont nécessaires, qu’elles sont inscrites de façon inhérente dans notre condition. Les hommes trouvent en elles les raisons de vivre et d’agir. C’est pourquoi dans l’Allégorie de la caverne, les prisonniers menace de tuer le philosophe et aussi pourquoi, dans le film, certains êtres préfèrent rester sous l’emprise des illusions. (« Bénis soient les ignorants », dit R. Reagan dans le film au moment de son choix). Les hommes faibles sont donc ceux qui font le choix de la servitude volontaire ? Rien est moins dans la mesure où, en termes de survie, le courage n’est pas toujours une qualité. (Galilée, pour ne pas mourir, à préférer laisser les hommes dans leurs plates illusions). Il est donc des cas extrêmes où il existe une certaine positivité de l’illusion, qui se joue avant tout dans la prise de conscience et l’acceptation. Rappelons-nous ici Guido, le père qui protège son fils dans La Vie est belle (de Roberto Benigni), dont la bravoure et l’héroïsme consistait à ne jamais se confronter au vrai. Néanmoins, dans la mesure où Néo symbolise, tout au contraire, une authentique résistance au réel, on comprendra que les frères
Wachowski font bien plus le constat que l’apologie de ce besoin humain d’illusion. Le message devient  alors le suivant : aussi douloureuse soit-elle, la vérité doit être préférée coûte que coûte. Elle seule permet la liberté. Le prix à payer est alors le sacrifice éphémère du bonheur. [« Voyant que c’est une plus grande perfection de connaitre la vérité, encore même qu’elle soit à notre désavantage, j’avoue qu’il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissances. » (Descartes, Lettres à Elizabeth)]. Nous disons éphémère car seule la connaissance nous permettra d’agir efficacement sur le monde, de « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature », et donc de retrouver notre indépendance, puis pourquoi pas le bonheur. Penser par soi-même semble en cela constituer une première étape incontournable.

 

En révélant la vérité, Néo pourra devenir un libérateur. Mais avant cela, une initiation est nécessaire. Néo doit emprunter la voie du guerrier, celle par laquelle passe toutes les révolutions efficientes. Ici, le choix du kung-fu est extrêmement pertinent et met en scène une résistance quasi-phénoménologique aux forces occultes de l’illusion. Ne nous y trompons pas, si le combat est physique, il se joue corrélativement sur le terrain mental. L’âme et le corps sont alors pour un temps réunis. « Néo : Si on meurt dans la matrice, on meurt ici aussi ? Morphéus : Le corps ne peut vivre sans l’esprit. » Le dualisme est provisoirement résolu. En outre, l’utilisation du kung-fu permet aux frères Wachowski de diversifier leur mise en scène, d’exploiter les effets spéciaux les plus modernes et de rendre un hommage appuyé aux scènes d’initiation si jouissives dans les films de kung-fu classiques. (Ici, on pense tout particulièrement à la Trilogie de La 36ème Chambre de Shaolin, de Liu, Chia-Liang).


     Toutefois, il est indispensable de comprendre que l’illusion ne prend jamais réellement fin. Ses méandres tentaculaires nous serrent le cou innocemment mais sûrement, de la cravate du businessman à l’écharpe de l’écolier, du maire ou de miss univers. Le seul moyen de leur échapper est d’en prendre conscience et d’apprendre à en jouer. Ici, le corps redevient la geôle de l’âme qu’il a toujours été. Celui qui est coincé dans l’illusion de la matrice ignore qu’il s’agit d’une illusion des sens et l’a subie nécessairement. En revanche, celui qui en a conscience en transforme le statut. (L’on passe alors de l’illusion au mensonge). L’âme redevient toute puissante. C’est dire que l’univers peut être recrée de l’intérieur, que l’esprit seul organise le réel. (« Néo : Je peux traverser ce mur si je le veux vraiment. ») C’est aussi là une critique que l’on pourrait adresser au contenu philosophique du film : pour lutter efficacement contre un monde d’illusion, il faut avoir des pouvoirs quasi-surnaturels ; la psychologie naturelle a donc ses limites. Qui plus est, la scène du petit garçon qui montre à
Néo comment on peut tordre la petite cuillère est très explicite. (« Ceci n’est pas une petite cuillère » aurait pu dire Magritte). Il s’agit, pour reprendre le mot de Platon, d’ « apprendre à mourir ». « Philosopher, c’est apprendre à mourir », disait-il. Il faut comprendre « apprendre à mourir au corps », ce qui revient à rejoindre l’idéal ascétique. D’ailleurs, l’aspect physique et l’accoutrement du petit garçon sont manifestement un clin d’œil aux religions Hindoue et Bouddhiste. En dernier ressort, ce n’est qu’avec notre esprit que nous pourrons espérer triompher, la petite cuillère symbolisant l’image de ses potentialités et de ses pouvoirs.

     Pour finir, nous espérons avoir montré que ce film témoigne dans une mesure, certes inaboutie, d’un certain contenu philosophique, n’en déplaise à ses détracteurs. [A condition de ne pas prendre Matrix trop au sérieux (difficile d'employer sans sourire le mot "philosophie ") à propos de son contenu), cet ersatz de jeu vidéo… Télérama]. Ce n'est pas tous les jours que le cinéma parvient aussi bien à allier action-gros budget et réflexion. Toutefois, il nous faut aussi préciser que seul ce premier opus de la trilogie renferme un tel contenu, les deux suivants se révélant particulièrement creux et imbuvables, et attestent de la facilité des frères réalisateurs ayant franchement cédé aux sirènes du visuel commercial et de l’action grand spectacle.

par Baccawine publié dans : S.F communauté : Ciné DVD
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Jeudi 10 avril 2008



Fiche technique:

• Réalisateur : David Slade
• Interprètes : Patrick Wilson, Ellen Page, Sandra Oh
• Origine : Etats-Unis

• Genre : Thriller
• Durée : 1h43
• Date de sortie : 27 septembre 2006

• Editeur : Metropolitan FilmExport

• Interdit au moins de 16 ans


   
     Voilà un moment que j’entends parler de ce film, et je n’avais toujours pas trouvé le temps de le visionner. Autour de moi, critiques et connaissances étaient pourtant unanimes : un ovni, le film choc d’une génération, une carence dans ma culture cinématographique, un petit bijou, la naissance d’un nouveau génie… L’affiche du film elle-même augurait une réussite : le piège à loup ambigu et le mythe du petit chaperon rouge revisité. Bien fichu. Le titre également, Hard Candy, qui renvoie à l’argot d’Internet et désigne une jeune fille mineure qui participe à des forums de discussion, donnait belle allure à ce projet hautement original. C’est avec toutes ces données en tête que je m’apprêtais à connaitre 1h43 de plaisir.   

L’histoire est la suivante : Après avoir discuté pendant plusieurs semaines sur le Net, Hayley, une jolie ado de 14 ans, et Jeff, photographe de mode de 32 ans, finissent par se donner rendez-vous dans un café. Bien qu’elle soit mineure et qu’une certaine différence d’âge les sépare, le courant semble passer entre eux. Jeff laisse même entendre à Hayley qu’il serait prêt à attendre quatre ans pour mieux la connaitre. Un flirt s’engage gentiment.  Bavarde et délurée, la jeune fille propose à Jeff de l’accompagner chez lui dans sa maison-atelier. Là, elle lui sert à boire, offre de poser devant son objectif et commence à se déshabiller. Jeff est plutôt d’accord mais soudain, il s’effondre, inconscient. A son réveil, il est ligoté sur une chaise et se retrouve face à Hayley, armée d’un bistouri. La nymphette lui explique qu'elle est persuadée de ne pas être la première mineure à tomber dans ses filets, et qu’elle l’a drogué afin de mener une enquête sur la disparition d’une autre ado, Donna Mauer, victime d’un pédophile. Un huis-clos terrifiant s’engage alors.    
   
     Je ne vais pas me cacher derrière mon petit doigt, j’ai été sévèrement déçu par ce Hard Candy. J’ai trouvé ce film faussement provocateur et véritablement ennuyeux, voire dangereux. Il ne s’agit certes pas d’un navet, mais il est très loin de constituer le film culte que l’on m’avait vanté.

     Tout d’abord, le film exacerbe à mes yeux tous les défauts inhérents à une première œuvre : une réalisation tape-à-l’œil et finalement gratuite, ainsi que la volonté d’être subversif et dérangeant coûte que coûte, même au détriment de la cohérence du message et de la trame de l’histoire. Il faut préciser qu’il s’agit-là du premier long métrage (2005) de David Slade, qui arrivait tout frais émoulu de l’univers de la pub et du clip [notamment pour Tori Amos (Strange Little Girl)], et cette filiation est présente jusqu’à l’écoeurement dans Hard Candy. La mise en scène, de bout en bout, est ultra-clippesque ; les effets de style se superposent sans résonnance au point que l’on a souvent l’impression d’assister à une très longue pub. Une pub pour Canada Dry (Hard Candy a la couleur et le goût d’un film pertinent, mais ce n’en est pas un).  Le rythme est lourd, l’action traîne en longueur, les rebondissements sont prévisibles, parfois je baille et regarde ma montre. Au niveau même du montage, des erreurs et des contradictions (distrayantes) apparaissent. Par exemple, dans les scènes où Jeff est ligoté, on peut remarquer sur sa chemise des auréoles de sueurs dont le diamètre et le positionnement sont variables d’une prise à l’autre. De même, la scène où la voisine étend tranquillement son linge tandis qu’un homme hurle, dans la maison juste à côté, prête à sourire. On pourra également se demander par quel tour de magie une fillette de 14 ans et 45 kilos tout mouillés parvient aussi aisément à soulever et maîtriser un homme en pleine force de l’âge.

   
     Concernant les personnages eux-mêmes, ils apparaissent également peu plausibles. On aura bien du mal à trouver crédible cette jeune fille de 14 ans tant la maturité et l’intelligence de ce petit chaperon rouge castrateur sont surdéveloppées. Quant à la figure du grand méchant loup, le pédophile présumé, elle est creuse et sans relief. Aucune attention n’est véritablement prêtée à la psychologie de ce personnage et l’on regrettera à nouveau cette facilité. Il y avait tant à dire et à montrer sur ce point. Soit, le scénario est original, mais il est truffé d’incohérences et s’avère totalement irréaliste. En outre, les niaiseries ne sont pas évitées et les personnages s’enferment souvent dans un blabla superflu, difficile à supporter pour un huis-clos où la parole est primordiale. Cette accumulation de superficialité finit par être pesante et prétentieuse.


     Ensuite, et c’est là l’essentiel, le propos du film est particulièrement discutable. Nous l’avons dit, le projet était riche en promesses : un huis-clos entre un pédophile supposé et sa victime présumée et l’inversion des rôles. [Tel est pris qui croyait prendre, un rouage vieux comme le cinéma mais toujours aussi efficace… (L’Arroseur arrosé – 1895)]. L'inspiration serait nippone ; le producteur, David Higgins, ayant lu certains articles parlant d’ados Japonaises attaquant des hommes qu'elles séduisaient sur Internet. Mais on peut aussi relever que l’héroïne (interprétée par Ellen Page) fait directement allusion à La Jeune fille et la mort (1994) de Roman Polanski, ce qui tend à dévoiler les influences du film. Toutefois, et c’est là que le bât blesse, à trop vouloir faire naître le dilemme (chasseur-chassé) dans l’esprit du spectateur, on se retrouve rapidement avec deux monstres face à face. Hard Candy passe d’un stéréotype à l’autre, d’un préjugé à un autre. La violence, la torture, le meurtre, se voient complaisamment et très immoralement légitimés. Pour tout dire, le réalisateur s’envase petit à petit dans une idéologie malsaine et ne donne pas le sentiment de savoir lui-même quel est précisément le message final de son film. (S’il le sait, c’est encore pire). A ce titre, la copie est extrêmement bâclée sur la fin (conclusion hâtive et moralisante) et n’apporte aucune réponse à nos questions.  Aucune zone d’ombre ne se trouve éclairée. 

Au pays de Candy, la morale pourra alors sembler franchement douteuse, et surtout gratuite. Cette justification de l’autodéfense puis du sadisme, qui tant dans le fond que la forme s’adresse principalement aux adolescents, ouvre la porte à tous les excès idéologiques de la loi du Talion. Se venger d’un préjudice qui n’a pas encore eu lieu et dont on ignore s’il aurait lieu porte inévitablement atteinte à la liberté humaine. Rappelons-le, chez l’homme, l’existence précède l’essence et non l’inverse. Finalement, le fond du film n’est pas si éloigné que cela des positions sarkosystes concernant le traitement des pédophiles. Ici, ce n’est rien de moins que l’émasculation qui est prônée. (D. Slade pousse le vice jusqu’à suggérer de placer les testicules dans le broyeur de la cuisine). Ou encore le "suicide assisté". La solution est finale et s’avère tout aussi dangereuse que le mal contre lequel elle prétend lutter. Le tout est enrobé de voyeurisme gratuit, psychologie au rabais et cynisme forcé. Surtout, l’absence de fondement est
préjudiciable. Même le prétexte, l’alibi supposé légitimer la perversion, à savoir faire la lumière sur le meurtre de Donna Mauer, est rapidement occulté.

      Reste l’interprétation des deux acteurs, celle de Patrick Wilson est plutôt bonne mais celle de Ellen Page (17 ans au moment du tournage) est tout à fait impressionnante, pour empêcher le sucre de se dissoudre totalement dans la soupe. Au final, Hard Candy est un film au potentiel inexploité, un film qui aurait pu être intéressant, mais qui s’avère à mon sens plus nauséeux que subversif. A voir par curiosité.

 

 

 

link

 

 

par Baccawine publié dans : Thriller communauté : Cinéma
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
 
Blog : Science sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus