
Fiche Technique:
• Titre original : Coffee and Cigarettes
• Réalisation : Jim Jarmusch (1986-2003)
• Interprétation : Roberto Benigni, Steve Buscemi, Tom Waits, Iggy Pop, Bill Muray, Cate Blanchett, Alex Descas, Isaac de Bankolé, Steve Coogan, Alfred Molina...
• Directeur de la photographie: Frederick Elmes, Ellen Kuras, Robby Müller et Tom Dicillo
• Date de sortie en France: 07 avril 2004
• Genre: Comédie
• Durée: 1h36
• Film indépendant

De bout en bout, les onze petites saynètes qui forment ce film traitent (paradoxalement) de la dépendance et de la liberté, et j'en ressors, seul, drogué pour de bon au cinéma de Jarmusch. Tout d'abord, sur le plan esthétique, il s'agit à mon sens d'un chef-d'oeuvre. Le noir et blanc, cher au réalisateur (Stranger than Paradise; Down by Law; Dead Man), est utilisé de manière très pertinente. D'une part, le noir et blanc se veut nostalgique, il renvoie à une époque révolue où être fumeur ne constituait pas encore une tare mentale. D'autre part, il esthétise à merveille le propos, le noir du café et le blanc de la cigarette, en nous laissant supposer que les couleurs ne percent pas sous les volutes qui enveloppent ces variations jarmuschiennes. De l'affiche du film au générique, en passant par les tables à damiers, le noir et le blanc sont omniprésents. Ensuite, forcément, l'ambiance est atypique et un peu oppressante - café et cigarette sont deux excitants - ; certains trouveront même que ça manque d'air. Pour peu, on parviendrait presque à sentir l'odeur du tabac froid des cendriers et celle du marc de café dans les tasses. Il est assez rare qu'un film fasse littéralement "sentir les choses" et celui-ci, selon moi, en fait partie. On peut même aller jusqu'à dire qu'il s'agit d'une oeuvre sensualiste.

Manifestement, le projet tenait à coeur du cinéaste puisque, pendant presque vingt ans, il a tourné de-ci, de-là ces onze courts métrages traitant de l'addiction au café et à la nicotine. Comme un enfant qui collectionne les vignettes, son album finit par former un concept cohérent. Première conséquence de cette réalisation étirée dans le temps: on retrouve dans Coffee and cigarettes de nombreux acteurs qui ont eu les préférences de Jarmusch entre 1986 et 2003 (Roberto Benigni et Tom Waits dans Down by Law; Steve Buscemi dans Mystery Train; le Wu Tang-Clan, responsable de la B.O de Ghost Dog, etc.). Le casting, par voie de conséquences, constitue une somme impressionnante de talents. En outre, il est visible que les acteurs, qui évoluent systématiquement en duo ou en trio, ont pris beaucoup de plaisir à jouer leurs scénes. Les interprétations sont donc, globalement, de grande qualité. A titre personnel, je pense que les meilleures prestations sont celles de Tom Waits et Iggy Pop (Somewhere in California), se livrant un duel pour déterminer lequel est le plus cool. (Le passage où ces deux rois de la rock-attitude mettent leurs propres disques dans le juke-box, tout en les commentant, est vraiment jouissif. "Maintenant que t'as arrêté, tu peux te permettre d'en prendre une" constitue toujours à mes yeux le meilleur des arguments pour se griller un clope en toute
mauvaise
foi). De même, Bill Muray en garçon de café (qui boit à même la cafetière comme on boit au goulot) propose un numéro remarquable (Delirium). En revanche, tous les courts n'atteignent pas
le même degré d'inspiration, et, dans la mesure où Jarmusch a choisit de nous les présenter dans l'ordre chronologique, on regrettera parfois dans le fond un manque de constance et de régularité.
(Those Things'll Kill Ya et Cousins? m'ont semblé un ton en dessous). Néanmoins, sur un rythme très lent, l'ensemble se laisse boire à petites gorgées (ou fumer à petites
taffes, comme on voudra). On est vite pris par ces tranches de vie simples, ces brèves de comptoir sans rebondissement ni intrigue. Les sujets sont creux: l'art de préparer un vrai thé anglais,
la peur de se rendre chez le dentiste, les glaces à l'eau, le petit air de musique qui trotte dans la tête, la théorie du complot contre Elvis, etc. On est loin des thèmes imposants et des
émotions palpitantes. Ici, on parle de rien et de tout, on flotte, on prend le temps autour d'une table. Il y a là quelque chose de très épicurien. Pas de doute, à l'image de nos conversations
quotidiennes, Jarmusch réussit parfaitement à rendre-compte de la futilité de notre communication. Toutefois, cette vacuité n'est qu'apparente puisque l'humour et la poésie viennent occuper tout
l'espace.
L'humour de Jarmusch est incontestablement
absurde et loufoque; celui contenu dans Coffee and cigarettes ne déroge pas à la règle. Un peu comme si les Monty-Python s'étaient lancés dans la poésie, les déclinaisons que propose
Jarmusch sont toutes romantiques, sensibles et drôles. Derrière le nuage de fumée se cache l'univers à part du réalisateur, peuplé d'excentriques et de marginaux (deux adjectifs qui qualifient
très bien le film), déconnectés du monde social (les fumeurs sont mis à l'écart du centre, dans la marge de la communauté), et cet univers ne manque pas de nous sembler touchant, voir
attendrissant. A chaque histoire son souffle et son enthousiasme. Ici, les personnages de Jarmusch ne sont rien d'autre que des enfants refoulés pour qui chaque cigarette est une sucette
réconfortante, un lien avec le monde. Sous cet angle, le court qui ouvre le film (Strange to meet you) et celui qui le ferme (Champagne) sont deux parenthèses qui délimitent
parfaitement les contours de cet humour et de cette poésie déphasés. Dans le premier, totalement décalé, le café permet aux rêves de voyager plus rapidement; dans le dernier, très lyrique, deux
grands pères ont "perdu le contact avec la vie", et ce contact s'avère être une chanson dont ils cherchent la réminiscence. La présence de la musique, certes moins
sensible que celle du café et des cigarettes, est évidemment déterminante. ("Tesla voyait la terre comme un conducteur de résonnance acoustique..." se souvient l'un des grands pères).
Qu'elle viennent d'un juke-box ou d'une vieille radio, on l'entend partout, mais seulement en fond sonore. Elle ne s'impose pas directement mais finit progressivement par nous pénétrer. La
musique constitue, au même titre que le café et la cigarette, un lien qui rattache au monde, une bouée de sauvetage pour les êtres égarés. Jarmusch, c'est un fait entendu, est un passionné de
musique. Chacune de ses réalisations sert de véhicule à sa culture musicale (rock-hip hop) et ce n'est pas un hasard si ses personnages sont si souvent interpétés par des musiciens dans la vie.
La B.O de Coffee and cigarettes s'avère donc magistrale (on y retrouve, entre autres, The Stooges, The Skatalites, Tom Waits, Iggy Pop, The Modern Jazz Quartet, etc.) et contribue avec
force à nous plonger dans cet univers singulier, poétique et absurde. A mon sens, tout en lui rendant hommage, Jarmusch apporte là encore quelque chose de neuf au cinéma. Et, puisque l'abus de
cinéma n'est pas encore considéré comme nuisible à la santé, je recommande à tous de s'y défoncer allégrement.Somewhere in California (V.O), un pur moment de plaisir à consommer sans modération
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Commençons notre analyse par l’étude des gentils. Avant toute chose,
les chiens sont les meilleurs amis de l’homme. Comme toujours, ils sont doués de la parole (marrant d’ailleurs, dans ce dessin-animé, les chiens nous appellent leurs « fidèles
compagnons »), ils ont un comportement affectueux et protecteur, somme toute le comportement de tous bons parents. Ils sont 101 mais chacun dispose d’un élément physique bien à lui qui le
caractérise et permet de le différencier. Les enfants de famille nombreuse savent qu’il n’est pas toujours facile de trouver sa place et le message est ici subliminalement pédagogique (les taches
noires des chiots) : Il faut affirmer sa propre personnalité. On découvre ces chiots autour d’une télé, comme une famille classique, à regarder Rintintin (tiens, un autre gentil
chien protecteur). Certains ont peur, d’autres rouspètent ou ont faim. On pourrait presque se voir dans ce miroir qu’est l’écran. Les 101 dalmatiens sont le reflet d’une cellule familiale
heureuse et réconfortante. On y adhérera en s’identifiant, selon notre âge, à l’un ou l’autre des personnages. Ensuite, le couple humain so british, qui adopte les dalmatiens, est lui aussi très
protecteur et rassurant. Il garde son calme en toute circonstance, cherche des solutions et se montre fort. (A nouveau de bons parents). La fin du film a le mérite de laisser travailler
l’imaginaire de l’enfant en nous offrant la perspective d’une famille unie et heureuse, tous les membres vivant sous le même toit ("on achètera une grande ferme et on fera de l'élevage de
dalmatiens"), mais sans rien montrer. L’équivalent d’un « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Chez Disney c’est une constante : malgré les embuches que
présente parfois l’existence, l’enfant peut avoir confiance en l’avenir. Ici, rien de nouveau sous le soleil
Mais plutôt que les gentils, je trouve que
c’est le soin apporté au traitement des méchants qui est étonnant dans ce dessin-animé. Dans le giron de Cruella, qu’il faut placer au rang de méchant de légende – c’est elle, à mon sens, le
personnage principal – on trouve toute une tripotée de seconds rôles savoureux dans le registre bêtes et malveillants. S’adressant aux plus petits, cette galerie a le
Enfin, c’est l’esthétisme du dessin qui m’a frappé, très
original, à la limite du tracé à la main (encore une fois, en rupture avec ce qui se faisait habituellement chez Disney). Certes, les dalmatiens sont parfaitement rendus, ils ont d’ailleurs
énormément contribué au succès du film (A la sortie du dessin-animé, un engouement soudain pour les dalmatiens entraîna les sociétés protectrices d'animaux à prévenir les gens de la
responsabilité et des conséquences de posséder un animal). Mais au-delà de la présence excessive du noir et blanc, c’est

Sa Majesté des mouches, le best-seller de
William Golding, est sans doute l’un des livres de notre enfance qui gagne le plus à être relu aujourd’hui. On donne souvent ce roman à lire à des enfants d’une douzaine d’années et, la plupart
du temps, moi le premier, ils n’en retiennent que l’aspect Robinson Crusoé. Cette adaptation réalisée par Peter Brook, Lord of Flies, qui respecte scrupuleusement le texte
original, nous donne l’occasion de vérifier que, au-delà de la prédisposition éminemment visuelle de ce type de mythe que constituent les naufragés d’une île déserte (la photographie du film est
excellente), l’histoire forme en fait un effroyable conte philosophique pour adulte.


rien d’autre que « Le roi des têtards ». De l’autre côté, Ralph, un jeune homme de plus en plus isolé, tente avec quelques autres de
conserver un semblant de démocratie, (Ralph est à l’image du médecin Jack dans Lost). Sa tâche est beaucoup plus ardue (mais plus viable aussi, c’est un fait entendu), elle
consiste à maintenir l’ordre et assurer la sécurité de ses camarades, comme à mettre en place les conditions politiques de leur liberté, (tout cela à quatorze ans). Quelques mots concernant
Ralph : ce dernier me rappelle l’éternel premier de la classe que l’on a envie de claquer, pondéré, intelligent, sans reproche, il s’évertue à maintenir les traditions qu’on lui a inculqué
dans son collège anglais, sans jamais les remettre en question. Pire encore, si l’on se replace dans le contexte – l’establishment politique du Royaume-Uni du siècle dernier – Ralph considère
qu’il n’existe qu’un unique système politique valable, le sien, celui de sa patrie. L’Angleterre demeure une nation supérieure aux autres. Sous ce jour ethnocentrique et arrogant, il est
peut-être aussi effrayant que Jack, son alter-égo inversé.
On le redécouvre chaque été dans
Koh-Lanta, il est impossible de survivre sur une île sans le feu. Celui-ci, si l’on en croit le Mythe de Prométhée de Platon (dans Protagoras), constituerait même, avec l’intelligence technique, le tout premier indice de la culture, par opposition à la nature. Le feu est donc de la plus haute importance. Les enfants
sauvages vont, eux aussi, se retrouver confrontés à ce 
Fiche technique:
Gabin cherche son chat
