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" Qu'il  s'agisse de penser le devenir ou de l'exprimer, ou même de le percevoir, nous ne faisons guère autre chose qu'actionner une espèce de cinématographe intérieur. Le mécanisme de notre connaissance usuelle est de nature cinématographique." 

                             
                        Henry Bergson, L'Evolution créatrice   
                                                                                      

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               
                                                                                                                                                                                                                                                                       

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Bonjour à tous !


 

Bienvenue à tous les amoureux du 7ème art...

 

Ce blog se propose de porter un regard analytique sur le cinéma d’aujourd’hui et d’hier. Un coup d'œil également sur le parcours des dernières sorties Ciné et DVD. Ici, on décortique le film, on donne son avis, on parle de nos coups de cœur, etc.  N'hésitez pas à laisser vos commentaires.

 

Bonne lecture...

 

 



Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /Nov /2008 17:21

 

 

 

 


Fiche technique :

 

  • Titre : The Truman Show
  • Réalisation : Peter Weir
  • Interprétation : Jim Carrey, Ed Harris, Laura Linney, etc.
  • Scénario : Andrew Niccol
  • Production : Andrew Niccol
  • Musique originale : Burkhard Dallwitz
  • Film américain
  • Genre : comédie, science-fiction, drame
  • Durée : 103 minutes
  • Dates de sortie : États-Unis : 5 juin 1998 / France : 28 octobre 1998

 

 

 Truman Burbank mène une vie calme et heureuse. Il habite dans un petit pavillon propret de la radieuse station balnéaire de Seahaven. Il part tous les matins à son bureau d'agent d'assurances dont il ressort huit heures plus tard pour regagner son foyer, savourer le confort de son habitat modèle, la bonne humeur inaltérable et le sourire mécanique de sa femme, Meryl. Mais parfois, Truman étouffe sous tant de bonheur et la nuit l'angoisse le submerge. Il se sent de plus en plus étranger, comme si son entourage jouait un rôle. Pis encore, il se sent observé.

 


Tant dans la forme que dans le fond, j'ai particulièrement aimé ce film qui, à mon sens, se prête à une lecture quasi-philosophique. Tout d’abord, entre Big brother et Loft-story, il pointe du doigt les dangers de la télé-réalité et du voyeurisme. Mais surtout, au-delà de cette critique devenue classique (dix ans nous séparent déjà du film), The Truman Show illustre dans sa première partie la problématique du solipsisme, notion égocentrique où la conscience du sujet pensant se définit comme l'unique réalité. Dit autrement, il n'existerait aucun monde hors de la conscience. Intriguant. De même, le métrage donne ensuite à voir toute la difficulté de s'intégrer et de vivre dans un monde "déjà-là", déjà donné, et finalement interroge, que pouvons-nous espérer être dans ce monde ? Le monde qui nous entoure peut-il effectivement se trouver en adéquation avec ce que nous sommes ? Qu’est-ce aussi que devenir adulte ? Tout commence, comme dans Matrix, par la prémisse de base du métrage qui présuppose une sorte de vaste conscience collective et symbolique qui manipule le héros à son insu. Sa vie est fabriquée de toutes pièces depuis sa naissance afin d’être filmée et dévoilée au monde entier à son insu. Tout n’est que faux-semblants, trompe-l’œil et illusions dans l’univers de Truman, c’est un rat de laboratoire (studio télé) sur lequel on expérimente le divertissement du peuple et toute sa vie est régie par un seul homme, Cristof le réalisateur démiurge de l’émission, le dieu trompeur cartésien. Le monde est la co-création de Truman, son rêve, en corrélation directe avec ce qu’il est ou croit être. Ici, la mise en scène de the Truman show prend tout son relief. Vu sous un angle beaucoup plus général, on pourrait se demander dans quelle mesure pouvons-nous  être nous-mêmes les créateurs du monde qui nous entoure?  Finalement, un monde existe-t-il en dehors de ma conscience ? Telle est en substance l'hypothèse de The Truman show, où le héros apparait intimement lié à tout ce qui se produit autour de lui. A vrai dire, le boulanger qui nous a parlé ce matin, le voisin qui nous a salué sur le palier, l’être cher que nous avons embrassé au réveil, etc. jouent-ils un rôle hors ma conscience ? est-ce nous-mêmes qui leur avons assigné un tel rôle ou bien un dieu trompeur ?

 

Avant de savoir si l’on peut douter que des phénomènes perçus soient réellement situés au-delà de notre faculté de perception, affirmons d’emblée qu’à suivre ces pistes, nous ne trouverons certainement aucune vérité dans le fond mais ces questions seront en mesure ensuite, selon la dialectique du film, de nous mettre sur le chemin du vrai. La première d’entre elles consiste à savoir s’il existe effectivement un monde hors de ma conscience, ou plus précisément, le mode d’apparaître du monde est-il ou non une illusion ? Descartes, en prenant l’exemple de la faculté du rêve à nous rendre dupes, tente de démontrer qu’il est possible que des représentations de l’esprit produisent l’impression des choses perçues à l’extérieur de celui-ci alors qu’elles restent en réalité un phénomène interne à l’esprit et causé par lui-même. On ne pourrait de ce fait conclure à partir de l’impression d’extériorité des phénomènes que cette extériorisation est effective. Que signifie alors le terme « exister » quand on l’applique aux choses perçues ? Si je dis que cette pomme ou cette bougie existent, je veux en fait signifier par-là qu’un certain nombre de propriétés (couleur, forme, saveur, etc.) apparaissent à mes sens. Mais même si elles apparaissent comme extérieures, leur apparaitre est-il une opération qui se produit à l’extérieur de ma perception ? Non, car elles apparaissent en tant qu’elles sont perçues. Une couleur, par exemple, n’existe pas en dehors du fait qu’elle est perçue (par exemple, les couleurs des molécules n’apparaissent pas au microscope); ce qui signifie que le vert de la pomme ou le nacre de la cire ne sont pas des réalités en soi. Sans personne pour les percevoir, elles n’existeraient pas. Cette logique amène un philosophe comme Berkeley à affirmer que l’existence n’est rien en dehors de l’ordre de perception et rien non plus au dehors du « perçu ». Je suis le monde. N’est-ce pas aussi ce qu’il nous est arrivé de croire lorsque nous étions enfants ? Est-il possible que nous soyons tous des Truman ?

 

En poursuivant notre logique, on pourrait émettre l’hypothèse selon laquelle l’impression d’extériorité (du monde), serait causée par notre structure perceptive elle-même. Ainsi, Kant raisonne de la manière suivante : l’espace qui structure le monde n’est pas une réalité extérieure puisqu’avant toute expérience sensible, cette réalité doit être présupposée comme forme de la représentation pour expliquer la possibilité de « rapporter certaines sensations à quelque chose d’extérieur à moi. » Il y aurait une sorte de preuve intuitive de ce que l’espace relève de la forme de notre représentation, en effet nous pouvons aisément imaginer une absence d’objets dans l’espace, alors que nous ne pouvons pas imaginer l’absence d’espace lui-même. Si l’imagination de cette absence est impossible, c’est que c’est l’imagination elle-même qui est spatialisante.  Schopenhauer utilise cette logique kantienne pour en déduire que le monde n’est qu’une représentation, représentation qui ne dure qu’autant que dure l’esprit et qui cesse avec sa mort. Une pièce de théâtre en quelques actes, un show minuté, voilà qui nous place plus que jamais dans la dynamique philosophique dont le film se fait le témoin.

 

En effet, le problème cartésien de l’extériorité illusoire du rêve, la difficulté d’attribuer une autre signification au terme « exister » que l’acte de perception ainsi que la représentation de l’extériorité comme forme intrinsèque de notre structure perceptive semblent être des arguments suffisants pour mettre en doute, pour un temps, notre croyance naturelle en une extériorité du monde par rapport à notre conscience, et valider ainsi la métaphore du film. Mais le voile jeté sur le réel fini par tomber nécessairement. Dés-lors, ce que le métrage nous donne à voir dans sa seconde moitié est ce qu’il faut appeler une « prise de conscience ». Truman vit une seconde naissance dans laquelle il découvre qu’un monde peut bien exister en dehors de la conscience, c’est certain, mais que ce monde n’en reste pas moins lié à la conscience qu’il en prend. Plus généralement, je ne peux pas changer le monde arbitrairement, soit, mais je peux changer ma conscience du monde et justement ce changement de conscience peut lui-même tout changer. Avec cette thèse, nous finissons nécessairement par tomber d’accord. Certes, j’ai un immense pouvoir de décision dans l’ordonnance de mon existence, et il est clair qu’il n’y a pas un monde seulement dans ma conscience. Ici, le film pourra apparaitre comme un film initiatique, dans lequel on voit un héros éclore à l’âge adulte et renoncer tant bien que mal à certaines illusions de l’enfance. Le monde ne se joue pas exclusivement pour nous et ne répond pas avec notre volonté. Une catastrophe naturelle, par exemple, se produit bien à l’extérieur de notre esprit alors même que celui-ci ne l’a pas souhaitée et qu’elle s’est produite tout de même contre sa volonté. En d’autres termes, un monde qui ne coïncide pas en tout avec notre volonté ne peut-être causée que par un principe indépendant de celle-ci. Le monde perçu est nécessairement une réalité extérieure à mon esprit. En ce sens, le Cogito cartésien ne serait pas premier et autosuffisant, mais secondaire et s’obtenant artificiellement grâce à un fond préréflexif qui le précède. C’est ce que suggère Merleau-Ponty lorsqu’il affirme que le monde n’est pas quelque chose de la conscience mais, au contraire, la conscience est quelque chose du monde. Reste que le metteur en scène de ma vie n'est pas au-dehors de moi, il n'est pas sur des nuages, dans sa tour de contrôle en train de me manipuler. Il est en moi. On constate sous cet angle à quel point le film est une appréciable apologie de la liberté, (sans parler de la dimension affective qui est le moteur même dans le « scénario » de la prise de conscience). Il ne s’agit pas tant de rêver de s’échapper hors du monde présent en disant que tout est factice dans la société moderne qui est sous nos yeux, que de prendre « conscience », comme Truman, qu’il n’existe aucun déterminisme caché et que l’on est toujours libre d’essayer de « se refaire ».

Par Baccawine - Publié dans : Comédie - Communauté : Cinéma
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Vendredi 3 octobre 2008 5 03 /10 /Oct /2008 16:36

 

     Depuis Héraclite, nous ne cessons d’associer le temps à la fuite inexorable, et nous le comparons volontiers à une sorte de fleuve qui s’écoule irréversiblement (« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve »). Le temps est donc supposé avoir un cours objectif, orienté du passé vers l’avenir, ce que nous révèlent à chaque instant la progression des aiguilles de nos horloges. Le temps n’aurait ainsi qu’une unique dimension, à l’image d’une ligne continue fragmentée d’instants infiniment proches parcourus les uns après les autres, et permettant une mathématisation. Dés-lors, si l’on en croit les physiciens, le temps serait par essence linéaire, cela en vertu du « principe de causalité » qui stipule que tout phénomène s’explique par une cause nécessairement antérieure au phénomène en question. (Philosophiquement, cela ressemble en substance à la forme de notre entendement). Dans la réalité, cette morphologie chronologique interdit derechef les voyages dans le temps, puisque ceux-ci offriraient de retourner dans le passé pour modifier  une séquence d’événements ayant déjà eu lieu, entrainant nécessairement un cul-de-sac logique. [Bien-sûr, ici, nous distinguons franchement ce qui relève d’une part de l’objectivité du temps et, d’autre part, ce qui relève de la subjectivité du temps, où manifestement les aiguilles des horloges ne disent pas toute la vérité. Il va de soi que la temporalité « vécue » permet des voyages dans le temps, l’évocation de la Madeleine de Proust suffisant à l’illustrer.]

     Toutefois, de la réalité à l’univers cinématographique, et l’on pense principalement ici à la SF, il arrive souvent que le temps se voit littéralement métamorphosé, passant d’une forme linéaire à une forme circulaire, (le cercle plutôt que la ligne), comparable à ce que peut être le cycle des saisons. Or, dans un tel temps, retourner dans le passé engendre fréquemment des modifications dans le futur, de même aller vers le futur revient à réécrire le passé, de sorte que ce qu’on appelle la cause pourrait tout aussi bien être l’effet, et vice versa. Une telle possibilité conduit nécessairement les sorciers modernes que sont les réalisateurs de films à concevoir des situations totalement inextricables qui sont autant de petites gymnastiques pour nos neurones. Par exemple, et c’est bien-là toute la magie du cinéma, un être humain peut être mis en mesure de supprimer dans le passé l’une des causes qui ont permis sa naissance, en provoquant une chute qui provoquera une fausse-couche, ou encore en empêchant ses propres parents de se rencontrer. Bref, cette petite liste non exhaustive de films (qui ont exploité ce thème) tenant lieu de Sésame, la porte stargatienne est ouverte à tous les amoureux des voyages dans le temps :

 

C'est arrivé demain (1944), de René Clair.

Un journaliste new-yorkais reçoit chaque jour de façon inexplicable le journal du lendemain. Il profite de la situation et coiffe sur le poteau des scoops tous ses confrères. Jusqu'au jour où il découvre son nom dans la rubrique nécrologique. L’un des quatre films que René Clair tourna à Hollywood, une mise en scène magistrale et des gags qui se multiplient. A découvrir ou redécouvrir.

 


La Machine à explorer le temps (1960), de George Pal.

Attention au décollage, cette machine est un vieux modèle, sorte de traineau des neiges muni à l’arrière d’une espèce d’antenne parabolique. Kitsch et bruyante. Le scénario est le suivant : un scientifique vivant à l'époque victorienne fabrique un engin spatio-temporel et voyage loin dans le futur. Il s'aperçoit alors que la race humaine s'est divisée en deux espèces, une vivant à la surface, et l'autre sous terre. Quand sa machine est volée par le peuple souterrain cannibale, il doit risquer sa vie pour retourner dans son époque...

 

La Jetée (1962), de Chris Marker.

Etonnant et bluffant, ce roman-photo est un choc visuel d’une rare inventivité doublé d’une mise à l’épreuve de nos capacités cognitives. Il faut le dire, ce court-métrage a énormément inspiré L'Armée des 12 singes de Terry Gilliam (et même si ce petit roublard de T. Gilliam prétend ne pas avoir vu le film avant de se mettre à l’œuvre, « pour ne pas être influencé » mon œil ; cf la scène finale). Bref, l’histoire est la suivante : des savants post-nucléaires traquent le passé dans les rêves d'un cobaye humain pour capturer l'espace-temps. Une demie heure de bonheur.


Bandits, Bandits (1980), de Terry Gilliam.

Sans doute mon préféré de Gilliam, ce film est d’une grande richesse, laquelle a peut-être influencé les concepteurs de Stargate. En effet, il existe des portes spatio-temporelles qui permettent le passage d’une époque à une autre, l’essentiel étant bien-sûr de posséder la carte qui indique les dates et heures fixes auxquelles elles s’ouvrent. Métaphysique et poésie sont au rendez-vous dans cette magnifique histoire : Pendant la nuit, Kevin, un petit garçon anglais, est visité par six nains qui ont dérobé à l'Être suprême la carte du Temps. L'enfant s'engage alors dans un voyage à travers l'Histoire : il fait la rencontre de Napoléon à la bataille de Castiglione ainsi que celle de Robin des Bois dans la forêt de Sherwood. Il croisera également sur son chemin le majestueux paquebot "Titanic".


 

 Nimitz, retour vers l'enfer (1980), de Don Taylor.

Le voyage dans le temps, mais version cauchemar. L’idée de départ est assez originale : plus ou moins à notre époque, suite à une tempête magnétique, le Nimitz, un porte-avion américain, se retrouve projeté en 1941, à la veille de l'attaque de Pearl Harbour... Ici, ce n’est pas un destin personnel et unique qui est en jeu, mais celui de l’histoire. Un film efficace servit par une interprétation remarquable.




Terminator (1984-2003), de James Cameron (1 et 2) et Jonathan Mostow (3), série de trois films.

Dans l’univers SF du cinoche, il y a un avant et un après Terminator. Sérieux. Genèse d’une saga exceptionnelle : A Los Angeles en 1984, un Terminator, cyborg surgi du futur, a pour mission d'exécuter Sarah Connor, une jeune femme dont l'enfant à naître doit sauver l'humanité. Kyle Reese, un résistant humain, débarque lui aussi pour combattre le robot, et aider la jeune femme...

Terminator 2 : Le jugement dernier : Le top des effets spéciaux de l’époque et de l’action en veux-tu en voilà. On se retrouve en 1995, cette fois, les machines de Skynet,dix ans après leur échec pour éliminer Sarah Connor, envoient le cyborg tueur T-1000 pour éliminer son fils John Connor, futur chef de la résistance humaine. Un autre robot, le T-800, est chargé de le protéger... Hasta la vista, baby


Terminator 3 : Le soulèvement des machines
 : Toujours spectaculaire, certes, cet épisode me paraît tout de même être le plus faible de la série. John Connor, futur leader de la résistance humaine, vit dans l'ombre. Les machines de Skynet envoient vers le passé la T-X, une androïde nouvelle génération "invulnérable", pour l'éliminer. Mais un autre Terminator, le T-101, est venu le protéger…



Retour vers le futur (1985), de Robert Zemeckis, série de trois films.

Le premier épisode. La référence. L’inévitable film diffusé dans le car lors des voyages scolaires de mon enfance, œuvre quasi-métaphysique (pour des marmots) qui incitait à rêver que le lourd véhicule qui nous transportait se transforme en une DeLorean flambant neuve et que, chauffeur si t’es champion, elle en vienne à atteindre le 88 miles à l’heure. En résumé, l’action se passe en 1985, le jeune Marty McFly mène une existence anonyme auprès de sa petite amie Jennifer, seulement troublée par sa famille en crise et un proviseur qui serait ravi de l'expulser du lycée. Ami de l'excentrique professeur Emmett Brown, il l'accompagne un soir tester sa nouvelle expérience : le voyage dans le temps via la DeLorean trafiquée. Mais la démonstration tourne mal : des trafiquants d'armes débarquent et assassinent le scientifique. Marty se réfugie dans la voiture et se retrouve transporté en 1955. Là, il empêche malgré lui la rencontre de ses parents, et doit tout faire pour les remettre ensemble, sous peine de ne pouvoir exister... Dans mon école, le nom de "Biff Tannen" est tout de suite devenu une insulte.

Retour vers le futur II (1989): Le succès du premier épisode était tel qu’il aurait semblé saugrenue à Hollywood-la-vénale de ne pas le bisser, d’autant plus que les ficelles des allers et retours dans le temps avaient encore à l’écran bien des nœuds à serrer. En voici le synopsis : Lors de son premier voyage en 1985, Marty a commis quelques boulettes dont il n’a pas mesuré les conséquences. L'avenir qu'il s'était tracé n'est pas si rose, et son rejeton est tombé sous la coupe du voyou Griff Tannen, qui veut régner sur la ville. En compagnie de son ami Emmett "Doc" Brown et de sa fiancée Jennifer, Marty va devoir entreprendre un voyage vers le futur, pour tenter de donner un peu plus de moralité à son héritier. Un voyage aux conséquences dramatiques et de superbes scènes de skate du futur... On pourra comprendre ici que notre histoire personnelle est le fruit d’une sélection faite à certains moments à partir d’un nombre incommensurable de choix possibles dont nous sommes responsables.


Retour vers le futur III
(
1990) : Un film pop-corn sympa comme tout : Après son voyage mouvementé entre passé, présent et futur, même pas malade, Marty McFly apprend par une lettre vieille de cent ans que son vieil ami Emmett "Doc" Brown se serait crashé en 1880 au volant de sa DeLorean, restant ainsi prisonnier du far-west, sous la menace de Buford "Molosse" Tannen qui s'est juré de le tuer. Il n'a que cinq jours pour retrouver Doc et le ramener vivant vers le présent...



Un jour sans fin (1993) de Harold Ramis.

Une friandise pour nos zygomatiques que ce petit bijou qui voit pénétrer l’humour au cœur de la quatrième dimension : Phil Connors, journaliste à la télévision, et accessoirement responsable de la météo part faire son reportage annuel dans la bourgade de Punxsutawney où l'on fête le "Groundhog Day" : "Jour de la marmotte". Dans l'impossibilité de rentrer chez lui ensuite à Pittsburgh pour cause d'intempéries il se voit forcé de passer une nuit de plus dans cette ville perdue. Réveillé très tôt le lendemain il constate que tout se produit exactement comme la veille et réalise qu'il est condamné à revivre indéfiniment la même journée, celle du 2 février...

 


Les Visiteurs (1993), de Jean-Marie Poiré.

Oyé oyé braves gaulois, l’historiette se dérouloie en l'an de grâce 1112, lorsque le comte de Montmirail et son fidele écuyer, Jacquouille la Fripouille, se retrouvoient propulsés en l'an 1992 après avoir bu une potion magique fabriquée par un enchanteur. Un carton au box-office hexagonal, soit, mais qui ne vieillit pas très bien à mon sens. Bref, un voyage par absorption de drogues.



Time Cop (1994), de Peter Hyams

JCVD, c’est bien son truc de se perdre dans l’espace et le temps. Ici, le voyage qu’il nous propose se fait à bord d’une voiture de course programmée par des scientifiques, vous l’aurez compris une version améliorée de la DeLorean. En l'an 2004, l'homme est enfin parvenu à maîtriser les voyages dans le temps. Mais une nouvelle espèce de criminels est née à la faveur de cette invention miracle. Un individu mal intentionné peut en effet désormais manipuler à sa guise les évènements historiques ou les marchés financiers, exploiter à ses propres fins une découverte scientifique ou militaire, compromettre l'avenir de son pays, provoquer une guerre mondiale... Pour prévenir de tels abus, les Etats-Unis ont créé à Washington la Time Enforcement Comission, une unité d'élite chargée de contrôler et d'interdire toute tentative de déplacement temporel. Les propres agents TEC ne sont cependant pas à l'abri des tentations... Bon, d’accord, c’est un véritable fourre-tout, mais certaines pistes auraient pu être intéressantes.

 

L'Armée des 12 singes (1995), de Terry Gilliam.

La Jetée complexifiée à outrance, au point de s’y perdre parfois, mais un très beau et très bon film au demeurant : En 2035, une épidémie inconnue a emporté la quasi-totalité de la population mondiale. Les survivants se sont regroupés sous terre et renvoient en 1996 l'un des leurs, James Cole, afin qu'il découvre les causes de la catastrophe. Son enquête le conduit sur les traces d'une mystérieuse organisation, l'Armée des douze singes.



Peut-être (1999), de Cédric Klapisch.

Atterrissage dans le sable pour un film un peu mou du genou et caricatural. Dommage car l’idée de base était plutôt maligne : Le soir du réveillon de l'an 2000 Lucie demande a Arthur de lui faire un enfant. Lui ne se sent pas prêt à être père. Au cours de la soirée quand la fête bat son plein, Arthur vit une expérience troublante. Il se retrouve transporté soixante-dix ans plus tard dans un Paris ensablé (magnifique photographie). Il fait alors la rencontre d'un vieux monsieur chevelu qui affirme être son fils. Ce patriarche de soixante-dix ans s'efforce alors de convaincre son géniteur de revenir dans le présent et de faire un enfant à Lucie, afin qu'il ne disparaisse pas.

 

La Machine à explorer le temps (2002), de Simon Wells.

Personnellement, je n’ai pas aimé, surtout à cause de l’idéologie dont cette version se fait le témoin, mais difficile tout de même de ne pas la faire figurer sur cette liste. L’histoire est la suivante : A New York, en 1899, Alexander Hartdegen, un brillant physicien de l'Université de Columbia, fait la connaissance d'Emma, une charmante demoiselle dont il tombe follement amoureux. Un soir, dans Central Park, il trouve le courage de lui déclarer sa flamme et de lui offrir une bague de fiançailles. Un voleur tente alors de dérober le fameux bijou, mais Emma ne se laisse pas faire. Un coup de feu retentit, la malheureuse s'effondre et meurt dans les bras d'Alexander.
Refusant cette triste fatalité, celui-ci consacre tout son savoir et toute son énergie à construire une machine à explorer le temps afin d'altérer le cours des événements et ainsi sauver la vie de sa bien-aimée. Alexander embarque à l'insu de tous pour ce voyage de la dernière chance et se voit bientôt propulsé dans le XXIe siècle.

 

Minority Report (2002), de Steven Spielberg

Directement inspirée d’une nouvelle de Philip K. Dick, (un maître sinon le maître de la littérature SF), l’histoire est savoureuse : A Washington, en 2054, la société du futur a éradiqué le meurtre en se dotant du système de prévention / détection / répression le plus sophistiqué du monde. Dissimulés au cœur du Ministère de la Justice, trois extra-lucides captent les signes précurseurs des violences homicides et en adressent les images à leur contrôleur, John Anderton, le chef de la "Précrime" devenu justicier après la disparition tragique de son fils. Celui-ci n'a alors plus qu'à lancer son escouade aux trousses du "coupable"... Mais un jour se produit l'impensable : l'ordinateur lui renvoie sa propre image. D'ici 36 heures, Anderton aura assassiné un parfait étranger. Devenu la cible de ses propres troupes, Anderton prend la fuite. Son seul espoir pour déjouer le complot : dénicher sa future victime ; sa seule arme : les visions parcellaires, énigmatiques, de la plus fragile des Pré-Cogs : Agatha. De mon humble point de vue, un bon film.

 

L'Effet papillon (2004), de Eric Bress.

Teenmovie par excellence, relativement agréable même si je trouve qu’il s’essouffle vite, L’effet papillon en rajoute une gentille couche sur les paradoxes spatio-temporels. Voyez plutôt : Une théorie prétend que si l'on pouvait retourner dans le passé et changer quelques détails de notre vie, tout ce qui en découle serait modifié. On appelle cela "l'effet papillon". Trop fort, Evan Treborn a cette faculté. Fasciné, il va d'abord mettre ce don au service de ceux dont les vies ont été brisées dans leur enfance. Il peut enfin repartir dans le passé et sauver la seule jeune fille qu'il ait jamais aimée. Mais Evan va découvrir que ce pouvoir est aussi puissant qu'incontrôlable et s'apercevoir que s'il change la moindre chose, il change tout. En intervenant sur le passé, il modifie le présent et se voit de plus en plus souvent obligé de réparer les effets indésirables de ses corrections... Comme quoi, Zemeckis avait posé vingt ans plus tôt de solides fondations.


Déjà vu (2006), de Tony Scott

A mon sens, c’est un peu idiot d’avoir intitulé le film ainsi car tout semble dit. Mais vu que je suis bon public, en voici quand même la trame élimée : Alors qu'il enquête sur l'explosion d'une bombe sur un ferry à la Nouvelle Orléans, l'agent Doug Carlin se voit enrôlé au sein d'une nouvelle cellule du FBI ayant accès à un appareil gouvernemental top secret permettant d'ouvrir une "fenêtre sur le temps", et ainsi de retrouver les preuves nécessaires à l'arrestation d'importants criminels. Cette fenêtre permet d'observer des évènements dans le passé s'étant déroulés quatre jours, six heures et quelques minutes auparavant… Durant son investigation, Doug va découvrir que ce que la plupart des gens pensent n'être qu'un effet de leur mémoire est en fait un don bien plus précieux, une force qui le mènera vers une course contre la montre pour sauver des centaines d'innocents.


Pour conclure, si d’autres portes spatio-temporelles vous reviennent en tête, ou d’autres véhicules oubliés susceptibles de nous faire voyager dans le temps et sur la toile, n’hésitez pas à les proposer dans les commentaires…

Par Baccawine - Publié dans : Thématique - Communauté : Cinéma
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Vendredi 22 août 2008 5 22 /08 /Août /2008 20:12

 

 


FICHE TECHNIQUE :

 

  • Titre : The Dark Knight, Le Chevalier Noir
  • Réalisation : Christopher Nolan
  • Scénario : Jonathan Nolan, d'après une histoire originale de Christopher Nolan et David S. Goyer, et d'après le personnage créé par Bob Kane et Bill Finger en 1939
  • Interprétation : Batman / Bruce Wayne : Christian Bale, Le Joker : Heath Ledger, Harvey Dent / Double-Face: Aaron Eckhart, Alfred: Michael Cain, Lt. James Gordon: Gary Oldman, Lucius Fox: Morgan Freeman, etc.
  • Production : Christopher Nolan, Charles Roven, Emma Thomas, Benjamin Melniker et Michael E. Uslan
  • Musique : Hans Zimmer et James Newton Howard
  • Photographie : Wally Pfister
  • Montage : Lee Smith
  • Genre : Action, fantastique
  • Durée : 2h27 mn
  • Dates de sortie : États-Unis : 18 juillet 2008 / France : 13 août 2008

 

 

      Comme toute production culturelle qui se respecte, le cinéma est le témoin de la réalité de son temps. Ainsi arrive-t-il, derrière la magie du divertissement, qu’un métrage opère le traitement de l’actualité sous une forme emblématique, détournée, voire subliminale. C’est pleinement le cas avec The Dark Knight, qui cristallise une défense de l’idéologie et de la politique menée par le gouvernement Bush ces dernières années. Et, puisque tout ou presque a été dit en ce qui concerne la réalisation, l’interprétation, la photographie ou encore le montage de ce film, il nous a semblé intéressant de réfléchir autour des mécanismes plus ou moins visibles qui en font une œuvre à caractère politico-moral.

 

Depuis la guerre en Irak, illégitime, et surtout depuis le 11 septembre, traumatisant, (les deux « événements » ayant été indûment reliés l’un à l’autre et amalgamés), les Etats-Unis sont dans l’obligation de repenser la grammaire de leurs mythes post-seconde guerre mondiale, et donc les figures classiques de l’héroïsme et du mal. Ici, la représentation mythique apparait non-seulement comme une façon de penser le réel, d’en rendre-compte, mais aussi comme la marque manifeste d’un « inconscient collectif ». The Dark Knight en est une nouvelle illustration, qui vient remuer au plus profond les peurs contemporaines des USA. Considérons, depuis ces deux dates, que les américains traversent une crise d’identité morale dont Batman apparaît être le symbole. Il veut toujours faire le bien mais le processus est devenu flou. La ligne de démarcation entre le bien et le mal s’estompe au fur et à mesure qu’il s’enfonce dans la lutte. Il doute et doit enfreindre la seule règle qu’il s’était juré de ne jamais enfreindre. (Le meurtre ? Bâfrer les droits civils ? Guantanamo ? cf : la scène de l’interrogatoire du Joker par Batman). Surtout, Batman est un hors-la-loi,  au sens des termes « au-dessus des lois » chers à l’absolutiste Jean Bodin, et prétend nettoyer Gotham au karsher. Point fondateur, l’occupation de Bagdad s’est faite dans l’illégalité sur le plan international, contre l’avis-même du Conseil de sécurité de l'ONU (violation de la Charte des Nations Unies). En un mot, les USA ont fait leur propre loi et leur propre police. (Faire le bien des autres malgré eux, l’enfer est pavé de bonnes intentions). La guerre en Irak, ainsi considérée, est aussi très révélatrice d’un rapport schizophrénique à la justice (faire sa justice en croyant rendre la justice). Batman emblématise tout cela. Dans le métrage, il met Gotham sur écoute (30 millions d’âmes), ce qui n’est pas rien en termes d’éthique et de moralité. (Le système de surveillance ne sera pas sans rappeler insidieusement les pratiques de la CIA). De même, il fait des choix qui engendrent des sacrifices au nom de la vérité effective ; pour en sauver cent, il faut parfois en condamner dix. Certes, le réalisateur fait passer Batman par une longue phase de doute et d’interrogation. Néanmoins, on le voit, le bon samaritain qui protège la veuve et l’orphelin, le héros civilisateur, doté d’un caractère tout uniquement positif, a fini par tomber pour de bon dans un puits sombre. Mais souvenons-nous, Bruce Wayne n’était alors qu’un enfant.  Aujourd’hui, Batman est adulte dans un monde d’adultes, ce qui n’était pas tout à fait le cas sous le regard burtonien, et il a laissé derrière lui les idéaux et les contes manichéens de l’enfance, ceux qui se terminent toujours bien. Cet âge d’or largement exploité par Hollywood est révolu ; la civilisation adulte est devenue fondamentalement porteuse de souffrances. A soi seul, cela souligne à quel point le malaise évoqué par Freud demeure au cœur de nos sociétés (Malaise dans la civilisation). Bien-sûr, Batman reste une espèce de sauveur de l’humanité, mais il est, dans le même temps et pas si paradoxalement que cela, devenu un impossible messie. De l’idole noire au mensonge pieux, le pas est franchi. L’Amérique n’est plus lumineuse ni tout à fait irréprochable sur le plan moral et il s’agit de le justifier. Comme toujours, le cinéma arrive à point nommé. Le propos devient alors machiavélique : les données de la politique sont impures par essence et le sage (le bon) est impuissant à faire régner l’ordre. L’unité et la stabilité de l’Etat constituent des fins en soi que seul l’exercice de la force permet d’atteindre. Alors, si pour assurer la pérennité de l’Etat, le prince doit parfois commettre des actes immoraux, qu’importe. On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs et il faut parfois se salir les mains pour agir efficacement.  Voilà l’un des messages du film. (De surcroît, Batman porte des gants).

    

     Machiavel, comme le propos de The Dark Knight, renonce aux idéaux classiques, ou plutôt renverse la raison d'État classique pour se consacrer à la vérité effective. Ainsi inaugure-t-il une pensée des conditions modernes de la politique, pensée sans concession qui souligne l’écart séparant la vie telle qu’elle devrait être idéalement et telle qu’elle est effectivement. Or, le mal est une de ses principales composantes et l’usage de la force est nécessaire pour combattre. (Aux chapitres III et VIII du Prince, le florentin va mettre en valeur le caractère substantiel du mal et montrer que l’action efficiente doit s’appuyer sur ce mal afin d’agir efficacement ; tout le monde connait l’expression « qui veut la fin justifie les moyens »). Vu ainsi, Batman ressemble de plus en plus au prince George W. Bush, et le laïus final du film, au-delà de l’apologue, pourra être entendue comme une ode à sa politique internationale:

- L’enfant : « Il n’a rien fait de mal » (comprendre : les USA n’ont rien fait de mal).

- Le père : « parce qu’il est le héros que Gotham mérite (comprendre : les USA mais aussi le monde et la civilisation toute entière), parce que ce n’est pas un héros, c’est un gardien silencieux qui veille et protège sans cesse. ».

 

Ainsi entrons-nous dans le théâtre d’un progressif et irréversible « désenchantement du monde ». La civilisation est devenue synonyme de corruption, de mensonge, de vice et de crime. Elle nécessite maintenant un être capable de passer de l’autre côté de son miroir. Take a walk on the dark side. Clairement, l’Amérique s’est métamorphosée en « super anti-héros » et entend faire entrer en douce cette donnée dans l’imaginaire collectif. Nous l’avons dit, cela nécessite la refonte des mythes manichéens qui ont façonné l’idéologie US depuis 1945. (Rappelons que les tous premiers adversaires de l’homme chauve-souris étaient les japonais et les nazis.). Aujourd’hui, Batman n’apparait plus comme l’incarnation du Bien le plus pur et son action n’est plus un paradigme ; au contraire, elle est condamnée à être incomprise, d’où l’aspect souterrain et nocturne de ses agissements. Plus encore, et le film ne nourrit pas d’ambiguïté sur ce point, dire la vérité est dangereux. Voilà qui peut faire mal à entendre. L’opinion publique, naïve, pour n’en pas dire plus, n’a rien à savoir. De même, si le Joker représente la figure du mal absolu, (absolu car sans motif, nihiliste), il cristallise surtout une image erronée du terrorisme et de l’ennemi en général. (cf : l’épisode des bateaux). En effet, la figure du Joker laisse à penser que les terroristes sont de purs cinglés et que leurs comportements ne s’expliquent pas sous un angle manichéen, et d’ailleurs ne s’expliquent pas du tout. («Certains hommes veulent juste voir le monde partir en flammes », ou encore, dans une distorsion nietzschéenne, « Ce qui ne te tue pas te rend plus étrange ».). La haine et la détermination des ennemis – et comment ne pas penser ici à Al-Qaïda ? – seraient donc insensées et dénuées de tout principe (voir la scène d’introduction où le gardien de la banque hurle au sol : « avant ici, les criminels avaient des principes au moins ! » ; voir aussi la séquence plutôt explicite où apparait un camion de pompier en flammes). Ici, on cherche à occulter ou réduire à néant ce qui fonde l’idéologie terroriste. (A contrario et derrière sa folie, le Joker de Burton avait, lui, des principes : pouvoir, argent, conquêtes, conception de l’art contemporain…). Dans le même temps, la figure du Joker étant décidemment bien commode, ce mécanisme vient valider le discours ultra-sécuritaire prôné par l’administration Bush.

 


Le Mal nouveau serait donc arrivé, celui qui se marre en faisant sauter les hôpitaux. Comme nous l’avons dit, certaines concessions (morales) s’imposent pour combattre ce fléau moderne. Le destin de Batman sera désormais d’évoluer dans les nuances, entre chien et loup, à la limite de ce qui est légal et de ce qui ne l’est pas, à la frontière du bien et du mal. Son masque lui-même semble faire la gueule, mais il faut bien s’occuper du sale boulot. Déjà, dans le premier opus de Nolan (Batman Begins), Batman devait s’imprégner du mal pour le combattre. Dans The Dark Knight, il est à la limite d’en faire partie, par nécessité. Car, puisque ce qui fonde l’identité du mal s’est métamorphosé, l’antidote doit lui aussi évoluer. Le remède, alors, devient ambigu, trouble et surtout peu compréhensible pour l’opinion publique très moraliste des américains. (On détruit symboliquement le phare qui appelle Batman dans la nuit, même constat lors de l’épisode des bateaux lorsque le  détenu jette le détonateur – comble de mauvaise foi d’un peuple sans reproche qui conçoit que sa lie-même est vertueuse et fondamentalement bonne.). C’est aussi la raison pour laquelle le film insiste à ce point sur la représentation de l’héroïsme, sujet sur lequel Machiavel n’est pas en reste. Batman n’est plus un modèle (dark) mais le politicien Harvey Dent en est un, plus lumineux et consensuel (il passe très bien à la tv). L’Amérique a certes besoin de son White Knight, emblème nécessaire, mais il faut bien voir la vérité en face, ce n’est qu’une illusion, un marionnettisme, l’action efficiente se jouant à l’insu de tous, lorsque le peuple dort. Ou rêve. Le peuple n’a pas à savoir puisque, répétons-le, dire la vérité est dangereux. Ici, on retrouve pleinement Le Prince de Machiavel, a qui il est très vivement conseillé d’avancer masquer, mi-renard mi-lion. ("Il faut donc être renard pour connaître les rets, et lion pour effrayer les loups ». Chapitre XVIII). Premier point, on constate que le penseur florentin reprend le fond animal de l’homme et le transporte sur le terrain de la dualité : "De ce fait, il importe qu’un prince sache adroitement user de l’homme et de la bête." Or, Batman fait cela à merveille, n’oublions pas qu’il s’agit d’un homme chauve-souris qui n’a d’autre pouvoir que cette dyade en lui. Second point, le masque est un impératif pour quiconque entend maintenir l’ordre. Il s’agit d’être simulateur et dissimulateur, selon les vents de la fortune. Evidemment, la moralité américaine prend à nouveau un coup dans sa superbe, surtout si l’on se réfère au maître en la matière, Kant, pour qui le mensonge est dans tous les cas moralement condamnable. Ah, Kant ! lui répondrait Batman, je te croyais plus fort que ça… Car ici, on parle de réalité effective et il n’y pas de happy end possible. En revanche, bien que le héros reparte éreinté, cassé et totalement isolé, au lever du jour sur son fidèle destrier, il ressort toutefois de cette aventure comme on sort d’un doute, convaincu du bien-fondé et de la légitimité de son action. Le monde contemporain, corrompu, vil et immoral, aura ici et maintenant son double pour gardien, celui qu’il mérite.


Pour finir, on ne sera guère surpris d’apprendre que le scénariste et dessinateur actuel du Batman version comics, Frank Miller, prépare une nouvelle BD,  « Holy Terror, Batman! », qui verra le justicier masqué affronter directement Oussama Ben Laden. (Gotham sera attaquée par Al-Qaïda et Batman devra défendre la ville qu’il aime). Bien que le titre prête à sourire, puisqu’il joue avec l’expression récurrente de Robin, la BD ne se cachera pas derrière son petit doigt pour aborder ce sujet sensible. D’ailleurs, Miller ne dissimule pas le vrai but du livre qu’il qualifie de « morceau de propagande ». Selon ses propres termes, « Batman va donner un bon coup de pied au cul d’Al-Qaïda ! ». Bref, on l’aura compris (les scores au box-office de The Dark Knight parlent d’eux-mêmes), la machinerie Hollywood n’a pas fini d’asséner de gros coups dans l’imaginaire et l’inconscient collectifs pour nous expliquer comment re-penser, à la sauce américaine, la donne morale et la trame politique du monde du XXIème siècle.

 

Par Baccawine - Publié dans : Fantastique/Horreur - Communauté : Cinéma
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