Une fois n’est pas coutume sur ce blog, nous allons parler d’un livre. Un essai philosophique ? Un traité sociologique ? Une étude économico-psychologique ? Que nenni. Il s’agit de Porno, de Irvine Welsh, qui n’est rien de moins que la suite de Trainspotting, (premier roman du même auteur), qui fut porté à l’écran en 1996 par Danny Boyle et donna le film culte des années 90 que nous connaissons. Plus de onze ans après ce métrage, I. Welsh nous offre une suite aussi déjantée que captivante, que l’on se refuse à lâcher et que l’on a envie de raconter à tous ses potes. Tout le monde se souvient plus ou moins de Renton, Sick Boy, Spud et mon préféré Begbie « le Beggar ». Que sont-ils devenus ? Dans Porno, nous retrouvons tous ces protagonistes dix ans plus tard, toujours en galère sous la pluie d’Edimbourg. Cette fois, leur projet est de monter Le film X du siècle… Bon, d’un côté je n’ai pas envie d'en dire trop, pour ne pas déflorer ce grand plaisir de lecture, mais de l’autre je ne résiste pas à l’envie de vous mettre en appétit…
Si l’excellentissime roman Trainspotting était
hautement cinégénique, on peut affirmer sans sourciller que Porno l’est encore plus. C’est même principalement cette constatation qui motive ce billet. Dés aujourd’hui, je suis prêt à
prendre les paris : Porno sera adapté au cinéma, (interdit au moins de seize ans oblige). Cela pourrait même être un gros succès au box-office pour peu que le réalisateur sache se
montrer à la hauteur de la matière on ne peut plus riche qu’il aura à exploiter. Car le bouquin est succulent : Humour croustillant (au moins une situation hilarante par page), suspens
haletant (après l’avoir arnaqué, Renton se trouvera-t-il à nouveau sur le chemin de Franco Begbie ?), un récit à la première personne (Renton était le narrateur de Trainspotting,
cette fois c’est Sick Boy qui s’y colle) qui permet au lecteur de s’attacher et de sympathiser avec chaque personnage. On a l’impression de les avoir quittés hier. De les connaître comme s’ils
habitaient l’étage du dessous. En un mot, Porno est un nouveau chef-d’œuvre. A titre personnel, je le trouve même plus jouissif que Trainspotting. Tout d’abord, il est nettement
moins glauque (un seul passage un peu difficile) et surtout extraordinairement plus drôle. La psychologie des personnages est elle aussi plus poussée, les fans retrouveront un Francis Begbie plus
enflammé et impulsif que jamais (le passage où il fait la morale à son fils est à lui seul un monument de l’humour) ; un Sick Boy carriériste dans l’industrie du X,
égocentrique et fascinant, un Spud qui n’a pas bougé, toujours aussi touchant ; quant à Renton, sacré enfoiré, qu’a-t-il fait de tout ce fric ?... bref, un grand moment de
bonheur ! Concernant le scénario, il est malin comme tout. Welsh ne s’est pas lancé dans une suite gratuite, qui bisserait les recettes éprouvées de Trainspotting, loin de là. Son
histoire est originale et le lecteur s’y laisse facilement prendre, voire manipulé. Pour ce qui est des dialogues, tous plus savoureux les uns que les autres, ils sont rigoureusement élaborés et
efficaces.
Dix ans, donc, se sont écoulés depuis leur dernière association. Le monde a changé, les drogues et la musique aussi, même leur bon vieux quartier de Leith, Edimbourg, est en
pleine mutation. Ca, il n’y a pas à dire, Welsh s’y entend pour parler de son Ecosse natale. L’auteur à même une théorie très intéressante qui explique la psychologie du peuple
d'Ecosse relativement au temps qu’il y fait. Bien-sûr, comme pour l’épisode précédent, c’est un récit à portée sociale qui se dresse derrière les pérégrinations de nos héros en mal d’adaptation.
Porno, c’est surtout l’histoire de petites gens, finalement. Des êtres un peu égarés (chômage, alcool, divorce, drogue) qui ne trouvent pas la place dont ils avaient rêvé. Mais ils n’ont
pas renoncé. Welsh trouve alors dans ces espoirs aussi beaux que pathétiques un lieu d’émotion saisissant qui constitue la trame du roman. (J’ai, pour ma part, franchement adoré le dialogue avisé
qu’entretient Sick Boy avec Sir Alex Fergusson (entraîneur écossais de l’équipe de football de Manchester United), qui forme un des fils-rouges de l’histoire.)
Evidemment, lire un bouquin intitulé en gros caractères jaunes PORNO, dans le métro
ou sur la plage, n’est pas toujours chose facile. On vous regarde d’un drôle d’œil. Ma conjointe elle-même, quand je suis rentré tout excité de la Fnac et que je lui ai tendu mon édition, a levé
les yeux au ciel en marmonnant « tout un programme… ». C’est bien là une des volontés affichées de l’auteur, jusque sur la couverture, que de chercher à s’opposer, voire à briser,
toutes convenances et codes moraux. Le roman se veut donc gentiment, mais sûrement, « politiquement incorrect ». Sexe, mensonges et vidéo y jouent un rôle prépondérant et l’on devine
que le bois des barreaux qui forment l’échelle de leur ascension sociale est assez pourri pour qu’ils passent au travers. Qu’importe, l’essentiel est dans l’entreprise, sa logistique et son
professionnalisme. Réaliser un film X n’est pas une mince affaire et Welsh en profite pour démonter cyniquement les rouages de l’univers du porno (cf : l’inénarrable expédition à Cannes pour
les Hots d’or). Tout y passe, la création, la production, mais évidemment, et surtout, l’image de soi, notre rapport au corps, le voyeurisme, la possession ; « Le truc, c’est qu’on
vit dans une société anale. »
Bref, je parle, je parle et je m’aperçois que j’en ai déjà trop dit. Si vous chercher un bouquin pour cet été qui approche, je ne saurai que trop vous le conseiller. Si vous partez en vacances avec une tante un peu rigide et morale, il vous faudra bien-sûr fabriquer une couverture de fortune (par exemple, Critique de la Raison pure, de Kant) pour camoufler vos ébats estivaux dans le porno. A moins que vous ne préfériez vous y jeter sans fausse pudeur, et vous découvrirez peut-être que sous la vieille peau de votre tante se cache en fait une « Tata Suzette » qui ne demande rien d’autre qu’un peu de coke et de sexe.
● Éditeur Au diable vauvert
● Année de publication 2008
● Prix recommandé 20,00 €
● Du même auteur :
- Trainspotting, roman, Editions Points
- Ecstasy, nouvelles, Editions Points
- Une ordure, roman, Editions Points
- Recettes intimes de grands chefs, roman, Au diable vauvert
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Avant de s’attaquer à ce projet singulier, Donal MacIntyre était
déjà réputé pour être le journaliste-reporter
La vie de gangster, c’est pas rose tous les jours. D’abord, on commence tout en bas, videur
de night-club ou quelque chose dans le genre, puis on évolue, et un beau jour on se retrouve tout en haut, patron de la pègre de Manchester. Faut pas croire mais y en a des paramètres à gérer
pour se maintenir à ce niveau. C’est dans cette orchestration de la vie et du statut d’un Parrain que nous sommes donc embarqués. Le fantasme de HBO concrétisé, Noonan n’étant pas sans rappeler
un certain Tony Soprano, sauf que lui est bel et bien réel. Evidemment, ce n’est pas un conte de fée et l’on donnerait cher pour ne jamais croiser sa route. De prime abord, Noonan est
maléfique. ("J'ai décapité son chien et mis sa tête sur la table, et ce mec ne m'a plus jamais ennuyé" [...] " Flingue ceux qui veulent te flinguer "). La scène où son propre frère,
Desmond "Dessie" Noonan, qui sera assassiné pendant le tournage, agrée en jouant sur les mots être l’auteur d’une bonne dizaine de meurtres est franchement stupéfiante. Néanmoins, nous le
disions, au fur à mesure que progresse le documentaire, Noonan s’humanise et l’on découvre, derrière sa face lunaire, une certaine bonté solaire. Le spectacle des éclipses ne manque jamais de
nous attirer et de nous étonner, et c’est sous cet angle que le réalisateur nous présente le héros bicéphale. Ce dualisme permettra une certaine compréhension de la psychologie du truand. Depuis
les tous premiers films de gangsters, muets, précisément depuis The Penalty (1915) de Ray Myers, peur et sympathie mêlées ont toujours constitué les caractéristiques du truand et
MacIntyre s’appuie allégrement sur cette recette éprouvée. Par exemple, lorsque Dominic Noonan face caméra révèle son homosexualité ou lorsqu’il avoue sans fausse pudeur avoir été victime de
sévices sexuels dans son enfance. Difficile alors de ne pas tenter de s’expliquer la bête. En outre, s’il ne respecte pas la loi, on ne découvre pas en lui un être dénué de valeurs, au
contraire ; il rêve finalement d’instaurer et de faire respecter ses propres règles (il dispose d’ailleurs dans son quartier d’un poste de police). Chez les Noonan, on est gangster de
père en fils. Qu’y en ait pas un qui s’avise d’étudier. Ici, le poids de l’héritage, ainsi qu’une forme de déterminisme, nous sont superbement donnés à voir. Dominic Noolan tout d’abord, mais
aussi la ribambelle de minots qui jouent les seconds couteaux en prenant la pose en toile de fond. Ces enfants dont le destin semble tracé, têtes mancunnienes plus rouges encore que le maillot de
United, sont admirablement filmés.
On sent dans la mise en scène une certaine attirance du réalisateur, voire même
une certaine tendresse pour le clan Noolan. Non seulement Donal MacIntyre est gentiment complice de l’autopromotion du malfrat, riche en bagout (s’il s’agissait d’un acteur, on aurait dit de lui
qu’il surjoue), mais également, chacun des plans est travaillé, esthétisé, de telle sorte que les gangsters s’en trouvent quasi-magnifiés. Ca, ils en ont de l’allure dans leurs trois pièces
impeccables. On arrive là à un point où le film de gangsters influe sur les gangsters eux-mêmes. Le clin d’œil à Tarantino n’est pas exclu tant les ressemblances avec Reservoir Dogs sont
manifestes (ne serait-ce que pour les plans séquences au ralentit où débarquent les truands sapés comme pour une communion). Le prêtre a une soutane, le magistrat une toge, l’épicier une
blouse ; le gangster a lui un costard. Depuis qu’il existe des gangsters, le complet est bien plus qu’une forme d’élégance ou de romantisme du banditisme, c’est surtout un badge, une carte
de visite, qu’il soit rayé ou uni, qui annonce d’emblée la profession. Attention bandits ! Dominic Noonan et sa bande ne dérogent pas à cette sacro-sainte règle du milieu. Le respect des
traditions se doit d’être entretenu. Point. Pour renforcer cette image très cinématographique des mafiosi, MacIntyre les cadre souvent à la manière d’un clip, utilisant une bande-son commerciale
parfois elle aussi en décalage avec le fond. Le tout en noir et blanc, comme un hommage. Visiblement, MacIntyre s’amuse avec nous. Plus le documentaire avance et plus l’on se croirait dans une
fiction.
Tourné en 2006, A Very British Gangster présente en filigrane une critique de la politique mené par Tony Blair à
l’occasion de son troisième mandat. Les sujets de discussion s’y référant très souvent. Rappelons qu’à cette époque, Blair entreprenait dans tout le pays une réforme majeure de l’éducation et
menait dans le même temps une guerre ouverte au banditisme dans lequel il voyait la principale gangrène de Royaume. Pour quels résultats, interrogent Noonan et ses proches.