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" Qu'il  s'agisse de penser le devenir ou de l'exprimer, ou même de le percevoir, nous ne faisons guère autre chose qu'actionner une espèce de cinématographe intérieur. Le mécanisme de notre connaissance usuelle est de nature cinématographique." 
                             
                                   H. Bergson, l'Evolution créatrice.





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Bonjour à tous !


 

Bienvenue à tous les amoureux du 7ème art...

 

Ce blog se propose de porter un regard analytique sur le cinéma d’aujourd’hui et d’hier. Un coup d'œil également sur le parcours des dernières sorties Ciné et DVD. Ici, on décortique le film, on donne son avis, on parle de nos coups de cœur, etc.  N'hésitez pas à laissez vos commentaires.

 

Bonne lecture...

 


 

 

Jeudi 26 juin 2008


Bonjour à tous, ami(e)s  cinéphiles!

 
Le quizz-ciné de Baccawine est de retour!

Cette semaine, l'ambiance est à la détente, je vous propose de relier 20 répliques relativement cultes de l'histoire du 7ème art au film qui correspond. Facile...

Du genre:

"- Vous allez arrêter de faire le pitre quand je vous parle !
-  Mais je ne fais pas le pitre, le terrain se dérobe sous mes pieds.
-  Et pourquoi je ne m'enfonce pas moi ?"

a - Camping
b - La chèvre
c - L'arme fatale

Je compte sur vous pour laisser vos résultats dans les commentaires.
Bon jeu !


Pour accéder à mon quizz "C'EST KIKIKI L'A DIT ?", cliquez ICI
par Baccawine publié dans : Quizz cinéma communauté : Cinéma, Cinémaaa
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Dimanche 15 juin 2008


Fiche technique :
  • Titre original : Raging Bull
  • Réalisation : Martin Scorsese
  • Interprètes : Robert De Niro, Joe Pesci, Cathy Moriarty, Franck Vincent, etc.
  • Scénario : Paul Schrader et Mardik Martin
  • Directeur de la photo : Michael Chapman
  • Musique : Robbie Robertson
  • Montage : Thelma Schoonmaker
  • Date de sortie en France : 25 mars 1981
  • Film américain
  • Genre : drame
  • Durée : 129 minutes

 

     Que l’on aime ou non la boxe, il faut bien reconnaitre que Raging Bull est un film indispensable et brillantissime, très différent et beaucoup plus profond que l’ensemble des films de boxe auxquels nous sommes habitués. Inutile de rappeler à quel point le « noble art » est une discipline cinégénique [Nous avons gagné ce soir, Plus dure sera la chute, Rocky, Hurricane Carter, Million Dollar Baby, etc.]. Certes, Raging Bull retrace l’histoire du célèbre boxeur Jack La Motta, tirée de ses Mémoires, Comme un taureau sauvage. Toutefois, au-delà de l’aspect sportif,  – on oublie souvent que le film ne comporte que quinze minutes de combat –,  c’est au portrait ambivalent d’un être brutal en quête de rédemption, truffé de références personnelles à Robert De Niro, ainsi qu’au paradigme du parcours normal d’un boxeur, auxquels nous confronte le maître Scorsese. Attention, chef-d’œuvre de l’histoire du cinéma !

La genèse du biopic

     Initialement, Martin Scorsese ne voulait pas faire le film. La boxe ne l’intéressait pas le moins du monde et, selon son point de vue, la fin des années soixante-dix avait déjà engendré suffisamment de films sur la boxe pour prendre ce risque. C’est, par conséquent, grâce à l’acharnement de son ami, et acteur fétiche, Robert De Niro que l’œuvre verra le jour. A ce titre, la genèse du projet est très intéressante. En 1974, R. De Niro, amateur de boxe s’il en est, découvre le livre de Jack La Motta (publié en 1970) et s’enflamme tout de suite pour cette histoire pas si éloignée que cela du gangstérisme. Précisons tout de suite que La Motta fut un excellent pugiliste. Les Français le connaissent principalement pour avoir ravit le titre de champion du monde des poids moyens à Marcel Cerdan, le 28 octobre 1949 (La Motta amena Cerdan, par ses habiles esquives, à la déchirure musculaire). C’est d’ailleurs à l’issu de ce combat d’anthologie (pour les Français seulement, car les Américains ne l’ont pas conservé en mémoire) que La Motta hérita de son fameux surnom « le Taureau du Bronx ». 

Les « Taureaux du Bronx »

     Revenons à ses Mémoires, Comme un taureau sauvage qui inspirèrent à De Niro le film. Manifestement, l’acteur a cru s’y retrouver.  En effet, La Motta décrit sa jeunesse comme celle d’un jeune Américain d’origine italienne, à moitié analphabète, pauvre et toujours à l’affût d’actes propres à la petite délinquance (on peut là reconnaitre, en substance, la trame de Il était une fois le Bronx, première réalisation de De Niro).  Le boxeur se dépeint lui-même comme un esprit fruste, qui cogne d’abord et réfléchit ensuite. Une brute épaisse avec un cou d’animal. Plus encore, La Motta s’accuse, fanfaron, d’homicide sur la personne d’un bookmaker, ou encore de viol. Il n’a commis ni l’un ni l’autre mais cela donne une idée du personnage. Le film, très peu complaisant, donne d’ailleurs à voir un homme impulsif au possible, qui bat sa femme (les boxeurs ne montent pas sur le ring que pour de l’argent) et qui en vient à culpabiliser de ne pas parvenir seul à dompter son tempérament. (Ses colères passées, il regrette le mal fait). Bref, le parcours de La Motta n’a pas besoin d’être retouché et constitue à lui seul un scénario élaboré selon les règles de l’art. La Motta se retrouve en prison pour une broutille. Il assomme d’emblée trois gardiens avec ses poings. Fin du premier acte. Entre en scène l’inévitable prêtre plein de bonnes intentions qui va l’orienter vers la boxe (considérée comme une école de vie) afin de contenir, voire de dresser, la bête qui est en lui. La Motta prend d'emblée une correction par un boxeur expérimenté et décide alors d’apprendre sérieusement la technique et les règles de ce sport. Rapidement, on découvre en lui des aptitudes. La boxe canalise son tempérament autant que cela est possible. On le voit, que d’analogies entre le « noble art » et le « septième art », entre La Motta et De Niro. Bien-sûr, ce dernier prétend n’avoir tué ni violé personne, mais il est le premier à avouer que c’est le cinéma qu’il l’a placé sur le droit chemin. Fin du deuxième acte. Le boxeur s’acharne alors à apprendre son métier ; comme on s’en doute, il obtiendra une sévère revanche sur celui qui l’a mis au tapis, et le voilà parti pour devenir le meilleur au monde ;  la gloire, la célébrité puis la déchéance au bout de la route. Saupoudrez d’un zest de magouilles et d’amour-passion tout ce troisième acte et vous tenez un scénario de qualité.


Du  « noble art » au « 7ème art » : la subjectivité

Mais Martin Scorsese n’est pas décidé. En 1978, De Niro a alors 35 ans et il insiste lourdement auprès de son ami pour qu’il accepte de réaliser le film. « Je n’ai plus que deux ans pour faire subir ça à mon corps. C’est maintenant qu’il faut tourner. » Le cinéaste, entre de graves problèmes de santé et son peu d’enthousiasme pour le projet, tergiversa pendant environ deux ans avant d’accepter, par amitié essentiellement. Sa seule exigence consistait à ne pas faire un film de boxe comme les autres. Dés-lors, De Niro entra dans une phase d’entraînement intensive. Ecrivons-le tout de suite, sa performance est fantastique, non seulement pour sa transformation physique mais surtout pour l’intensité de son jeu, tellement authentique. Sa générosité déborde de chaque plan. Ce rôle lui vaudra d’ailleurs l’Oscar du meilleur acteur en 1980. Pour Taxi Driver, De Niro avait déjà conduit un taxi pendant trois mois dans New York. Pour Raging Bull, il resta fidèle à sa méthode et sua chaque jour sang et eau sur le ring, sous la houlette de Jack La Motta lui-même. La légende raconte qu’au bout de six mois de ce régime de forçat, De Niro n’était pas loin d’avoir atteint le niveau professionnel. Pour preuve, lorsque pour les besoin d’une scène, Scorsese demanda à De Niro et Pesci de se « friter » l’un l’autre, ce dernier, pourtant ancien boxeur amateur, y laissa deux côtes fracturées. Bref, De Niro était affûté comme jamais et les séances de tournage des combats purent commencer. Comme prévu, Scorsese ne filma pas ces combats de manière standard et entreprit une vraie réflexion sur leur rendu esthétique. A tous points de vue, le spectateur en prend plein la tronche. La violence de ces combats (quatre au total) évolue crescendo et le son des coups semblent de plus en plus sourd et crédible. La douleur est palpable. Le boxeur est plus que jamais un fauve en liberté surveillée et le ring est un lieu sacré où il peut délivrer ses pulsions et son agressivité naturelle. Pour créer cette énergie et cette dureté, le réalisateur prend le parti-pris de n’utiliser qu’une unique caméra et de la placer à l’intérieur même du ring, ce qui nécessitera la construction d’un ring deux fois plus grand que de normal. Le cadrage est très agressif. En outre, certains plans séquences nécessitent que les mouvements soient chorégraphiés et synchronisés au millimètre. Un véritable ballet. Toute la virtuosité et tout le bagage technique de Scorsese se trouvent ici condensés (plongées, contre-plongées, travellings, panoramiques, etc., tout y passe). Derrière les flashs des photographes qui crépitent, les visages apparaissent en gros plan et le sang et la sueur coulent abondamment sans que l’on puisse visuellement les dissocier. Là encore, l’utilisation aussi épurée que crépusculaire du noir et blanc est on ne peut plus judicieuse et laisse une impression de brouillard et de peur. Nous sommes pour de bon dans la peau du boxeur. Nous encaissons avec lui. Jamais l’intensité d’un combat de boxe n’aura été aussi bien restituée. Au final, ces quinze minutes de combats auront nécessité dix semaines de tournage et seize semaines de montage. Précisons que c’est à Thelma Schoonmaker l’on doit ce montage, lequel lui vaudra un Oscar en 1980.

     La suite du tournage prend une large part dans la réputation d’acteur-total De Niro, dans la mesure où elle le conduira, afin d’incarner la déchéance de La Motta, à prendre quelques trente kilos en quatre mois. A l’image d’un boxeur, il n’hésite pas à mettre en jeu sa santé. Des litres et des litres de bières furent sa « pénitence » mais il faut bien reconnaitre que, sans autres effets spéciaux que le maquillage, la transformation est bluffante. Le visage bouffi et marqué est quasi-méconnaissable. Notons que sept ans plus tard, pour le rôle d’Al Capone qu’il incarne dans Les Incorruptibles (1987), de Brian De Palma, De Niro préférera porter une prothèse plutôt que de faire subir à nouveau à son corps ce calvaire.


Un regard objectif sur le monde de la boxe

                                                                                                                                                                                                                
     A travers La Motta, c’est une image assez réaliste de la boxe et des boxeurs que nous percevons. En effet, le parcours de La Motta cristallise un paradigme assez récurrent chez les boxeurs qui ont connu les sommets : ombre, lumière et ombre. Bien rares sont les pugilistes qui ont parfaitement réussi leur reconversion. (Mohamed Ali est l’exception qui confirme la règle).  Certes, La Motta eut la sagesse d’ouvrir un restaurant et de ne pas trop se perdre dans la comptabilité. Reste néanmoins que la fin du film met littéralement en scène une dialectique de l’oubli qui symbolise très bien le parcours normal et triptyque d’un boxeur. On y voit un La Motta lourd et beauf (ah, les mimiques de De Niro…), qui n’a rien appris et qui est retombé dans la médiocrité. Plus encore, le boxeur est torturé par son tempérament et demande implicitement à être puni pour le mal qu’il n’est pas parvenu à chasser en lui (violence, impulsivité, égoïsme, etc.). Le compte-rendu psychologique du déclin évolue donc dans les nuances et la dualité. Sur ce point, le métrage est encore une fois à la hauteur et l’objectivité redevient dominante. En effet, si les combats nous ont été donnés à voir de l’intérieur, la déchéance de La Motta est, elle, envisagée d’un point de vue externe. Ce changement de perspective qui permet le glissement de la subjectivité à l’objectivité apparait comme un nouveau coup de génie du réalisateur : ici, la boxe est dévêtue de son manteau de rédemptrice, elle ne corrige que les plus doués, mais renvoie les autres à leurs faiblesses. Dont La Motta. « Quelle profession a jamais laissé plus d’épaves dans son sillage ? La boxe est un sport viril et noble, mais elle n’offre dans la plupart des cas aucune compensation. » (Gene Tunney,  La vie est un combat). En l’occurrence, il s’agit de remplacer le mot « compensation » par celui de « rédemption ». En effet, au-delà de la boxe, c’est  l’angle psychologique, et plus précisément l’échec de l’entreprise de salut et de rachat de l’homme qui donne autant d’épaisseur au film. Ainsi, de façon très lucide, Scorsese nous donne finalement à voir la propension du boxeur à l’auto destruction, le pathétisme de sa quête expiatoire, et les problèmes psychologiques que pose la « réinsertion » du combattant, individu habitué à laisser s’exprimer sans entrave sur le ring son énergie la plus sauvage, dans un univers collectif et social peu à sa taille.

     Pour finir, je vous propose de visionner le générique (2mn30) de début de Raging Bull. La musique, extraite de l'opéra Cavalleria Rusticana (écrit par Mascani), qui accompagne les images du héros pratiquant le shadow boxing avant le combat (littéralement « boxer contre son ombre »), est là pour signifier inconsciemment au spectateur la profondeur du drame qui va se jouer, ainsi que la peur, le courage et la concentration qui habitent le boxeur à cet instant. En un mot : « SUPERBE ».

                           
                               
                           
                        
par Baccawine publié dans : Drame communauté : Ciné DVD
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Lundi 9 juin 2008

 




FICHE TECHNIQUE :

                Titre original : The Gods Must Be Crazy

Titre français : Les Dieux sont tombés sur la tête

Réalisation : Jamie Uys

Interprétation : N’Xau, Marius Weyers, Sandra Prinsloo

Scénario : Jamie Uys

Montage : Jamie Uys

Musique originale : John Boshoff

Directeurs de la photographie : Robert Lewis, Buster Reynolds

Format : couleur - 2:35 - mono

Durée : 109 min

Dates de sortie : 1980 (Afrique du Sud) – 19 janvier 1983 (France)

                                                                                                                                                                                                                
     Petit, je me souviens vaguement m’être bidonné en regardant Les Dieux sont tombés sur la tête. Surtout le sketch de la jeep qui n’a pas de frein ainsi que les courses filmées en accéléré à la Tex Avery.  Aujourd’hui, une vingtaine d'années plus tard, je m’aperçois qu’il ne s’agissait pas uniquement d’une fable burlesque à voir en famille. Le film était aussi une occasion, assez intéressante pour l’époque,  d’analyser l’incompréhension entre les cultures, en l’occurrence la culture américaine/occidentale et celle des bushmen. Cette ethnie réduite, fantasme d’une nature à disposition et d’un Eden perdu, vivait heureuse et insouciante dans le désert de Kala-Hari lorsqu’une bouteille de coca-cola jetée d'un avion atterrit sur son sol et ne tarde pas à provoquer la discorde en son sein. Sur le coup, les indigènes pensent que ce sont les Dieux qui la leur ont envoyée (qu’ils ont vu passer dans le ciel, un simple avion bien-entendu) et ils trouvent assez vite un certain nombre d'usages pratiques à cet objet. À tel point que la bouteille devient indispensable à la communauté; tout le monde se l'arrache et, d'un seul coup, les bushmen découvrent des sentiments et des attitudes qui ne les avaient jamais effleurés : la jalousie, la colère, la violence. Le conseil se réunit et Xhixho, un jeune chasseur, est chargé de ramener la bouteille maléfique aux Dieux. S’ensuit une odyssée qui servira d’alibi à une succession d'événements comiques dans lesquels les traits caractéristiques des deux cultures se verront dessinées. Certes, les contours sont exagérés et parodiques, mais en même temps la confrontation n’est pas gratuite. Elle nous permet de réfléchir autour de l’attitude ethnocentrique qui nous caractérise trop souvent, comme de nous interroger sur la valeur des civilisations. Plus précisément, Les Dieux sont tombés sur la tête semble proposer, pour peu que l’on regarde un peu entre les gags, une réponse à la question : peut-on dire d’une civilisation qu’elle est supérieure ou inférieure à une autre ?

Voici les 5 premières minutes du film (à mon sens l'un des meilleurs passages):

                          
                         
                            


     Ainsi que nous venons de l’esquisser, l’apparition de la bouteille de coca-cola (objet technique par excellence) dans l’univers naturel des bushmen n’est qu’un prétexte pour mener une réflexion autour du relativisme culturel et procéder à une apologie de la tolérance. [Les divers utilisations que réservent les bushmen à cette bouteille (marteau, flûte, récipient, loupe, etc.) sont toutefois très intéressantes sur le plan anthropologique, l’outil étant une réponse à nos limites physiques]. En soi, les pérégrinations du héros, parti rendre aux Dieux leur cadeau pernicieux, ne sont qu’anecdotiques, et même un peu lourdes et ennuyeuses à la longue. On peut dresser pareil constat concernant la réalisation très cartoonesque de Jamie Uys (cinéaste du Botswana), qui date de 1980 et qui, rendue possible avec deux francs et six sous, a incontestablement vieillie. Toutefois, ses qualités sont ailleurs, ne serait-ce que dans la composition très authentique et attachante de  N’xau, fermier bushman innocent et candide du Kala-Hari, qui interprète son propre rôle. Pour commencer, s’il est évident que la bouteille de coca constitue tout un symbole de la consommation et de l’idéologie US, on peut facilement deviner derrière ce paradigme une critique qui s’adresse à l’ensemble des sociétés occidentales industrialisées. Il est clair que les civilisations contemporaines laissent apparaître entre elles de profondes différences. Ici, quoi de commun en effet entre la civilisation ultra-industrielle et technologique américaine et celles des peuples comme les bushmen qui pratiquent la chasse et la cueillette ? On s’accorde à penser qu’il faut respecter ces différences, mais sous ce respect se dissimule bien souvent un jugement de valeur qui, par la comparaison même que l’on ne manque jamais de faire, nous amène à les interpréter en termes d’infériorité ou de supériorité. Ce jugement de valeur, totalement ethnocentrique, est bien souvent implicite et se devine dans nombreux comportements : la langue de l’étranger est moins harmonieuse que la nôtre (le langage des bushmen, tout en claquement de langue, est fort impressionnant), ses mœurs plus grossières, ses techniques archaïques, quant à la bouffe, une vraie catastrophe. Bien-sûr je grossis le trait à dessein, mais force est de constater que ces remarques ou attitudes sont encore malheureusement d’actualité. Sous cet angle, on en vient facilement et dangereusement à considérer que les sociétés occidentales, industrialisées à outrance, sont plus évoluées, plus avancées. Par opposition, les autres sociétés sont déclarées en retard. Ce jugement, que le film entend dénoncer, se traduit par le concept de « pays sous-développés », qui a fini par sembler trop brutal et que l’on a euphémisé sous la formule de « pays en voie de développement », politiquement plus correcte. Mais cet euphémisme est inutile et vain. Il conserve l’idée et le mot « développement »  à partir duquel se propage l’ethnocentrisme. Ainsi, aux yeux des occidentaux, les Bushmen ne sont pas loin d’être considérés comme des sauvages, voire des barbares. Un mécanisme d’évaluation vieux comme le monde si l’on en croit l’anthropologue Claude Lévi-Strauss : « Ainsi l’Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas à la culture grecque sous le même nom de barbare ; la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvage dans le même sens… Dans les deux cas, on refuse d’admettre le fait même de la diversité culturelle. » (Race et histoire)

     Sous cet angle, la première partie du film, qui présente les us et coutumes du peuple bushmen, est pleine d’enseignements sur l’humanité des prétendus « sauvages ». Les bushmen semblent bien plus humains que nous le sommes. (On verra plus loin le problème que cela peut poser). Ils vivent au rythme répétitif de la nature, des jours, des nuits et de ses saisons, sans connaitre les affres de l’urgence ou de la montre qui tourne; leurs rapports humains sont marqués d’un sens social et communautaire très prononcé (ils partagent tout entre eux) et ils n’ignorent pas la bienséance et les politesses (la main posée sur la poitrine en guise de salut africain). Enfin, ils sont amoraux (le bien et le mal n'existent pas). Il est ici assez tentant de faire une comparaison avec le portrait que Rousseau dresse de l'homme naturel dans Le Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes. (Bien sûr, il ne s’est jamais trouvé réellement un tel homme sur terre). L’anthropologie contemporaine considèrerait, elle, que les bushmen sont autant que nous à l'état de culture. En parallèle dans la première demie heure du film, le mode de vie effréné "à l'américaine" nous est donné à voir dans toute sa démesure (autoroutes, stress, égoïsme, etc.) C’est donc ici que la critique porte pleinement, dans la comparaison peu flatteuse pour l’homme occidental. Ce procédé – le retournement de perspective – s’avère très efficace. Le barbare ou le sauvage n’est donc pas celui que l’on croit, loin de là. Tel est le message des Dieux sont tombés sur la tête. Il va de soi que c’est enfoncer une porte ouverte que d’affirmer que l’élément technico-industriel n’est pas un critère pertinent pour juger de la valeur d’une civilisation ou d’une culture ; pour la simple raison qu’il n’existe pas de culture ou de civilisation supérieure à une autre. Un tel point de vue serait réducteur et occulterait l’ensemble des principes (l’art, les coutumes, la religion, l’organisation sociale, etc.) qui les constituent. De plus, les indices mêmes de la prétendue supériorité de l’homme occidental – le développement technico-industrielle de la civilisation dans laquelle il vit, l’abondance de biens et le confort matériel – se renversent sous un angle comique pour évoquer le spectacle de son hubris et de sa folie fiévreuse. On peut même dire que c’est cette donnée gentiment satyrique qui fit tout le succès du film, presque six millions d’entrées en France tout de même. (Fort de cette réussite qui l’a rendu riche et célèbre, le réalisateur sud-africain Jamie Uys s’est fourvoyé dans une suite – Les Dieux sont tombés sur la tête 2 (1989) – navrante et sans intérêt).

     Nous le disions, reconnaître ce que la culture humaine doit aux techniques est une chose, juger des autres cultures en fonction  principalement de leur développement industriel en est une autre. Le risque est alors de rester aveugle aux richesses et à la valeur de la culture (au plan moral, social et spirituel) des sociétés non industrialisées, et de les appréhender négativement. Le propos du film sur ce point a le mérite de n’entretenir aucune ambiguïté. Néanmoins, un certain « ethnocentrisme à l’envers » semble être un écueil que n'est pas parvenu totalement à éviter le métrage. En effet, j’ai cru déceler dans le film une tentation (à mon avis très inconsciente) d’inverser la hiérarchie pour finalement la conserver. En préférant implicitement, à la culture occidentale jugée artificielle, la culture « intacte », « authentique », du peuple bushmen, on en vient à entretenir une nouvelle forme d’inégalité. Pareille attitude, pour donner une image, consisterait à penser que les Ch’tis sont plus authentiquement français que les parisiens, ou encore que les bushmen sont plus authentiquement humains que les américains.

Pour conclure, on peut voir dans ce refus de déculturation (assimilation d’une américanisation et des  valeurs propres aux sociétés occidentales) la volonté de faire perdurer la riche variété des civilisations, leur identité, et d’entretenir la tolérance entre elles. Certes, il est difficile de penser tout à la fois l’unité de la condition humaine et la diversité de ses manifestations. Il nous faut alors pour cela adopter une conception universaliste de la culture qui nous fait hommes, tout en la déclinant impérativement au pluriel. La culture est dans toutes les cultures. Telle est la leçon, assez attendue, qui se dégage Des Dieux sont tombés sur la tête. Un film à voir ou revoir pour le plaisir.

par Baccawine publié dans : Comédie communauté : Ciné DVD
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